31 janv. 2014

William S. Burroughs : A Man Within (2010) Yony Leyser


Rediffusion d'un documentaire sur Burroughs que j'avais manqué, merci Arte.
Derrière le costume, la cravate, à travers toutes les expériences, les épreuves, l'homme reste insaisissable. Il est à part, avec les autres mais seul, avant les autres.

C'est sa solitude qui me séduit plus que tout.

Penser à le relire.

28 janv. 2014

Routine Pleasures (1986) Jean-Pierre Gorin


Manny Farber est celui qui amène Gorin dans cet hangar de Del Mar, près de San Diego, un hangar où quelques retraités ont crée une plate-forme immense qui leur permet de faire rouler leurs trains miniatures dans des paysages conçus à cet effet.
Gorin, influencé par le travail de Farber, y trouve un peu de l'idéologie de ce dernier : en premier lieu une absence d'emphase, une retenue, une humilité. Alors même que le travail effectué est important, il n'y a aucune prétention, aucun signe qui témoigne d'une fierté quelconque. Gorin nous démontre le souci du détail, la volonté de tout créer soi-même avec fidélité. Chaque détail fait l'objet de recherches, de savoirs qui ont de quoi impressionner mais le propos tenus restent simples, les membres du club ne se mettant pas en avant. Ainsi, dans ce hangar, trouve-t-on une réplique de ce qui pourrait être une Amérique éternelle, celle rêvée et véhiculée par les films de Ford, une Americana idéale.
Ainsi un sujet banal, les trains miniatures, "a corny subject", hisse le propos à des hauteurs insoupçonnées au départ. L'obsession de ces hommes, le groupe qu'il forme, à la manière des pionniers ne pensant qu'au but, sont des vecteurs directs vers une forme supérieure, la miniature, le sujet un peu ringard transcendé par une vérité que le film dévoile.
Farber, charpentier, critique de cinéma, peintre, a tout en commun avec ces simples mortels en chemises à carreaux que Gorin parvient à rendre dans leur profondeur.

27 janv. 2014

The Twilight Zone : The Hitch-Hiker (1960) Alvin Ganzer


Saison 1.

Pour quelle raison Nan Adams (Inger Stevens) ne cesse-t-elle de voir le même auto-stoppeur ?
Il faudra attendre la chute pour le savoir. 
Ce n'est pas vraiment ce qui nous intéresse, c'est davantage le minois craquant d'Inger Stevens qui retient notre attention, elle est le centre de nos regards durant cette vingtaine de minutes que dure l'épisode.

Adam Williams, que nous avons vu un peu plus tôt dans North By Northwest est le marin réconfortant puis effrayé par la belle.
Si vous écoutez bien le petit thème qui se fait entendre à la fin de l'épisode, vous reconnaîtrez des notes similaires au thème de Cape Fear, en moins puissant mais c'est bien le même, quelques années plus tôt.

26 janv. 2014

Pearl of the South Pacific / La perle du Pacifique Sud (1955) Allan Dwan


Encore un film d'aventures voulu par Bogeaus mais ce film ne plaisait guère à Dwan qui n'a cessé de rire durant tout le tournage devant la débâcle.
Le film n'est pas si catastrophique et si l'on garde une certaine indulgence ces aventures exotiques autour de superbes perles noires défendues par un vieux prêtre sur son île, alors ce sont des petits moments assez drôles et exotiques qui s'ouvrent à nous : des chansons et une belle pieuvre en plastique installée au fond d'un lagon. Peut-être celle que Ed Wood a déniché au fond d'un hangar ?
Les décors sont d'une teneur suffisante pour faire un peu illusion et la belle Virginia Mayo est délicieuse, surtout au début de film, elle l'est moins une fois le récit installé, peut-être à cause du dédain exhibé par Dwan. David Farrar joue les salauds avec crédibilité.

Pasolini, la Passion de Rome (2013) Alain Bergala


Bergala promène sa caméra dans la ville de Rome et au-delà, sur les lieux habités par Pasolini, sur ceux qu'il a filmés, confrontant les différentes temporalités autour d'un amour pour le cinéaste et écrivain.
Nous n'en avons jamais terminé avec Pasolini et ce beau documentaire nous fait sentir sa présence, nous donne envie de revenir sur ses pas, de revoir les films, de le relire, de retrouver son esprit, son indépendance, sa voix singulière.
Gloire à Pasolini.

