29 déc. 2013

Beyond Rangoon / Rangoon (1995) John Boorman


Birmanie, 1988, Laura Bowman (Patricia Arquette), une américaine vient en vacances en Birmanie afin d'essayer de faire le deuil de son mari et de son fils, tous deux assassinés. Elle va rencontrer des opposants à la dictature militaire au pouvoir et va lutter un moment avec eux. L'histoire qui se joue devant ses yeux lui permet de renaître.

John Boorman nous avait habitué à mieux, c'est un film assez indigeste pour plusieurs raisons : Patricia Arquette n'a aucun charisme pour nous entraîner dans cette pédagogie politique d'une mièvrerie patente, c'est un écueil redoutable mais c'est sans compter sur la musique de Hans Zimmer qui nous sert de la flûte de pan aérienne à toutes les séquences, dont une scène de massacre avec ralentis. Une musique qui rend fou.
L'ensemble est d'une lourdeur qui ne rend pas hommage au combat de Aung San Suu Kyi. Il ne suffit pas de servir une cause honorable pour faire une oeuvre honorable. 

A l'écoute de Godard (image + son = 7 fragments) (2007) Vincent Perrot


Entretiens avec quelques compositeurs ayant écrits pour Jean-Luc Godard ainsi que quelques autres personnalités, notamment Anna Karina qui partage ses souvenirs entre chaque intervention.
Martial Solal se souvient avoir écrit sa musique après avoir vu A bout de souffle lors d'une projection privée, Michel Legrand, Georges Delerue, Antoine Duhamel et Gabriel Yared sont entendus. Duhamel évoque la particularité du cinéaste pour s'approprier la musqieu écrite et monter ses images sur elle, en extraire également quelques notes et en faire ce qu'il désire : "j'ai eu l'impression d'être interprété par un chef d'orchestre formidable !".

Le documentaire est simple, donne la parole, brièvement, sans prétendre à l'analyse.

Gunman's Walk / Le salaire de la violence (1958) Phil Karlson


Lee Hacket, joué par l'excellent Van Heflin, est un homme qui compte dans le pays, il tient à éduquer ses fils, Ed (Tab Hunter, pas mal du tout) et Davy (James Darren), avec l'idée de se dépasser, d'être le meilleur, de ne pas accepter de faveurs. L'aîné, Ed, a du mal à l'accepter car son père ne cesse d'intervenir pour lui éviter des problèmes, Ed se bat, insulte les femmes, boit, ce qui est une contradiction flagrante des principes inculqués par le père mais surtout ce dernier tient à rester en haut du podium convoité par le fils.

C'est un bon western, avec reflets métaphoriques et intrigue oedipienne, de plus l'interprétation est de bon niveau, notez que Ray Teal et Edward Platt sont de la partie. 

Hatari ! (1962) Howard Hawks


Une jeune photographe débarque en plaine savane au milieu d'hommes menés par Sean Mercer (John Wayne) dont le métier est de capturer des animaux sauvages pour les zoos du monde entier. 

Je ne sais pas si les documentaires animaliers existaient à cette époque mais le spectateur qui découvrait le film devait certainement apprécier toute la faune qui n'a de cesse de traverser l'écran : rhinocéros, singes, autruches, zèbres, buffles, guépards, éléphants et autres spécimens. Tous filmés en Technicolor avec précision, c'est un des points forts du film : offrir un dépaysement total avec un  luxe de moyens qu'on ne boude pas, les paysages de Tanzanie sont somptueux et la musique de Mancini, les costumes de Edith Head donnent de l'élégance à l'ensemble. Les véhicules qui prennent en chasse les animaux souffrent atrocement mais les scènes de captures sont réussies et l'aventure est au rendez-vous.
Je ne sais pas non plus si les acteurs se sont amusés, je n'ai pas encore lu la biographie de Hawks rédigée par Todd McCarthy, elle m'attend sur une étagère, mais l'humour potache qui imbibe le film participe au charme du récit. Rivalités amoureuses toutes fraternelles, soirées gentiment alcoolisées, c'est viril mais sans excès, un véritable moment de détente à partager en famille ou seul selon l'agencement personnel du foyer.

28 déc. 2013

The Wicker Man (1973) Robin Hardy


Le sergent Howie (Edward Woodward) arrive sur l'île de Summerisle afin d'enquêter sur la disparition d'une jeune fille. Il découvre alors d'étranges rituels qui ne cessent de le surprendre entre débauches païennes et odes druidiques.

