9 nov. 2013

Underworld / Les nuits de Chicago (1927) Josef von Sternberg


Von Sternberg a débuté en réalisant avec presque rien The Salvation Hunters, film qui a été remarqué par Chaplin qui le distribue via sa United Artists. Son second film ne plaira pas vraiment au producteur qui le fera modifier par un autre réalisateur afin qu'il soit plus abordable. C'est à ce moment que Chaplin lui commande un film, Sea Gulls, pour relancer la carrière d'Edna Purviance. Von Sternberg s'exécute mais Chaplin ne distribue pas le film dont il est le propriétaire, sans que l'on sache pourquoi. Pour éviter de payer des impôts sur le film il en fera brûler le seul négatif devant témoin, heureusement un document récent prouve qu'il y a deux tirages et deux négatifs, le film est pour le moment introuvable.
Von Sternberg est parti pour une belle carrière de cinéaste maudit. 
Un peu plus tard Paramount fait appel à ses services, en dépit de ses infortunes il reste crédité d'un talent reconnu, pour remonter un film, Children of Divorce. Ce dernier a un succès qui donne au réalisateur un mérite bienvenu, le studio lui fait une offre, Underworld est le premier film qui naît de ces circonstances.
Je tire mes informations du bonus de l'édition dvd Criterion écrit par Janet Bergstrom.

L'histoire vient de Ben Hecht qui s'inspire de deux vies de truands de Chicago, Timothy O'Connor qui s'évadera de prison juste avant la pendaison qui devait suivre sans qu'il soit jamais retrouvé et Dean O'Banion qui avait un magasin de fleurs en guise de couverture, il paraît qu'il est mort criblé de balles en préparant un bouquet de chrysanthèmes.
Le premier est incarné par George Bancroft sous le nom de Bull Weed, le second par Fred Kohler en tant que Buck Mulligan. Deux gueules qui en rajoutent pas mal dans la veine bestiale. Les deux truands aiment la même femme, Feathers (Evelyn Brent).
Bull va prendre sous son aile Rolls Royce (Clive Brook) un balayeur de bar, alcoolique qui redeviendra avocat, de quoi ajouter au triangle un quatrième sommet, si je puis m'exprimer ainsi à la différence que l'amour, ici, se heurte à la loyauté.

L'histoire est digne d'intérêt mais c'est son traitement qui séduit. La bestialité des pulsions s'accompagne d'une douceur étonnante, il faut voir Bancroft et Kohler jouaient des expressions les plus hideuses pour ensuite voir le premier s'émouvoir d'un petit chat derrière la porte, si bien qu'il passe son doigt dans une bouteille de lait pour que le chaton le lui lèche. Ou bien avant la manière dont Rolls Royce fait la rencontre de Fathers avec cette frange qui tombe doucement et lui arrive sous le nez.
La force des images, leur composition, l'éclairage, la variété des décors, tout concourt à satisfaire le plaisir esthétique du spectateur.
Autre plaisir, celui de lire les cartons, pour une fois je goûte vraiment leur lecture, ils sont écrits, réellement, ce n'est pas du remplissage pour le spectateur idiot ou distrait, ils se chargent de réflexions, d'émotions, d'ironie. 


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