22 janv. 2014

Ugetsu monogatari / Les contes de la lune vague après la pluie (1953) Kenji Mizoguchi


Superbe conte qui délivre une morale qui est redoutable pour les hommes aux ambitions sans limites.
Itinéraires de deux voisins vivant dans une misère relative, Tobei (Eitarô Ozawa), un paysan, rêve de devenir samouraï alors que son voisin Genjûrô (Masayuki Mori), potier de son état, veut s'enrichir et vite. Leurs deux épouses respectives tentent de les ramener à la raison mais les deux hommes n'en ont cure et partent vers la ville.
Esprits, vieillard qui prête assistance, tout est réuni pour satisfaire au genre, il faut apprécier en plus la narration audio-visuelle où le cadre et les sons ont une grande importance, signifiant par un détail ce qui sépare la réalité de l'imaginaire.

Le film laisse pantois devant un monde violent, régi par les hommes, les femmes ne peuvent guère se défendre, il s'agit, pour conserver la paix et l'équilibre du foyer, d'écouter celles qui se protègent, celles qui renoncent aux biens matériels et qui se contentent de ce qui suffit.

Une leçon intemporelle.

White Squall / Lame de fond (1996) Ridley Scott


Il y a de cela, beau voilier sur fond de soleil couchant, Ridley Scoot n'est jamais avare en belles images et comme il nous embarque à bord d'un navire école avec une flopée d'adolescents qui veulent montrer à papa/maman qu'ils peuvent vivre sans eux, on profite du paysage.
Tant et si bien qu'il,nous vient l'envie, parfois, de décrocher, même si c'est Jeff Bridges qui commande le navire. 
Et puis l'on reste, on attend la séquence de la tempête qui n'est pas trop mal, ça swingue suffisamment.
Scott nous épargne une séquence de tribunal trop longue, un brin d'émotion "O Captain ! My Captain" et hop emballé.

Un brin convenu, à la limite de l'ennui (une autre humeur en un jour différent eût été fatale) mais techniquement correct. On ne passe pas à son voisin si on l'aime.

21 janv. 2014

Fog (1980) John Carpenter


Le cadre est idéal, la côte californienne, la mer, les vagues... les habitants s'apprêtent à célébrer le centenaire de la ville mais le fait qu'elle se soit développée aux dépens d'une minorité persécutée va provoquer une vengeance, tout du moins un réparation nécessaire pour purifier le décor. Une bonne nappe de brouillard où se cachent les corps lépreux des esprits vengeurs va remettre les compteurs à zéro.

Synthé minimaliste et cadres au cordeau, C'est du Carpenter tout craché, comme on l'aime.
Jamie Lee Curtis glissée dans une paire de jeans à damner un évêque, Adrienne Barbeau et sa voix suave, Janet Leigh et Hal Holbrook en renfort.
C'est sec, c'est sexy. 
Et si vous avez oublié de compter vous avez droit à un petit bilan.

Dillinger è morto / Dillinger est mort (1969) Marco Ferreri


Un homme, Glauco (Michel Piccoli), rentre du travail, sa femme a la migraine, il erre un peu et décide de se préparer à dîner. En cherchant des épices il trouve un vieux revolver rouillé qu'il se met à démonter. Après l'avoir huilé il le remonte...

Le film est sorti la même année que le Pourquoi Monsieur R. est-il atteint de folie meurtrière ? de R. W. Fassbinder. La comparaison est aisée, il s'agit de témoigner d'une violence latente contenue dans un certain confort, dans la dévotion à l'objet, dans l'univers aseptisé du travail...
Dans l'appartement de Glauco les êtres sont seuls, il n'y a guère qu'avec la bonne (Annie Girardot) que la relation se noue et encore, au-delà du vaudeville ce lien reste soumis à un rapport social.
Ce qui touche c'est la solitude, Glauco semble passer un bon moment à préparer son repas mais il revient comme un animal blessé à ses films de vacances qui sont les seuls contacts réels avec son épouse, depuis longtemps ? La manière dont il s'abandonne devant ces images est très belle, emplie d'une tristesse profonde, un désir de contact.