Si le cinéma permet toutes les folies ce film le démontre. Le sergent erre sur l'île comme le spectateur non averti, il se demande ce que peut bien être cet étrange objet : un film loufoque ? un soft porn ? un film d'horreur ? une comédie musicale ? Tout à la fois et plus encore. 
Le plus captivant est la remise en question d'une religion établie, celle du sergent habité par la bonne vieille religion catholique, par une autre. Il subit la foi d'autrui et ne l'accepte guère or rien n'est répréhensible et le droit de chacun est bien de vivre sa religion comme il l'entend pour peu que personne ne soit opprimé par la pratique de cette religion. Ainsi Howie se pare du costume de l'intolérance. Le final du film prêche pour une pratique raisonnable du culte, hum...
Ceci pour la réflexion. 
Le reste est jouissif à plus d'un titre, en premier lieu les costumes, masques des habitants de l'île, leurs rites, le scénariste déborde d'imagination et l'on se plaît à contempler les célébrations diverses qui ponctuent le récit, nus les contemplons souvent avec stupeur. Ensuite les plastiques de Britt Ekland et Ingrid Pitt achèvent de nous convertir. Ajoutons les chansons, plutôt séduisantes et ce dès la première écoute et vous aurez compris qu'il y a de quoi offrir un spectacle de qualité.
Les paysages écossais, les demeures typiques font partie du charme du film. 
Les acteurs s'amusent beaucoup et cela se voit, Christopher Lee est le premier, sa jubilation est évidente, il irradie de bonheur dans ce rôle mémorable.
Assurément un film qui mérite que nous nous penchions dessus une seconde fois.

Une étudiante d'aujourd'hui (1966) Eric Rohmer


Au milieu des années 60 les femmes sont de plus en plus présentes au sein des universités françaises, ce court métrage fait le portrait de l'une d'entre elles, femme moderne qui allie sa vie d'épouse, de mère et d'étudiante. Epoque lointaine que ces années 60 où les étudiants portent la cravate et la veste, où les étudiantes sont en robe ou en tailleur, il y a un soin vestimentaire, des allures qui ne sont plus de mise à notre époque.
Un commentaire en voix-off, dit par Antoine Vitez, nous raconte tout ceci excepté, évidemment, la remarque comparative ci-dessus. Le propos est clair, précis, la réalisation est au service de l'image, sans effet aucun, rien de superflu. Il n'empêche que derrière un texte sociologique transparaît une beauté, celle du sujet, de l'étudiante en question et, sauf si j'interprète et fais de mes sensations une extrapolation, l'on ne peut que se remémorer les longues heures passées en amphithéâtre à contempler les nuques de ces demoiselles dont le film fait mention. La beauté, en dépit du caractère didactique de l'oeuvre, perce et touche.
Nestor Almendros est à l'image.

27 déc. 2013

Harper / Détective privé (1966) Jack Smight


Film policier tendance cool, un soupçon d'humour, des scènes plus sérieuses au fur et à mesure que le récit progresse dont une assez violente où Harper (Paul Newman) se frotte à un cinglé dans un hangar spécialisé dans la récupération de pièces navales.
Newman, détective privé, mastique constamment un chewing-gum, tente de calmer son épouse délaissée (la toujours pimpante Janet Leigh), doit retrouver le mari volage d'une riche desperate housewive (Lauren Bacall, très à son avantage) qui n'est pas vraiment pressée.
Superbe numéro de pimbêche de Shelley Winters, Robert Webber est présent dans quelques scènes (pas assez à mon  goût), Julie harris et Robert Wagner également. L'ensemble est amusant, parfois  long mais cela se regarde, on peut de temps à autre se divertir en appréciant le paysage des côtes et collines de la Californie.

