5 mars 2014

Odd Man Out / Huit heures de sursis (1947) Carol Reed


Belfast, Johnny McQueen (James Mason) prépare un braquage avec quelques hommes. Cela fait six mois qu'il s'est évadé de prison et durant ce temps il est resté caché dans une chambre. Le braquage se déroule mal, Johnny, lâché par ses collègues, blessé, erre dans Belfast, une chasse à l'homme commence.

On ne sait pas vraiment si Johnny est membre de l'IRA, il est fait mention de l'Organisation, criminelle ou politique avec des besoins d'argent, le film se déroule comme un polar mais avec une atmosphère à nulle autre pareille.
Johnny, évadé de prison et reclus dans sa chambre, subi la ville de plein fouet lorsqu'il sort pour diriger le braquage, ses perceptions (visuelles et auditives essentiellement) sont troublées par ce brusque changement. La ville s'impose à lui dans toute sa réalité et cela est extrêmement bien rendu. Blessé, moribond, nous serons témoin de ses pensées, ses hallucinations, ses démons, il ne cesse de demander s'il a tué l'homme sur lequel il a tir... Mason est admirable dans un rôle difficile.
Son errance se déroule dans un Belfast nocturne, un beau noir et blanc restitue de forts contrastes, murs de briques, routes pavées, neige continue, boue, c'est un véritable chemin de croix où ce personnage, connu de tous est convoité, soit à cause de la prime lancée pour sa capture, soit pour rendre service à l'organisation, soit pour sauver son âme ou même pour devenir le sujet tragique d'un tableau qui n'arrive pas à se faire. Les nombreux personnages qu'il va rencontrer, plus ou moins inconscient, sont d'un pittoresque redoutable (Robert Newton en tête).
L'histoire d'amour qui se greffe sur toutes ces péripéties se fond remarquablement dans l'ensemble. Chant funèbre d'un homme recherché pour son corps et son âme, Odd Man Out est un grand film.

1 mars 2014

Dead Reckoning / En marge de l'enquête (1947) John Cromwell


Ersatz de film noir.
Un film noir qui ressemble à un film noir mais qui n'a pas le goût d'un film noir. La présence de Bogart fumant cigarette sur cigarette n'y est pour rien, il fait le job sans plus, c'est vers Lizabeth Scott que le drame se cristallise, la pauvre est grimée pour ressembler à Lauren Bacall mais le subterfuge est grossier, j'aime sa voix légèrement éraillée toutefois sa présence ne crève pas l'écran et lorsqu'elle chante en play back le naufrage prend forme à une vitesse phénoménale.
Le récit se suit sans plaisir, quelques plans bien composés ponctuent le film (la scène où le personnage joué par Bogart se fait assommer suivie du montage mental du saut en parachute) mais au final rien ne vient épater le spectateur.
Marine Landrot évoque l'aspect parodique du film dans Télérama (daté du 1er mars), le drame est que la parodie est absente, la distance nulle. J'ai cru un instant que le play back allait sonner le début explicite d'un regard amusé mais non, c'est bien avec sérieux et sans profondeur que la suite se développe. La belle sur son lit de mort est amusante, casque de pansements posé sur la tête, end of the story, le spectateur peut vaquer à d'autres occupations.

Government Girl / L'exubérante Smoky (1943) Dudley Nichols


Screwball comedy et douce propagande.
Dudley Nichols, qui connaît bien le genre s'enlise totalement avec ce premier film. Il s'agit, à travers le personnage de Browne (Sonny Tufts) de convaincre les industriels de travailler pour le pays en construisant les bombardiers qui doivent mettre la pâtée à Hitler et Hirohito. une histoire d'amour avec la secrétaire, Elizabeth Allard (Olivia de Havilland), double le fil narratif.
Le premier écueil est le charisme de Sonny Tufts, il est d'une transparence totale et fait retomber toutes les scènes où il apparaît alors que Havilland est méritante et fait ce qu'elle peut. 
Quel dommage de ne pas avoir pu avoir un autre acteur car tous les seconds rôles sont extraordinaires, nous avons là une brochette de qualité qui est souvent sous-utilisée, un autre écueil, Charles Halton n'est aperçu que lors d'une scène, c'est le réceptionniste de l'hôtel du début, Jane Darwell apparaît quelques secondes et de profil ! Una O'Connor est vue de loin et n'a presque pas la parole, on se demande comment cela est possible ! Heureusement Agnes Moorehead et Paul Stewart occupent un peu plus l'écran mais ne peuvent rien face à Sonny Tufts.
Avoir ces acteurs et les cacher est étonnant, de ce fait c'est la frustration qui l'emporte.