Ferreri présente ainsi sa version contestataire de l'ordre établi, un cri, une révolte qu'il partage de la plus belle des façons.

19 janv. 2014

United 93 / Vol 93 (2006) Paul Greengrass


11 septembre 2001.
Un des quatre avions détournés en ce jour a fini sa course dans un champ près de Shanksville en Pennsylvanie. Les passagers, informés du sort des autres avions par téléphone, décidèrent de donner l'assaut afin de reprendre l'appareil aux mains des terroristes.

Le film fait un compte-rendu de cet événement précis tout en montrant le début de la journée, ce moment où les contrôleurs constatent que certains appareils sont détournés avant de voir l'usage qui en est fait. Greengrass plonge le spectateur dans une suite d'événements où l'information arrive brutalement, dans sa complexité et son exceptionnelle réalité. Il nous montre en même temps la réaction des hommes qui doivent l'intégrer et prendre une décision, que ce soit dans la salle de contrôle ou dans le vol United 93. 
Moments chargés d'intensité, d'émotions où les prières se superposent, où l'on passe un dernier appel aux êtres chers.

Le commandement militaire semble totalement à la rue comparé à la gestion des événements par les civils. Ajoutons que le film dégage un esprit collectif et veille à ne pas mettre en avant des individualités.
Un film éprouvant.


Die Bergkatze / La chatte des montagnes (1921) Ernst Lubitsch


Une forteresse dirigée par le Commandant Tossenstein (Victor Janson) et dans les montagnes des voleurs. Une fille dans chaque lieu, la fille du Commandant, Lilli (Edith Meller) et celle du chef des voleurs, Rischka (Pola Negri).
Dans la vallée un jeune lieutenant, Alexis (Paul Heidemann) doit quitter la ville, les femmes en sont folles, elles sont des centaines à lui faire leurs adieux accompagnées par des dizaines d'enfants criant "Papa !". Alexis est sommé de résider plus loin et doit se rendre à la forteresse, sur le chemin les voleurs l'interceptent, il séduira les deux filles et provoquera de multiples rebondissements.

Les passions de l'amour et les chagrins qu'il inflige sont admirablement rendus dans ce film d'une fantaisie folle. Tout est d'une liberté vivifiante, les décors semblent avoir été construits sans limite aucune, l'amusement a certainement été une obligation que chaque acteur devait suivre, les caches de toutes les formes reflètent le dynamisme débridé de l'écriture du scénario et de nombreux détails pourraient être énumérés pour promouvoir ce récit au rang de chef d'oeuvre.
Pola Negri est redoutable en furie voulant croquer la vie d'une manière absolue et l'on a plaisir à la suivre dans toutes ses scènes.

Quelle imagination ! Les décors sont d'une richesse étonnante, les trous de serrure, les costumes, chaque objet est utilisé avec le charme lubitschien qui permet au spectateur d'être ravi. 
L'idéal est de découvrir le film sans rien en savoir, l'émerveillement joue alors sa plus belle partition, en studio ou en extérieurs dans les neiges de Bavière.
Superbe !


Versailles Rive Gauche (1992) Bruno Podalydès


Arnaud (Denis Podalydès) a invité Claire (Isabelle Candelier) a dîner chez lui, il a fait connaissance avec elle depuis peu et s'emploie à préparer sa venue mais la soirée ne va pas vraiment se passer comme prévu. Paul Valéry a dit : "Lire est une opération militaire", la séduction aussi mais un détail insignifiant, un petit mensonge réflexe et les événements se dérobent, Arnaud ne maîtrise plus rien et son petit appartement devient un passage obligatoire pour nombre de passants, voisins et membres de la famille.

C'est très drôle, Bruno et Denis Podalydès commencent là leur parcours commun, l'humour, les situations qui ne tiennent qu'à un cheveu, la maladresse, la timidité, l'envie de sortir de soi font de ce court métrage un moment délicieux entre slapstick et marivaudage.