The Petrified Forest / La forêt pétrifiée (1936) Archie Mayo


Ce gangster movie, que je n'ai pas revu depuis longtemps, produit toujours la même impression, un ennui décevant. Ennui car le film est très bavard et Leslie Howard qui interprète le clochard céleste a un don soporifique, je n'ai qu'une envie c'est de lui dire d'aller débiter ses élucubrations mystiques ailleurs. Le fait que Bette Davis, la fille du patron dans le film, se pâme devant lui et ses beaux discours n'arrange rien à l'affaire. Une fois que Bogart arrive, tout en menottes invisibles façon crabe ou taureau selon le cadrage adopté, l'ennui s'évanouit et l'on s'amuse davantage. Ne serait-ce qu'avec les deux interprètes noirs, le domestique et le truand, qui se regardent comme deux extra-terrestres, l'un, l'autre. La confrontation de ces deux personnages est peu développée, dommage...
Quant aux relations de couples distribuées dans le scénario, elles apportent également un peu de piquant au récit, Bogart et sa dulcinée invisible et la bourgeoise insatisfaite. Hélas, tout ceci arrive un peu tard et reste noyé sous les métaphores poétiques de Leslie Howard.
Ce n'est pas parce que Villon pointe son nez en plein désert d'Arizona qu'il faut absolument que la poésie paraisse niaise à n'en plus finir, certes c'est remarquable dans un film de genre mais tout de même...
Joe Sawyer et Charley Grapewin notamment éclipsent les autres acteurs, enfermés dans des rôles très artificiels qui m'empêchent d'aimer le film. Reste à se contenter des quelques ornements décrits ci-dessus.

23 déc. 2013

Bhowani Junction / La croisée des destins (1956) George Cukor


Quelle belle découverte que ce Cukor majestueux ! 
Avec Ava Gardner et Stewart Granger. Ce dernier incarne un colonel de l'armée anglaise, Rodney Savage, son rôle est presque secondaire car c'est bien Ava Gardner qui illumine l'écran. Elle interprète Victoria Jones, une jeune métisse anglo-indienne qui peine à trouver sa place dans une Inde qui s'émancipe. Sa double identité la perturbe, les rues en sont la cause car ce sont différents mouvements qui luttent : la résistance passive des congressistes, celle plus violente des communistes extrémistes, le tout sous le regard de l'armée anglaise qui sait qu'elle n'en a plus pour longtemps.
Cukor parvient à donner de l'ampleur à ce foisonnement politique, les grèves, les émeutes, les tensions sont bien présentes. Nombre de figurants parsèment l'écran et le CinémaScope prend toute sa raison d'être. Le tournage a eu lieu au Pakistan et cela se voit.
Mais plus encore que ces scènes au grand format ce sont les troubles internes de Victoria qui figurent les plus beaux moments du film. La scène de son mariage, cérémonie qu'elle abandonne pour se réfugier dans un train en marche est la plus forte du film. Cette longue séquence est celle où le personnage se perd entre deux eaux. Cukor est sur son terrain. Ava Gardner traverse le film avec une beauté stupéfiante, c'est un véritable festival de couleurs, de regards et de scènes variées qu'elle entreprend avec une aisance remarquable. Stewart Granger est un excellent acteur mais face à Gardner, filmée par Cukor (Freddie Young est à la photo et cela se voit) il ne peut rivaliser. En sari, en robes blanche, rouge, jaune, en uniforme, il faudrait des dizaines de captures pour rendre, un peu, ce que le film dégage.
La dernière séquence du tunnel est moins forte que celle, psychologique, qui se joue en Victoria et il faut bien l'apparition de Ghandi pour oublier, un court instant, que nous avons encore Gardner à l'esprit.

Band of Angels / L'esclave libre (1957) Raoul Walsh


Histoire d'amour entre un ancien négrier, Hamish Bond (Clark Gable) qui voue le reste de sa vie à se racheter et une jolie sudiste, Amantha Starr (Yvonne De Carlo) qui apprend le jour de l'enterrement de son père qu'elle est a du sang noir dans les veines. Déshéritée elle sera vendue comme d'autres esclaves et achetée par Bond. Le récit suit les liens entre les deux personnages avec en arrière-plan la guerre de Sécession.
C'est un bel écrin, les couleurs sont superbes, la réalisation est soignée mais quel ennui, aucune passion, aucune émotion ne viennent empêcher le ronronnement des images qui défilent, et je ne parle pas de mon lecteur. Ce n'est que vers la fin, lorsque les nordistes arrivent que le film gagne en intérêt.
Il faut bien avouer que je ne goûte guère aux charmes de De Carlo, en revanche Sidney Poitier est excellent en esclave affranchi sans qu'il ne le sache vraiment. 
Seul le dernier quart du film prend de la hauteur, petite déception en ce qui me concerne.