22 févr. 2014

The Fallen Sparrow / Nid d'espions (1943) Richard Wallace


John Garfield interprète un membre des Brigades Internationales, John McKittrick,  torturé qui réussit à s'échapper d'Espagne et à regagner New York. En voulant trouver les assassins de son ami il se rend compte que des espions sont dans son proche entourage. Il va tomber amoureux de Toni Donne (Maureen O'Hara) qui fréquente ce milieu.

Film de propagande bien plus intéressant que d'autres produits plus manichéens, celui-ci bénéficie d'un scénario à la hauteur mêlant les enjeux d'un conflit international avec d'anciennes fiertés éculées autour d'un étendard capturé après une bataille.
Garfield est remarquable dans un rôle où il doit faire vivre un personnage en proie à des séquelles liées aux séances de torture qu'il a subi et Maureen O'Hara est si sublime qu'on se donnerait volontiers à l'ennemi pour pouvoir passer un moment dans ses bras.

20 févr. 2014

Ni vu... Ni connu... (1958) Yves Robert


Blaireau (Louis de Funès) est un braconnier qui ravitaille Montpaillard, un village tranquille. le maire voudrait que ce voleur champêtre finisse en prison...

Nous sommes un peu chez Clochemerle et tout l'aspect "petit village", campagne, forêt, rivière est assez bien rendu. De Funès est parfait, comme souvent et Pierre Mondy n'est pas mal non plus en directeur de prison des plus compréhensifs. La séquence de la prison vient à point pour égayer le film car toute la séquence du flirt entre Rich et Noëlle Adam (les jeunes de service intégrés au récit) est insupportable.
Comme le générique l'indique le ton se situe du côté de chez Guignol, de la farce facile mais qui est difficile à digérer si les comédiens ne sont pas à la hauteur. Sans De Funès et Mondy il faudrait ranger le film dans la catégorie des navets, leur présence parvient, parfois difficilement, à retenir l'attention.

Lured / Des filles disparaissent (1947) Douglas Sirk


Sirk tourne une comédie policière, Sandra Carpenter (Lucille Ball) est une danseuse engagée par Scotland Yard pour qu'elle puisse appâter un assassin qui trouve ses victimes par le biais de petites annonces paraissant dans le journal.
C'est drôle, parfois totalement délirant, je pense à la séquence avec Boris Karloff qui interprète un personnage complètement cinglé. Charles Coburn incarne l'inspecteur en charge de l'affaire et sa bonhomie apporte beaucoup au rôle. L'aspect glamour, romantique est insufflé essentiellement par George Sanders et Cedric Hardwicke, Alan Mowbray les seconde avec plaisir, il campe un majordome succulent.
En variant les registres, les tonalités, Sirk fait de ce policier sans prétention un ravissement, un délicieux divertissement servi par des acteurs de premier ordre qui s'amusent beaucoup à nous procurer ce plaisir futile que peut être, parfois, un film.

19 févr. 2014

Groundhog Day / Un jour sans fin (1993) Harold Ramis


Coincé dans un patelin de péquenots, à revivre éternellement le même jour, celui de la célébration de la marmotte qui doit annoncer si le printemps va arriver un peu plus tôt.
C'est le sort du misanthrope Phil (Bill Murray), présentateur météo de son état et célibataire.
Chaque matin le réveil sonne à six heures et il se retrouve dans la même chambre d'hôtel...
Que faire ?
Essayer de trouver une solution ?
Profiter de la situation pour en apprendre un maximum sur les gens et draguer les plus belles nanas ?
Faire n'importe quoi, s'amuser comme un adolescent ?
Bill va passer par toutes les étapes avant de (re)trouver un équilibre, son équilibre...
Conte à la morale approuvée par tous, le film bénéficie d'un Bill Murray en grande forme, aucun ennui, des bons sentiments qui l'emportent sans oublier une bonne dose d'humour.
Un chouette film (Michael Shannon y fait une apparition, en jeune marié).

16 févr. 2014

Zu neuen unfern / Paramatta, bagne de femmes (1937) Douglas Sirk


Douglas Sirk se défend, dans ce film, d'avoir réalisé un film anti-anglais. Ces aristocrates, ces nouveaux capitalistes sont particulièrement lâches et superficiels. Le récit se déroule dans l'Angleterre victorienne, en 1846, et le mélodrame repose justement sur la faiblesse des hommes qui entourent l'héroïne, Gloria (Zarah Leander) qui va se sacrifier par amour pour un militaire sans réel tempérament, le capitaine Finsbury (Willy Birgel).
Le fait que ce soit un fermier, un homme simple, qui permette à Gloria de retrouver un sens à sa vie, tire plutôt le film dans un espace national-socialiste qui voulait renouveler les élites en faisant appel aux puissances de la terre. 
Mais tout ceci reste diffus et n'est aucunement appuyé, pas de quoi ranger le film dans la catégorie de propagande nazie. Peut-être est-ce même le contraire.