Escape to Burma / Les rubis du prince birman (1955) Allan Dwan



C'est un véritable film d'aventures que signe Dwan en 1955, Escape to Burma. De ceux que vous tournez tout seul lorsque vous jouiez avec vos vieux soldats, jouets un peu défraîchis mais irremplaçables car fidèles, surtout les jours de pluie.
Profitant de décors construits pour un autre film et laissés en l'état pour d'éventuelles prises supplémentaires Dwan modifie un peu la jungle et débute le tournage. Bogeaus est à la production et réussit à avoir Barbara Stanwyck qui interprète une femme à poigne, seule dans la jungle birmane élevant des éléphants et faisant le commerce du teck. 
Celle-ci recueille Jim Brecan (Robert Ryan), pourchassé à cause du meurtre d'un prince birman, Cardigan (David Ferrar) est à ses trousses...

Film entièrement tourné en studio, excepté une petite partie autour d'un ranch à Santa Anita, mais qu'importe, le dépaysement ne se laisse pas trop apercevoir et le spectateur s'amuse à suivre les péripéties, principalement le duel entre Ryan et Ferrar sous les yeux de Stanwyck qui se lasse : "Plus je vous vois, plus je préfère mes éléphants.
Décors exotiques, animaux exotiques (tigre, éléphants, singes, panthère...), sabres, couteaux, jungle, lac, palais habités ou abandonnés, le film est bon enfant, il faut le regarder comme un vieil album de bande dessinée qui vous fait passer un moment agréable. Tout est faux mais fait avec une maîtrise qui excuse les imperfections. 

Babettes gaestebud / Le festin de Babette (1987) Gabriel Axel


Un endroit reculé au Danemark, près de la côte du Jutland, une servante française ayant fui Paris durant la Commune est hébergée par deux soeurs, filles d'un pasteur. Un billet de loterie gagnant lui permet d'organiser un "vrai dîner français".

Adapté d'une nouvelle de Karen Blixen, ce conte illustres les vertus de la gastronomie, celle qui est préparée avec amour et qui rapproche les êtres autour d'un repas. Qui a connu ces plaisirs sait qu'en ces moments précieux la vie est plus intense, plus douce, plus belle. Les danois dévots, qui vivent sous le regard de Dieu, vont goûter aux plaisirs de la chère, le miracle opère et les liens entre cette petite communauté sont plus forts que jamais.
Un beau film qui donne envie d'aller rendre visite à un grand chef.

Avec Stéphane Audran et quelques acteurs vus chez Bergman comme Jarl Kulle, Bibi Andersson.


Merci Ermens.

16 janv. 2014

Shadows (1959) John Cassavetes


Ben (Ben Carruthers), Hugh (Hugh Hurd) et Lelia (Lelia Goldoni) vivent ensemble, frères et soeur. Une famille d'artistes, Ben joue de la trompette mais il végète et pense à s'y remettre, il passe beaucoup plus de temps à courir les filles des autres et les bars avec ses amis aussi démunis que lui, Hugh chante mais a du mal à accepter les contraintes et les désirs de ceux qui l'engagent, c'est lui qui apporte de quoi faire vivre le foyer. Quant à Lelia, elle se laisse séduire par Tony (Anthony Ray) qui laisse percevoir une gêne lorsqu'il se rend compte, présenté à ses frères, qu'elle est noire. Racisme ordinaire, stupide , regretté par Tony mais le mal est fait, la liaison s'arrêtera là.

Cassavetes monte son film comme une improvisation, le terme est explicite, utilisé à la fin du film. Le montage suit les personnages passant de l'un à l'autre sans réellement s'occuper d'une trame narrative classique. Au fur et à mesure que l'on s'habitue à eux, ce qui ressort de l'ensemble est une recherche individuelle. Chacun tente de se frayer un chemin dans la vie, d'épouser une personnalité, de se cacher derrière elle sans réellement en être satisfait. Les touches qui s'accumulent dressent un beau portrait de solitudes qui s'ajoutent entre elles sans parvenir à se soulager, les liens sont fragiles.

En arrière-plan, emprisonnant les personnages ou leur permettant de s'échapper, New York.

15 janv. 2014

Stranger on Horseback / Le juge Thorne fait sa loi (1955) Jacques Tourneur


Hier soir c'était fête ! Ciné+ Classic diffusait un Tourneur que je ne connaissais pas, autant dire la nouvelle la plus importante de la journée.