22 déc. 2013

Nice Time (1957) Alain Tanner, Claude Goretta


Goretta et Tanner postulent pour une bourse du BFI qui leur permet de tourner ce court inclus dans le programme Free Cinema.
Ils décident de se concentrer sur Picaddilly Circus, Londres. Ils tournent durant 25 samedis soirs et vont effectuer un montage qui suit une nuit typique de cet endroit des plus touristiques où la foule, constituée de curieux, de couples, de célibataires, de prostituées, de policiers et autres, où la foule se meut entourée d'enseignes lumineuses, de publicités, d'affiches de film, de réclames pour des boîtes de strips...
Visages hypnotisés, sourires, cigarettes aux lèvres, l'âme humaine se dessine à travers tous ces échantillons.
La bande son est un montage de tubes de l'époque, d'extraits de dialogues de films, de propos captés dans la rue.
Au final c'est une nuit qui débute dans l'agitation électrique, érotique, les passions naissent, vivent et puis, lentement, meurent au petit jour. Une nuit sous le regard de la statue d'Eros.

Heaven Can Wait / Le ciel peut attendre (1943) Ernst Lubitsch


Un vieil homme au charme distingué descend les marches de l'Enfer, c'est Henry Van Cleve (Don Ameche). Satan lui-même (l'excellent Laird Cregar à la filmographie trop courte) le reçoit. Il n'a pas encore statué sur son sort et doit l'entendre davantage, voici sa vie, celle d'un homme qui aimait les femmes, la plus belle étant Martha (Gene Tierney).

Remarquable fantaisie entre le conte et la comédie, ce film est d'un raffinement tout lubitschien. Il y a là une douceur, magnifiée par le Technicolor, qui se glisse en retenue. L'amour que Van Cleve voue aux autres femmes n'est en rien vulgaire, il se joue hors-champ, il n'est pas source de scandales, de drames. Même la beauté de Gene Tierney est discrète dans la mesure où elle pourrait apparaître à l'écran plus longtemps encore mais non, Lubitsch dose ses effets, voir la scène de l'anniversaire, celle de la première rencontre dans la demeure familiale. La beauté et le choc de son apparition se lit sur le visage de Don Ameche mais Lubitsch ne nous montre Tierney qu'avec modération, le désir étant plus fort lorsque la frustration le domine.
Tierney est délicieuse si ce n'est l'étrange coiffure aux cornes qu'elle arbore lorsque son personnage a vieilli.
Charles Coburn est admirablement servi par des répliques amusantes, son personnage de grand-père est attachant. Quant à Eugene Pallette, il est inoubliable en Charles Foster Kane du boeuf en conserve.

Sorti durant la guerre, le générique de fin invite le spectateur à acheter des War Bonds, cette sucrerie devait éloigner les esprits du conflit, ne serait-ce qu'un instant mais avec une sérénité précieuse. Il y a beaucoup d'amour dans ces images, beaucoup d'humanité.

19 déc. 2013

Man on the Moon (1999) Milos Forman


Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas autant ri, l'humour destructeur d'Andy Kaufman me comble d'aise, je ne connaissais pas du tout cet humoriste et le biopic de Forman est une entrée en matière formidable. Jim Carrey interprète le showman avec un talent indéniable. Son visage a la particularité de suivre toutes ses envies, il se transforme à volonté et le génie de Kaufman pour camper des individus très différents trouve là un terrain de jeu adéquat.
C'est le récit d'un homme qui va jusqu'au bout de son délire, délire construit rationnellement et qui n'a pour but que son plaisir. La seule difficulté est qu'il n'y a pas toujours de signaux évidents pour le baliser, paradoxalement c'est pour cette raison que ce délire est génial. 
Le scénario nous met à la fois la place d'un spectateur de l'époque : nous avons droit aux surprises et autres sidérations, il nous offre également les confidences et c'est un Kaufman violent, brutal dans sa manière d'être fidèle en ses convictions et en même temps une tendresse, une fragilité et une générosité immenses qui transparaissent du personnage.
A recommander pour ceux qui aiment les canulars énormes mais pas seulement, il y a de la poésie, de la délicatesse, presque de la naïveté, un regard enfantin qui se porte sur le monde.
J'ai déjà envie d'y retourner.