Zarah leander, égérie du IIIè Reich, n'a pas un charisme éclatant. C'est une sorte de clone entre Garbo et Dietrich, avec le visage de la première et la voix de la seconde, les actrices qu'elle rappelle sont trop présentes à l'esprit pour qu'elle puisse s'en détacher et provoquer une émotion. Emotion qui est absente du film, pour un mélodrame, c'est un peu dérangeant mais pas ici, les personnages sont idiots ou naïfs, d'une naïveté désincarnée. Au final c'est encore dans le bagne que les règles s'appliquent avec assurance, que le monde semble encore avoir une cohérence car au-dehors tout s'effondre, tout est laid ou creux (le final l'est assurément, ce choeur d'enfants, ce mariage improvisé est d'une superficialité étonnante).
Il faut alors voir le film comme la peinture d'une société, non pas l'anglaise mais celle de l'Allemagne nazie où ceux qui sont au pouvoir sont des usurpateurs, des fantoches qui endossent des costumes trop prestigieux pour eux. La mise en scène est à l'opposé des valeurs qui sont à l'oeuvre dans le récit, elle reste ferme, égale et d'une beauté que les personnages n'atteignent pas.

14 févr. 2014

L'immortelle (1963) Alain Robbe-Grillet


Un professeur (Jacques Doniol-Valcroze) , fraîchement nommé, se promène dans Istanbul désert. Il rencontre une femme superbe (Françoise Brion) qui l'obsède ; c'est le début d'une relation qui le vampirise. Puis cette femme disparaît, accident de voiture ? fuite ? a-t-elle jamais existé ?

Robbe-Grillet, pour son premier film, se joue de la continuité narrative et technique, cela tombe bien car le propos est de filmer un personnage dont l'existence est incertaine. Alors les remparts en ruine de Byzance, les grilles derrières lesquelles les jardins, les cimetières font ressentir leur mystère imposent une réalité que les personnages qui traversent ces lieux peinent à intégrer.
Sommes-nous dans les limbes ? dans le cerveau d'un homme profondément seul, perdu, qui rêve devant ce dessin où figure une tulipe ? Lorsqu'il se lève soudainement pour ouvrir la fenêtre afin d'observer le fleuve, c'est la puissance psychique de son cerveau qui coule, en un mouvement lent et majestueux.

Film contemplatif aux secrets savamment distillés, L'immortelle préfigure les songes de Lynch, les scènes d'errances d'Eyes Wide Shut, notez les regards qui se meuvent lentement et invitent le notre à arpenter l'espace...

Robbe-Grillet en parle comme d'un film raté où des erreurs ont été commises, ces erreurs sont d'une beauté remarquable.


12 févr. 2014

5 Card Stud / 5 cartes à abattre (1968) Henry Hathaway


Entre western et policier, entre respect des genres et décontraction distanciée, le film pose son intrigue tout en ayant l'impression de s'en moquer, se réservant le droit de tisser quelques intrigues de coeur, une amitié profonde, des hostilités viriles sans conséquences qui se révèlent être plus tenaces, plus violentes.
Il y a de l'indécision, de l'entre-deux, de l'hésitation : le dernier mot de la belle Inger Stevens insiste sur ce "peut-être" tout comme Van (Dean Martin) qui ne sait, comme le Clash s'il doit partir ou rester.
Alors soit cette valse convient au spectateur qui se laisse guider en ces eaux mouvantes, soit l'on s'irrite de ce parti pris.
J'ai commencé le film comme le second en le finissant avec le sentiment du premier.
Robert Mitchum, Dean Martin, Inger Stevens, Rody McDowall ne sont pas étrangers à l'affaire. Yaphet Kotto, Katherine Justice, Denver Pyle et Ted de Corsia (qui apparaît juste le temps de se mettre en rogne) non plus.

8 févr. 2014

Mafioso (1962) Alberto Lattuada


Antonio (Alberto Sordi), un agent de maîtrise de Milan, part en vacances dans sa Sicile natale afin de présenter sa femme et ses deux filles à la famille. Le directeur lui demande de transmettre un paquet au potentat local, Don Vincenzo (Ugo Attanasio), ce dernier va demander à Antonio un petit service qu'il ne peut pas lui refuser.

