20 nov. 2013

La Vénus à la fourrure (2013) Roman Polanski


L'espace scénique de Polanski ne cesse de se réduire, c'est dans un cercueil que ses personnages vont bientôt s'agiter et quand bien même cela se vérifierait, nul doute que le cinéaste réussirait à nous captiver de la même façon car l'envoûtement, le charme opèrent sur le spectateur comme les pouvoirs de cet être étrange, venu de nulle part, sur le metteur en scène.
C'est une séquence morbide qui ouvre le film, une avenue légèrement en plongée, des arbres sur les côtés, il fait gris, la rue est déserte et le chasseur, une Vénus avide de chair, s'oriente vers un théâtre parisien désert. C'est Vanda (Emmanuelle Seigner) qui va à la rencontre de Thomas (Mathieu Amalric). Ce dernier adapte La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch et reste insatisfait des actrices vues pour l'audition.
Vanda va s'imposer.

Polanski, charmeur, malicieux et intelligent, s'amuse follement dans ce film, il se rit de lui, du pouvoir qu'à le metteur en scène et c'est forcément Polanski que nous voyons, incarné par Amalric qui lui ressemble tant. C'est Simone Choule que nous voyons, c'est le couple Dorléac / Pleasance, autant de duos qui retracent cette ligne de séparation entre un homme et une femme, entre jeux de pouvoirs, asservissement et soumission.
Les visages changeants de Vanda, maquillages et tenues différentes, rythment le film et entraîne Thomas dans une danse infernale, Seigner a un rôle en or ici, gourde, séductrice, vamp, succube, déesse, garce, tous les registres y passent et nous sommes éblouis.
Elle nous entraîne dans l'émotion et brise l'atmosphère qu'elle vient de créer, nous voilà réveillés en sursaut et elle en profite, se dévoilant et se cachant sans cesse en de subtiles métamorphoses.
Nous restons là, les yeux ouverts et soudain, au détour d'un contre-champ, nous voyons la salle vide, mais oui, c'est bien un décor restreint, nous l'avions oublié. La mise en scène est impeccable.
Passant du texte qui doit être joué aux commentaires du texte et revenant aux questions pratiques de l'audition en passant par la séduction, nous glissons d'un niveau l'autre et, comme Thomas, nous tentons de garder nos esprits mais il est trop tard, la déesse danse devant nous, pauvres marionnettes.

Et mon mal est délicieux...

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