Le juge Thorne arrive dans une petite ville dirigée par le clan Bannerman. Il vient régler les affaires courantes dont un meurtre commis par le fils Bannerman (Kevin McCarthy, fameux chasseur de cosses de haricot)...

L'intrigue est simple et n'a strictement rien de nouveau mais si nous cherchions la nouveauté dans l'intrigue nous arrêterions de regarder des films avec la même avidité. La beauté n'est pas nouvelle et sait se dévoiler au gré d'un plan, d'un visage, d'une lumière ou d'une ombre.
Et la beauté se voit dans ce film.

A ce moment précis ceux qui ont vu la copie diffusée hier soir se disent que nous avons peu dormi, effectivement le procédé Ansco Color avec lequel le film a été tourné est immonde, en tout cas pour ce qui est de ce film. Tourneur ne disposait que d'un budget limité et les rushes étaient vus en noir et blanc, Chris Fujiwara rapporte le fait dans son livre* , voyant le film en couleur il fut horrifié. Il y a de quoi, les couleurs sont délavées et le rendu est déplaisant au possible.
Dommage car les plans font la part belle aux extérieurs, Tourneur sait utiliser les paysages, dramatiser l'action avec les éléments naturels, user de la nuit, des ombres. Ce qu'il fait ici, la beauté transparaît en dépit de l'Ansco Color.

Joel McCrea suit Tourneur dans ce petit film, il interprète le juge avec classe et décontraction. Avec humour même, l'intégrité du personnage est à la mesure de ses compétences, il sait se battre avec ses poings, jouer du revolver et débiter des répliques assassines qui ridiculisent ses adversaires. Il aime aussi les minorités, les exclus, un super-héros avant l'heure. Thorne est auréolé d'un charisme et d'un pouvoir que l'on retrouve souvent chez Tourneur, les personnages omniscients qui peuvent dompter les forces du mal, voir la manière dont le procureur (John Carradine, une autre raison de voir le film) aperçoit son ombre à la fenêtre, le dos tourné Thorne sait exactement combien d'hommes sont venus le chercher, voir également la façon dont le patriarche du clan (John McIntire, autre raison de voir le film) finit par le protéger.

La force du personnage vient de ses convictions inébranlables, le terrain accidenté, le nombre, la violence, rien ne l'arrête et c'est avec stupeur que le dernier plan du film se situe dans une petite pièce qui tient lieu de tribunal. La lumière naturelle, la simplicité du lieu, les motifs du papier peint relèvent de la mythologie, le lieu devenant symbole, allégorie et ce, en un plan unique. Du grand art.

Notez la présence d'un chat, allongé dans deux scènes où il se trouve au premier plan, inhabituel dans un western mais riche de sens chez Tourneur.


* Jacques Tourneur, The Cinema of  Nightfall (The John Hopkins University Press, 1998)

12 janv. 2014

La collectionneuse (1967) Eric Rohmer


Nous discutons, faisons part de nos convictions, notre morale et puis...
Ainsi Adrien (Patrick Bauchau) qui part en vacances vers Saint-Tropez dans l'espoir d'un rendez-vous qui pourrait lui permettre d'ouvrir sa propre galerie. En attendant il veut ne rien faire, ne plus penser. Ce qui est facile dans cette maison proche de la mer. Le soleil, la plage, les criques, rien de plus facile si ce n'était la présence de Haydée (Haydée Politoff), jolie plante qui bouleverse le programme.
Haydée et le hasard.

D'un côté l'homme et ses valeurs, ses plans, sa morale, de l'autre la Nature.
La Nature et la femme qui lui appartient. Adrien n'a guère le tempérament et la force nécessaires pour plier son être aux exigences de sa morale. Il est à l'opposé, ou tente de l'être, de Haydée qui suit ses instincts, qui se pose moins de questions, en apparence, qui compose avec la réalité.
Une fois le désir accepté, après des détours alambiqués, le hasard surgit et permet à Adrien de se mentir, de croire qu'il peut encore suivre ses plans alors que tout lui montre qu'il lutte contre sa nature. 
Tentative absurde de se donner un genre, de se forger une personnalité, refus de saisir les plaisirs qui se donnent à lui, Adrien est un beau modèle qui permet de mesurer la difficulté d'arriver à un idéal (le sien, celui que l'on se donne, que l'on voudrait être) ou encore de témoigner de la perte, du scandale des occasions gâchées.