Cela commence comme une comédie et qui, mieux que Sordi, peut nous emmener dans ces contrées écrasées de soleil en nous faisant rire de la sorte. Tout y passe, l'écart entre la ville et le village, les rivalités tenaces qui naissent d'un détail, les chansons ridicules du terroir, les plats à ingurgiter qui arrivent à l'infini... mais derrière le masque de la farce se glisse une violence qui est bien réelle et le pouvoir tentaculaire de la mafia, son emprise sur les habitants prennent ici une réalité qui n'a rien à envier à un film de Rosi.
Dans son genre le film effraie assurément, le spectateur ballotté d'un registre à l'autre, emmené par la belle partition de Piero Piccioni, prend la mesure de ce pouvoir discret et envahissant.
Antonio, au retour de son périple, n'a plus l'innocence et la légèreté qui le rendaient aimable.

28 janv. 2014

Routine Pleasures (1986) Jean-Pierre Gorin


Manny Farber est celui qui amène Gorin dans cet hangar de Del Mar, près de San Diego, un hangar où quelques retraités ont crée une plate-forme immense qui leur permet de faire rouler leurs trains miniatures dans des paysages conçus à cet effet.
Gorin, influencé par le travail de Farber, y trouve un peu de l'idéologie de ce dernier : en premier lieu une absence d'emphase, une retenue, une humilité. Alors même que le travail effectué est important, il n'y a aucune prétention, aucun signe qui témoigne d'une fierté quelconque. Gorin nous démontre le souci du détail, la volonté de tout créer soi-même avec fidélité. Chaque détail fait l'objet de recherches, de savoirs qui ont de quoi impressionner mais le propos tenus restent simples, les membres du club ne se mettant pas en avant. Ainsi, dans ce hangar, trouve-t-on une réplique de ce qui pourrait être une Amérique éternelle, celle rêvée et véhiculée par les films de Ford, une Americana idéale.
Ainsi un sujet banal, les trains miniatures, "a corny subject", hisse le propos à des hauteurs insoupçonnées au départ. L'obsession de ces hommes, le groupe qu'il forme, à la manière des pionniers ne pensant qu'au but, sont des vecteurs directs vers une forme supérieure, la miniature, le sujet un peu ringard transcendé par une vérité que le film dévoile.
Farber, charpentier, critique de cinéma, peintre, a tout en commun avec ces simples mortels en chemises à carreaux que Gorin parvient à rendre dans leur profondeur.

22 janv. 2014

Ugetsu monogatari / Les contes de la lune vague après la pluie (1953) Kenji Mizoguchi


Superbe conte qui délivre une morale qui est redoutable pour les hommes aux ambitions sans limites.
Itinéraires de deux voisins vivant dans une misère relative, Tobei (Eitarô Ozawa), un paysan, rêve de devenir samouraï alors que son voisin Genjûrô (Masayuki Mori), potier de son état, veut s'enrichir et vite. Leurs deux épouses respectives tentent de les ramener à la raison mais les deux hommes n'en ont cure et partent vers la ville.
Esprits, vieillard qui prête assistance, tout est réuni pour satisfaire au genre, il faut apprécier en plus la narration audio-visuelle où le cadre et les sons ont une grande importance, signifiant par un détail ce qui sépare la réalité de l'imaginaire.

Le film laisse pantois devant un monde violent, régi par les hommes, les femmes ne peuvent guère se défendre, il s'agit, pour conserver la paix et l'équilibre du foyer, d'écouter celles qui se protègent, celles qui renoncent aux biens matériels et qui se contentent de ce qui suffit.

Une leçon intemporelle.

White Squall / Lame de fond (1996) Ridley Scott


Il y a de cela, beau voilier sur fond de soleil couchant, Ridley Scoot n'est jamais avare en belles images et comme il nous embarque à bord d'un navire école avec une flopée d'adolescents qui veulent montrer à papa/maman qu'ils peuvent vivre sans eux, on profite du paysage.
Tant et si bien qu'il,nous vient l'envie, parfois, de décrocher, même si c'est Jeff Bridges qui commande le navire. 
Et puis l'on reste, on attend la séquence de la tempête qui n'est pas trop mal, ça swingue suffisamment.
Scott nous épargne une séquence de tribunal trop longue, un brin d'émotion "O Captain ! My Captain" et hop emballé.

Un brin convenu, à la limite de l'ennui (une autre humeur en un jour différent eût été fatale) mais techniquement correct. On ne passe pas à son voisin si on l'aime.

21 janv. 2014

Dillinger è morto / Dillinger est mort (1969) Marco Ferreri


Un homme, Glauco (Michel Piccoli), rentre du travail, sa femme a la migraine, il erre un peu et décide de se préparer à dîner. En cherchant des épices il trouve un vieux revolver rouillé qu'il se met à démonter. Après l'avoir huilé il le remonte...