18 déc. 2013

Background to Danger / Intrigues en Orient (1943) Raoul Walsh



1942, le Turquie est un pays neutre où les espions et les agents provocateurs pullulent.
Quelques morts et autres rebondissements autour d'un plan d'invasion, Walsh tourne ce petit film de propagande en studio, rapidement. Ce n'est pas passionnant mais les acteurs et le savoir-faire du réalisateur permettent de suivre le récit sans trop bailler. 
Sidney Greenstreet joue les nazis avec placidité, Peter Lorre (qui fait sa colère si la vodka vient à lui manquer)  et Brenda Marshall (la demoiselle a son charme) sont du côté russe et George Raft est l'américain, le héros. Il y a des petits trains en maquette et l'on tente d'orienter l'idéologie du pékin moyen qui s'aventure dans les salles pour passer un bon moment. Un Warner qui part en guerre mais sans avoir le goût du sang dans la bouche.

15 déc. 2013

Where the Sidewalk Ends / Mark Dixon, détective (1950) Otto Preminger


Mais qu'est-ce qui ronge Mark Dixon (Dana Andrews, tout le monde aime Dana Andrews, c'est un peu comme les Pixies) ? Pourquoi cette fixation sur Tommy Scalise (Gary Merrill qui, ici, me fait penser à Robert Newton, ce qui est un compliment) ? Et puis cette poisse incroyable, tuer le mari de la femme, Morgan (Gene Tierney, big eyes from Venus pour faire un clin d'oeil au Beefheart) qu'il convoite !
Ruelles sombres, nuits sans sommeil, solitude existentielle, damnations et autres poids de cette chienne de vie, Mark Dixon court après ses démons, le tout avec la pression de ses supérieurs...
Polar très classe, avec parenthèse gastronomique pittoresque, là où le trottoir finit, là où commence la perdition, Otto Preminger, sur un scénario de Ben Hecht, nous livre un condensé noir de chez noir, il ne manque que la femme fatale.
Distribution impeccable, en plus des acteurs cités au-dessus, errent dans l'ombre Karl Malden, Neville Brand et sa gueule de truand, Bert Freed...

Le film se regarde, la nuit de préférence, en apnée, sans cligner des yeux.

9 déc. 2013

The Private Life of Sherlock Holmes / La vie privée de Sherlock Holmes (1970) Billy Wilder


Ce qui se dégage d'abord du film c'est une beauté éclatante émanant du soin apporté aux décors, aux costumes, le travail d'Alexandre Trauner est remarquable et il faut bien les paysages écossais pour supporter la comparaison.
Vient ensuite l'énergie communicative de Colin Blakeley qui joue le Dr Watson, la séquence la plus belle étant celle autour de Madame Petrova et de la fête qui suit la rencontre de la danseuse. Energie qui est à mettre en parallèle avec les nombreuses péripéties du scénario, les énigmes à résoudre n'ont guère d'importance et c'est davantage l'atmosphère qui prime, l'humour subtil propre à Wilder, sa façon de ne considérer que le plaisir, que la légèreté.
Christopher Lee, Stanley Holloway passent dire bonjour, c'est plus de plaisir.
Quant à Watson, la manière dont il tue son ennui ou sa peine et le caprice de dame nature qui l'anime nous le rendent profondément humain, Wilder aime à briser les statues et celle de Sherlock Holmes subit son goût pour le réalisme, un réalisme particulier où l'humour et la satire ont leur place.
Wilder nous donne une belle pâtisserie, élégante, copieuse et pleine de tonus !

8 déc. 2013

The Bond (1918) Charlie Chaplin


Chaplin avait d'abord participé à l'effort de guerre, la première Guerre Mondiale, en se rendant avec Douglas Fairbanks et Mary Pickford, dans l'Est pour promouvoir la vente de Bons afin de produire des armes, les Liberty Bonds. Une photo célèbre le voit s'adresser à une foule immense, c'était le 8 avril 1918 à New York.

Revenu de cette tournée il réalisa un court métrage, expressionniste dans son style, rudimentaire, afin de doubler le propos cinématographiquement parlant. Quelques scènes (dix minutes seulement) qui évoquent la polysémie du mot "Bond", autour de l'amitié, de l'amour puis de l'engagement du citoyen qui soutient l'industrie de l'armement.
C'est simple et didactique.

Le film fut donné et distribué gratuitement dans les salles des Etats-Unis.

Internal Affairs / Affaires privées (1990) Mike Figgis


Los Angeles, Raymon Avilla (Andy Garcia) vient d'intégrer l'équivalent de notre IGS, la police des polices, il est intègre et aime son boulot. C'est un flic bien installé qui va faire l'objet de sa première enquête, Dennis Peck (Richard Gere), ce dernier a tout un réseau, il empoche beaucoup d'argent et le lessive en acquérant des biens immobiliers au nom de son épouse mais aussi de ses ex. Assez vite les deux hommes se haïssent et vont tout faire pour s'éliminer.