Ces personnages évoluent dans un soleil resplendissant, de l'aube au crépuscule, au sein d'une nature qui ne peut qu'appeler aux plaisirs contre lesquels, pour de mauvaises raisons ou pour une mauvaise connaissance de soi, quelques-uns d'entre eux luttent et font naufrage, tout près de la beauté. 

Riens du tout (1992) Cédric Klapisch


Pour un premier film il ne fallait pas manquer d'audace, Riens du tout est un film chorale brassant des vies particulières dans un mouvement plus large qui les englobe, ces vies sont celles de ceux qui travaillent et gravitent autour des "Grandes galeries", un grand magasin, type "Les Galeries Lafayette" avec étages démultipliés et puits central.
Le magasin est au bord du dépôt de bilan et les décideurs donnent carte blanche à un nouveau directeur (interprété par Fabrice Luchini) pour redresser les comptes. Il a un an.

Pas vraiment de personnage principal mais une foule de personnages que l'on suit avec un réel plaisir, porté par une mise en scène fluide, solide, lisible. Entre Tati, Capra, Altman, le spectateur vit avec ces derniers, espoirs, tensions, unions, événements divers, sorties management "Build Team"... La vie d'une grande entreprise comme elle va, un regard amusé et lucide sur le monde du travail.

Le montage est à l'image du film, non pas une suite de sketchs comme beaucoup de films les présentent mais des petites touches qui prennent vie de manière harmonieuse.

Antoine Chappey, Jean-Pierre Darroussin, Nathalie Richard, Zinedine Soualem, Karin Viard, Simon Abkarian, Olivier Broche : une distribution de qualité pour un film très agréable à suivre, un film qui respire l'envie d'être avec les autres.

Mention spéciale pour les dialogues, écrits par Klapisch et Berroyer.

11 janv. 2014

Anna Boleyn (1920) Ernst Lubitsch


Henry VIII d'Angleterre (Emil Jannings) désire absolument avoir un héritier, le film retrace les conquêtes et mariages successifs qu'il fait à la recherche de ce Graal. Plusieurs épouses dont Anna Boleyn (Henny Porten) en font les frais.

Lubitsch donne dans les décors luxueux, aussi à l'aise dans les scènes intimistes que dans celles où des centaines de figurants parsèment l'écran, scènes de chasse, de joutes chevaleresques, le film est grandiose et les fastes de la royauté sont assez bien dépeintes.

Le personnage principal est davantage Henry VIII, campé avec brio par Jannings qui s'en donne à coeur joie, c'est une sorte d'ours rabelaisien sans âme, sans délicatesse, se reproduire n'est que son seul désir. Son objectif ajouté aux intrigues amoureuses qui se trament dans et hors du château donnent au film des allures de jeu d'échec où les pièces sont en proie à une libido incontrôlée. 
Le rire, la satire ne sont jamais bien loin, seules les scènes finales, d'un hiératisme singulier, témoignent d'un danger fatal pour qui ose s'aventurer sur le territoire d'un Roi qui n'a qu'une obsession en tête. Quelques êtres y perdent leur vie sans que nous puissions les pleurer car le récit ne nous permet guère de nous apitoyer sur ces personnages. La fréquentation du pouvoir a son revers.

Spider (2002) David Cronenberg


Spider est le surnom donné à Dennis Clegg (Ralph Fiennes) par sa mère (Miranda Richardson). Dennis sort de l'asile et va loger dans un immeuble spécialisé, tenu par Mrs Wilkinson (Lynn Redgrave) seulement les faubourgs londoniens où est situé l'immeuble est très proche de l'endroit où il vivait enfant. Dennis va se remémorer peu à peu les événements qui ont conduit à son internement.