Le film est sorti la même année que le Pourquoi Monsieur R. est-il atteint de folie meurtrière ? de R. W. Fassbinder. La comparaison est aisée, il s'agit de témoigner d'une violence latente contenue dans un certain confort, dans la dévotion à l'objet, dans l'univers aseptisé du travail...
Dans l'appartement de Glauco les êtres sont seuls, il n'y a guère qu'avec la bonne (Annie Girardot) que la relation se noue et encore, au-delà du vaudeville ce lien reste soumis à un rapport social.
Ce qui touche c'est la solitude, Glauco semble passer un bon moment à préparer son repas mais il revient comme un animal blessé à ses films de vacances qui sont les seuls contacts réels avec son épouse, depuis longtemps ? La manière dont il s'abandonne devant ces images est très belle, emplie d'une tristesse profonde, un désir de contact.

Ferreri présente ainsi sa version contestataire de l'ordre établi, un cri, une révolte qu'il partage de la plus belle des façons.

19 janv. 2014

Die Bergkatze / La chatte des montagnes (1921) Ernst Lubitsch


Une forteresse dirigée par le Commandant Tossenstein (Victor Janson) et dans les montagnes des voleurs. Une fille dans chaque lieu, la fille du Commandant, Lilli (Edith Meller) et celle du chef des voleurs, Rischka (Pola Negri).
Dans la vallée un jeune lieutenant, Alexis (Paul Heidemann) doit quitter la ville, les femmes en sont folles, elles sont des centaines à lui faire leurs adieux accompagnées par des dizaines d'enfants criant "Papa !". Alexis est sommé de résider plus loin et doit se rendre à la forteresse, sur le chemin les voleurs l'interceptent, il séduira les deux filles et provoquera de multiples rebondissements.

Les passions de l'amour et les chagrins qu'il inflige sont admirablement rendus dans ce film d'une fantaisie folle. Tout est d'une liberté vivifiante, les décors semblent avoir été construits sans limite aucune, l'amusement a certainement été une obligation que chaque acteur devait suivre, les caches de toutes les formes reflètent le dynamisme débridé de l'écriture du scénario et de nombreux détails pourraient être énumérés pour promouvoir ce récit au rang de chef d'oeuvre.
Pola Negri est redoutable en furie voulant croquer la vie d'une manière absolue et l'on a plaisir à la suivre dans toutes ses scènes.

Quelle imagination ! Les décors sont d'une richesse étonnante, les trous de serrure, les costumes, chaque objet est utilisé avec le charme lubitschien qui permet au spectateur d'être ravi. 
L'idéal est de découvrir le film sans rien en savoir, l'émerveillement joue alors sa plus belle partition, en studio ou en extérieurs dans les neiges de Bavière.
Superbe !


Versailles Rive Gauche (1992) Bruno Podalydès


Arnaud (Denis Podalydès) a invité Claire (Isabelle Candelier) a dîner chez lui, il a fait connaissance avec elle depuis peu et s'emploie à préparer sa venue mais la soirée ne va pas vraiment se passer comme prévu. Paul Valéry a dit : "Lire est une opération militaire", la séduction aussi mais un détail insignifiant, un petit mensonge réflexe et les événements se dérobent, Arnaud ne maîtrise plus rien et son petit appartement devient un passage obligatoire pour nombre de passants, voisins et membres de la famille.

C'est très drôle, Bruno et Denis Podalydès commencent là leur parcours commun, l'humour, les situations qui ne tiennent qu'à un cheveu, la maladresse, la timidité, l'envie de sortir de soi font de ce court métrage un moment délicieux entre slapstick et marivaudage.

15 janv. 2014

Stranger on Horseback / Le juge Thorne fait sa loi (1955) Jacques Tourneur


Hier soir c'était fête ! Ciné+ Classic diffusait un Tourneur que je ne connaissais pas, autant dire la nouvelle la plus importante de la journée.

Le juge Thorne arrive dans une petite ville dirigée par le clan Bannerman. Il vient régler les affaires courantes dont un meurtre commis par le fils Bannerman (Kevin McCarthy, fameux chasseur de cosses de haricot)...

L'intrigue est simple et n'a strictement rien de nouveau mais si nous cherchions la nouveauté dans l'intrigue nous arrêterions de regarder des films avec la même avidité. La beauté n'est pas nouvelle et sait se dévoiler au gré d'un plan, d'un visage, d'une lumière ou d'une ombre.
Et la beauté se voit dans ce film.