Film efficace, bien interprété, avec une mention spéciale pour Richard Gere, belle gueule ultra-crédible en ce qui concerne la séduction des femmes que son personnage collectionne avidement, qui réussit à dégager une violence et une perversité étonnantes tout en conservant un trouble car celui-ci a une espèce de mission où il doit contribuer à préserver une famille très élargie, enfants et ex issus de ses mariages.
C'est d'ailleurs la particularité de ce film, le scénario utilise un cliché du genre, la relation flic/épouse, difficile à tenir surtout si le flic est un bosseur mais là nous avons l'impression d'y être, l'épouse est, quand la relation est solide, une pièce importante de l'équilibre du flic et Peck utilise l'épouse comme une figure stratégique pour arriver à ses fins. Les meilleurs moments du film sont ceux où Peck s'aventure dans la sphère privée d'Avilla. La violence et la folie qui s'en dégagent sont remarquables, on pense à la tension que peut instiller Friedkin dans ses films.

Un mot pour signaler une bande-son variée et efficace, servant merveilleusement le propos et des vues de Los Angeles qui sortent des sentiers battus. Un autre pour dire qu'Annabella Sciorra apparaît dans quelques scènes.


2 déc. 2013

Summer Storm / L'aveu (1944) Douglas Sirk


Sirk, pour son deuxième film hollywoodien, adapte Tchekhov et nous transporte un peu avant la révolution russe, en 1912.
Au fond d'une campagne nous suivons la vie de pacha du comte Volsky (Edward Everett Horton, d'une drôlerie exquise) qui  aime à batifoler avec les servantes et autres proies faciles attirées par ses largesses. Son ami le juge Fedor (George Sanders, admirable comme à l'accoutumée), n'a pas beaucoup d'émoluments mais son mariage à venir avec la belle et pure Nadena (Anna Lee) peut améliorer son confort.
Hélas la chair est faible et lorsque la pulpeuse Olga (Linda Darnell, séduisante et malicieuse), femme fatale issue du petit peuple, entre en scène, elle attire les hommes avec une efficacité redoutable. Tout ce petit monde va s'abaisser moralement et dévoiler le peu de grandeur qui les anime. Faiblesses, lâchetés, cupidité, déshonneur et cependant ces tares cohabitent chez ceux qui détiennent le pouvoir, la force morale se trouvant chez les petits qui voient ces notables se vautrer dans le stupre. La charge est lourde mais elle témoigne de la substance qui a fait naître la révolution.
Après des scènes dignes d'un vaudeville, c'est le misère de l'âme humaine qui fait de l'ensemble une oeuvre plus sombre.
Le flash back initial (le film débutait en 1919, le comte n'était qu'un mendiant apportant le manuscrit du juge Fedor) nous montre que ces personnages, Fedor en premier lieu, sont conscients de leurs fautes, voudraient se racheter mais la petitesse qui vit en eux, la corruption qui s'est installée dans leur âme ne peuvent leur permettre la rédemption.
C'est un film captivant qui bénéficie d'une interprétation de premier choix, il y réside une légèreté et une gravité propre à la littérature russe. Un miracle made in Hollywood.

1 déc. 2013

Someone to Watch Over Me / Traquée (1987) Ridley Scott


Mike Keegan (Tom Berenger) est un jeune détective, fraîchement promu, qui vient du Queens, il est directement nommé dans un commissariat situé dans un quartier huppé à Manhattan. Un meurtre et un témoin, la belle et richissime Claire (Mimi Rogers).
Idylle et action alternent tandis que madame l'épouse (Lorraine Bracco qui est la meilleure excuse pour voir ce film) regarde son mari s'embourgeoiser.

C'est un Ridley Scott poussif, quelques beaux plans mais sans plus. Nous aurions pu avoir quelque chose à la Hitchcock, le flic aurait été célibataire, le couple se serait formé, la gouvernante de maison devait alors avoir un rôle plus étoffé et des répliques plus amusantes, le Chrysler Building et le Guggenheim mieux exploités mais non...
Et puis la relation entre la princesse et le manant se tisse beaucoup trop rapidement pour y croire, je veux bien faire semblant mais à partir de là, tout semble artificiel.