Spider fait partie de ces films qui vous emmènent tout droit dans des cerveaux malades, là où le spectateur cherche à tisser entre les scènes des liens rationnels alors même que la narration est produite par un personnage perturbé. Aussi avons-nous droit à deux traitements, soit le scénario vous permet d'en sortir, d'en voir les aberrations soit l'on reste enfermé,prisonnier d'un univers incohérent et faux. 
Le film penche pour la première solution, nous aurons l'explication, pas toutes les données, mais l'essentiel est dévoilé, ce qui n'empêche pas le film d'être fascinant.
La composition de Fiennes est impressionnante, d'ailleurs heureusement que les sous-titres sont là car il marmonne constamment des séquences de mots incompréhensibles, je suis paresseux, je ne l'ai pas fait mais j'imagine que le doublage a été délicat. 
Le film n'est pas séduisant pour deux sous, rien n'est fait pour amener le spectateur dans un monde où la beauté réside, nous restons plongés avec Spider et ses différentes visons incarnées devant nous par son cerveau. Il mène l'enquête, il souffre, il tente de s'échapper de sa prison et ce qu'il va trouver ne va pas lui plaire.
Miranda Richardson est excellente, Gabriel Byrne (qui joue le père) également, ils forment avec Fiennes un trio qui nous captivent et nous emmènenyt faire un tour de l'autre côté du miroir.

9 janv. 2014

The Twilight Zone : I Shot an Arrow into the Air (1960) Stuart Rosenberg


Saison 1.

Trois astronautes se retrouvent seuls sur une planète après un crash, le reste de l'équipage est mort. L'un des survivants se met à paniquer et fait une fixation sur les rations de survie.

Episode un peu téléphoné, d'ailleurs les personnages prennent le soin de camper la situation de départ ou de bien faire comprendre au spectateur certains détails visuels qui n'ont pas besoin d'être commentés de la sorte. Pour spectateurs très fatigués, c'est dommage car le désert du Nevada est un cadre idéal pour un scénario autour de la survie.
Dewey Martin fait bien le job en chien fou, contré par Edward Binns qui incarne tranquillement le colonel raisonnable et altruiste.

8 janv. 2014

Track of the Cat (1954) William A. Wellman


Wellman a souvent filmé des groupes d'hommes au coeur d'événements difficiles, dans un contexte géographique dangereux, dans un milieu hostile.
Cette fois le récit se situe au coeur d'une famille de fermiers, les Bridges, en plein hiver, ferme située au sein d'une vallée.
Deux conflits se déroulent en même temps, un conflit externe de par la présence d'une panthère qui attaque le troupeau et interne mais cette fois c'est la petite amie du cadet venue faire une visite qui dérange.
C'est une famille de pionniers, trois frères et une soeur, les deux parents et un indien. Ce microcosme est un noyau dur où les ressentiments sont nombreux. Particulièrement à cause de Curt (Robert Mitchum), l'aîné. C'est lui qui a contribué le plus à construire et installer durablement ce petit ranch, il est intraitable, dur, malmène Harold (Tab Hunter), le cadet et provoque Gwen (Diana Lynn), la petite amie de ce dernier. Leader natuerl, par sa position et sa force, il en abuse et fait de la chasse de cette panthère une affaire personnelle. Il part la traquer avec Arthur (William Hopper), le puîné.
Arthur est plus raisonnable, il tente de lui faire comprendre qu'il faut laisser à Harold la possibilité de s'installer, de vivre sa vie, pour cela l'argent gagné et économisé par la famille doit le lui permettre, mais c'est Curt qui a l'autorité pour le faire...

C'est un excellent western signé par un maître, William Wellman. 
Plusieurs thèmes sont imbriqués dans un remarquable scénario.
La nature, puissante, sauvage, comme dans de nombreux Wellman, tient un rôle primordial, elle confronte les personnages et les place face à leurs responsabilités, les décisions qu'ils ont à prendre ne sont jamais sans conséquence dans ce milieu impitoyable. Plusieurs scènes sont révélatrices de ce postulat, qui rappellent Construire un feu de Jack London, que Wellman a adapté. Je pense à celle des allumettes, évidemment, mais pas seulement, la perte de la nourriture par exemple. Curt est adroit, intelligent mais sa vanité lui fait perdre le sens de la mesure et cela n'est pas sans conséquence. L'individu doit rester humble, en particulier dans à un milieu extrême.
La famille en est un autre, véritable assemblage de personnalités diverses où chaque partie se heurte à une autre. L'emprise de Curt, celle de la mère (remarquable Beulah Bondi qui forme avec Philip Tonge un couple inoubliable) écrasent les autres membres. La venue de Gwen est l'élément perturbateur qui vient accentuer les tensions pour mieux les résoudre. L'émancipation du cadet ne se fait pas sans douleur, c'est la mort des siens qui permet ce passage à l'âge adulte, comme un reflet de ces parois montagneuse qui se hissent parfois sur des gouffres de glace où l'on peut se perdre.