A ce moment précis ceux qui ont vu la copie diffusée hier soir se disent que nous avons peu dormi, effectivement le procédé Ansco Color avec lequel le film a été tourné est immonde, en tout cas pour ce qui est de ce film. Tourneur ne disposait que d'un budget limité et les rushes étaient vus en noir et blanc, Chris Fujiwara rapporte le fait dans son livre* , voyant le film en couleur il fut horrifié. Il y a de quoi, les couleurs sont délavées et le rendu est déplaisant au possible.
Dommage car les plans font la part belle aux extérieurs, Tourneur sait utiliser les paysages, dramatiser l'action avec les éléments naturels, user de la nuit, des ombres. Ce qu'il fait ici, la beauté transparaît en dépit de l'Ansco Color.

Joel McCrea suit Tourneur dans ce petit film, il interprète le juge avec classe et décontraction. Avec humour même, l'intégrité du personnage est à la mesure de ses compétences, il sait se battre avec ses poings, jouer du revolver et débiter des répliques assassines qui ridiculisent ses adversaires. Il aime aussi les minorités, les exclus, un super-héros avant l'heure. Thorne est auréolé d'un charisme et d'un pouvoir que l'on retrouve souvent chez Tourneur, les personnages omniscients qui peuvent dompter les forces du mal, voir la manière dont le procureur (John Carradine, une autre raison de voir le film) aperçoit son ombre à la fenêtre, le dos tourné Thorne sait exactement combien d'hommes sont venus le chercher, voir également la façon dont le patriarche du clan (John McIntire, autre raison de voir le film) finit par le protéger.

La force du personnage vient de ses convictions inébranlables, le terrain accidenté, le nombre, la violence, rien ne l'arrête et c'est avec stupeur que le dernier plan du film se situe dans une petite pièce qui tient lieu de tribunal. La lumière naturelle, la simplicité du lieu, les motifs du papier peint relèvent de la mythologie, le lieu devenant symbole, allégorie et ce, en un plan unique. Du grand art.

Notez la présence d'un chat, allongé dans deux scènes où il se trouve au premier plan, inhabituel dans un western mais riche de sens chez Tourneur.


* Jacques Tourneur, The Cinema of  Nightfall (The John Hopkins University Press, 1998)

11 janv. 2014

Anna Boleyn (1920) Ernst Lubitsch


Henry VIII d'Angleterre (Emil Jannings) désire absolument avoir un héritier, le film retrace les conquêtes et mariages successifs qu'il fait à la recherche de ce Graal. Plusieurs épouses dont Anna Boleyn (Henny Porten) en font les frais.

Lubitsch donne dans les décors luxueux, aussi à l'aise dans les scènes intimistes que dans celles où des centaines de figurants parsèment l'écran, scènes de chasse, de joutes chevaleresques, le film est grandiose et les fastes de la royauté sont assez bien dépeintes.

Le personnage principal est davantage Henry VIII, campé avec brio par Jannings qui s'en donne à coeur joie, c'est une sorte d'ours rabelaisien sans âme, sans délicatesse, se reproduire n'est que son seul désir. Son objectif ajouté aux intrigues amoureuses qui se trament dans et hors du château donnent au film des allures de jeu d'échec où les pièces sont en proie à une libido incontrôlée. 
Le rire, la satire ne sont jamais bien loin, seules les scènes finales, d'un hiératisme singulier, témoignent d'un danger fatal pour qui ose s'aventurer sur le territoire d'un Roi qui n'a qu'une obsession en tête. Quelques êtres y perdent leur vie sans que nous puissions les pleurer car le récit ne nous permet guère de nous apitoyer sur ces personnages. La fréquentation du pouvoir a son revers.

8 janv. 2014

Track of the Cat (1954) William A. Wellman


Wellman a souvent filmé des groupes d'hommes au coeur d'événements difficiles, dans un contexte géographique dangereux, dans un milieu hostile.
Cette fois le récit se situe au coeur d'une famille de fermiers, les Bridges, en plein hiver, ferme située au sein d'une vallée.
Deux conflits se déroulent en même temps, un conflit externe de par la présence d'une panthère qui attaque le troupeau et interne mais cette fois c'est la petite amie du cadet venue faire une visite qui dérange.
C'est une famille de pionniers, trois frères et une soeur, les deux parents et un indien. Ce microcosme est un noyau dur où les ressentiments sont nombreux. Particulièrement à cause de Curt (Robert Mitchum), l'aîné. C'est lui qui a contribué le plus à construire et installer durablement ce petit ranch, il est intraitable, dur, malmène Harold (Tab Hunter), le cadet et provoque Gwen (Diana Lynn), la petite amie de ce dernier. Leader natuerl, par sa position et sa force, il en abuse et fait de la chasse de cette panthère une affaire personnelle. Il part la traquer avec Arthur (William Hopper), le puîné.
Arthur est plus raisonnable, il tente de lui faire comprendre qu'il faut laisser à Harold la possibilité de s'installer, de vivre sa vie, pour cela l'argent gagné et économisé par la famille doit le lui permettre, mais c'est Curt qui a l'autorité pour le faire...

C'est un excellent western signé par un maître, William Wellman. 
Plusieurs thèmes sont imbriqués dans un remarquable scénario.
La nature, puissante, sauvage, comme dans de nombreux Wellman, tient un rôle primordial, elle confronte les personnages et les place face à leurs responsabilités, les décisions qu'ils ont à prendre ne sont jamais sans conséquence dans ce milieu impitoyable. Plusieurs scènes sont révélatrices de ce postulat, qui rappellent Construire un feu de Jack London, que Wellman a adapté. Je pense à celle des allumettes, évidemment, mais pas seulement, la perte de la nourriture par exemple. Curt est adroit, intelligent mais sa vanité lui fait perdre le sens de la mesure et cela n'est pas sans conséquence. L'individu doit rester humble, en particulier dans à un milieu extrême.
La famille en est un autre, véritable assemblage de personnalités diverses où chaque partie se heurte à une autre. L'emprise de Curt, celle de la mère (remarquable Beulah Bondi qui forme avec Philip Tonge un couple inoubliable) écrasent les autres membres. La venue de Gwen est l'élément perturbateur qui vient accentuer les tensions pour mieux les résoudre. L'émancipation du cadet ne se fait pas sans douleur, c'est la mort des siens qui permet ce passage à l'âge adulte, comme un reflet de ces parois montagneuse qui se hissent parfois sur des gouffres de glace où l'on peut se perdre.

L'humour (les bouteilles de Pa), l'émotion (les consciences qui assument soudain leurs fautes), l'aventure, le drame, l'amour, Wellman est à l'aise et nous place au coeur d'une histoire qui mêle le destin de plusieurs individus. Pour le meilleur et pour le pire, les liens du sang ne sont pas de ceux que nous pouvons écarter facilement.

Heaven Knows, Mr. Allison / Dieu seul le sait (1957) John Huston


1944. Un Marine (Robert Mitchum) fait naufrage sur une île du Sud Pacifique, il n'y rencontre qu'une religieuse (Deborah Kerr). Ils vont apprendre à se connaître jusqu'à l'arrivée d'une compagnie de japonais venue occuper l'île.

Huston traite le film de guerre d'une façon presque naturelle, on y voit les japonais se détendre dans leurs baraquements, jouer au Go, boire du saké mais ce qui l'intéresse avant tout est cette histoire d'amour très improbable entre une religieuse et un marine et il faut bien les talents conjugués de Mitchum et de Kerr pour faire passer toutes les nuances de leur liaison impossible.
La scène de la déclaration suivie de la demande en mariage est superbe, la gêne incarnée par Mitchum, la distance respectueuse que l'émotion arrive à surpasser et le refus, les yeux emplis de larmes de Kerr, scène d'une beauté simple et touchante.
Huston est parfois au bord du plan interdit, je pense notamment à Kerr, dans la grotte, en train de prier au premier plan, et Mitchum, en contre-jour, le couteau dépassant de sa silhouette, excepté ce plan le reste est charmant, Kerr est sublime dans ce vêtement, désirable, son visage appelant le désir. Quant à Mitchum, c'est un rôle qu'il endosse avec une présence éclatante, entre tact, douceur et force.

7 janv. 2014

The Drowning Pool / La toile d'araignée (1975) Stuart Rosenberg


Suite des aventures de Lew Harper (Paul Newman) appelé à la rescousse par une ancienne maîtresse résidant à la Nouvelle Orléans. La famille de cette dernière est fortunée, l'héritage attire la cupidité et les terrains sont gorgés de pétrole, de quoi faire tourner les têtes.

Paul Newman se promène dans ce polar, qui aurait pu être plus poisseux, avec une décontraction assez classe, cool attitude et blagues qu'il goûte souvent seul mais cela lui (et nous) fait plaisir. Autour de lui des jeunes femmes ont réellement envies d'en connaître plus sur la marque de ses sous-vêtements : Mavis (Gail Strickland, pretty pretty !), Schuyler (Melanie Griffith, très jeune, un poussin à la voix insupportable dans un corps de femme), Gretchen (Linda Haynes, ultra hot) et Iris (Joanne Woodward) qui sait que le temps n'est plus de son côté. Beaucoup de tentations mais Harper n'en a cure, il a autre chose à faire.

Ce n'est pas inoubliable mais disons que le film rafraîchit un peu, comme une boisson inattendue que l'on nous servirait par un temps orageux de fin d'après-midi.

5 janv. 2014

Death of a Gunfighter / Une poignée de plombs (1969) Robert Totten, Don Siegel


Frank Patch (Richard Widmark) s'occupe de faire régner la loi dans une petite ville du Texas mais le conseil municipal ne veut plus de lui. La raison officielle est le nombre de morts à l'actif de Patch, la véritable raison est qu'il est au courant des tares et des vices des notables locaux, ces derniers n'en peuvent plus de vivre avec cette idée.

Western qui ne bénéficie d'aucune grande scène si ce n'est le massacre final qui n'est pas habituel. Le personnage interprété par Widmark est violent et souvent ses actes sont le fruit de son impulsivité, pour laquelle il s'excuse devant Dan, un orphelin qu'il encadre mais les relations entre les personnages ne sont pas abouties, le film flotte et ne semble pas s'engager dans un sillon bien déterminé.
Signalons les présences de Dub Taylor, Jacqueline Scott et de John Saxon.
Widmark n'était pas satisfait du travail de Totten, Siegel est venu le remplacer mais n'ayant pas voulu signer le film à cause de la quantité des scènes tournées inférieure à celles de Totten, Siegel ne voulait pas apparaître seul au générique. Widmark ne voulant pas voir le nom de Tottent c'est un pseudonyme (Alan Smithee) qui a été utilisé, pseudonyme qui aura un certain succès sur les projets conflictuels suivants de l'industrie cinématographique.

2 janv. 2014

Milano odia : la polizia non può sparare / La rançon de la peur (1974) Umberto Lenzi


Giulio Sacchi (Tomas Milian) est un petit truand qui se fait passer à tabac par ses compères car il a fait capoter un casse. Vexé et désireux de montrer qu'il a des tripes, pour rester poli, il décide d'enlever la fille du patron fortuné où travaille sa petite amie.

Je crois que c'est le premier Poliziotteschi que je vois, des polars italiens violents qui sont les produits d'une société qui décline sous les attentats des groupuscules extrémistes, sous la corruption institutionnalisée. Période sombre qui est pointée du doigt dans le film.
Le produit de cette société est Giulio Sacchi, il n'est pas le seul mais il représente cette violence dans sa forme la plus excessive, c'est un tueur psychopathe, sadique, culotté et crétin à la fois. Thomas Milian en fait une interprétation mémorable, on reste stupéfait devant ce personnage si grossier (l'écriture d' Ernesto Gastaldi est remarquable), si vulgaire et admiratif face à la composition hantée du personnage. Milian est réellement le moteur fou du film, film qui possède d'autres atouts, la réalisation est solide, j'avais peur de me trouver face  un objet de troisième zone, il n'en est rien, le score de Morricone est énorme. Quant aux autres acteurs ils arrivent à subsister, surtout devant Milian, pour Henry Silva c'est plus facile, il possède un charisme suffisant pour faire exister son personnage de flic solitaire.

Lenzi tourne à Milan et n'hésite pas à montrer toute la laideur de la ville, ses canaux pollués, ses barres d'immeubles, si le film sort à la campagne c'est pour y trouver la mort.


1 janv. 2014

Madame DuBarry (1919) Ernst Lubitsch


Mme Du Barry (Pola Negri) est une femme au destin exceptionnel. Lubitsch nous raconte son itinéraire depuis une luxueuse boutique de mode jusqu'à l'échafaud.
C'est une femme qui attire tous les regards, c'est ainsi qu'elle est peinte par Lubitsch, de nombreuses scènes jouent sur le couple regardant/regardé, d'autant plus qu'elle franchit des espaces de plus en plus vastes, de plus en plus luxueux, arrivée à la cour ce jeu des regards est encore plus accru. 
Prédominance du regard et aveuglement du pouvoir, la scène où Louis XV joue à Colin- maillard est symbolique de cet écart où va s'engouffrer la colère du peuple.

La fantaisie propre à Lubitsch réside essentiellement dans les scènes où la Du Barry batifole avec les hommes, les intérieurs luxueux font office de palais merveilleux qui enferment l'héroïne dans des cages dorées. Un monde artificiel se met en place où les événements, les rites sont vidés de leur substance, les condamnations ne vont pas jusqu'à leur terme, les promotions, les mariages, les introductions à la cour, l'amour, des simulacres sur lesquels se bâtit une structure qui n'attend que l'écroulement. 

La Révolution qui surgit est une force qui détruit ces paravents derrière lesquels vivent les personnages. Lubitsch donne ici dans une noirceur qui ne lui est pas habituelle, la dernière séquence, celle de la guillotine, est d'une violence effrayante.