L'humour (les bouteilles de Pa), l'émotion (les consciences qui assument soudain leurs fautes), l'aventure, le drame, l'amour, Wellman est à l'aise et nous place au coeur d'une histoire qui mêle le destin de plusieurs individus. Pour le meilleur et pour le pire, les liens du sang ne sont pas de ceux que nous pouvons écarter facilement.

Heaven Knows, Mr. Allison / Dieu seul le sait (1957) John Huston


1944. Un Marine (Robert Mitchum) fait naufrage sur une île du Sud Pacifique, il n'y rencontre qu'une religieuse (Deborah Kerr). Ils vont apprendre à se connaître jusqu'à l'arrivée d'une compagnie de japonais venue occuper l'île.

Huston traite le film de guerre d'une façon presque naturelle, on y voit les japonais se détendre dans leurs baraquements, jouer au Go, boire du saké mais ce qui l'intéresse avant tout est cette histoire d'amour très improbable entre une religieuse et un marine et il faut bien les talents conjugués de Mitchum et de Kerr pour faire passer toutes les nuances de leur liaison impossible.
La scène de la déclaration suivie de la demande en mariage est superbe, la gêne incarnée par Mitchum, la distance respectueuse que l'émotion arrive à surpasser et le refus, les yeux emplis de larmes de Kerr, scène d'une beauté simple et touchante.
Huston est parfois au bord du plan interdit, je pense notamment à Kerr, dans la grotte, en train de prier au premier plan, et Mitchum, en contre-jour, le couteau dépassant de sa silhouette, excepté ce plan le reste est charmant, Kerr est sublime dans ce vêtement, désirable, son visage appelant le désir. Quant à Mitchum, c'est un rôle qu'il endosse avec une présence éclatante, entre tact, douceur et force.

7 janv. 2014

The Drowning Pool / La toile d'araignée (1975) Stuart Rosenberg


Suite des aventures de Lew Harper (Paul Newman) appelé à la rescousse par une ancienne maîtresse résidant à la Nouvelle Orléans. La famille de cette dernière est fortunée, l'héritage attire la cupidité et les terrains sont gorgés de pétrole, de quoi faire tourner les têtes.

Paul Newman se promène dans ce polar, qui aurait pu être plus poisseux, avec une décontraction assez classe, cool attitude et blagues qu'il goûte souvent seul mais cela lui (et nous) fait plaisir. Autour de lui des jeunes femmes ont réellement envies d'en connaître plus sur la marque de ses sous-vêtements : Mavis (Gail Strickland, pretty pretty !), Schuyler (Melanie Griffith, très jeune, un poussin à la voix insupportable dans un corps de femme), Gretchen (Linda Haynes, ultra hot) et Iris (Joanne Woodward) qui sait que le temps n'est plus de son côté. Beaucoup de tentations mais Harper n'en a cure, il a autre chose à faire.

Ce n'est pas inoubliable mais disons que le film rafraîchit un peu, comme une boisson inattendue que l'on nous servirait par un temps orageux de fin d'après-midi.

6 janv. 2014

Ichiban utsukushiku / Le plus beau (1944) Akira Kurosawa


1944, le Japon produit son lot de films de propagande, les autres pays en font autant.
Kurosawa écrit un scénario autour d'ouvrières qui travaillent dans une usine de fabrications d'optiques pour les avions de combat.
Le film commence avec des plans très symétriques, très graphiques. Les cadres sont précis et donnent à ces ouvrières rangées en file indienne des airs de robots déjà vus ailleurs, chez Chaplin par exemple. Le directeur braille dans son micro et le plan de production doit être revu à la hausse. Toute cette première partie est très documentaire, les outils sont mis en évidence, les tâches de chacune, un groupe se dessine composé de quelques personnages qui dépassent.
Sentiment aigu de responsabilité, sentiment du devoir à accomplir, dépassement de soi, abnégation, l'individu est totalement au service de la patrie. Le trait est chargé.

Peu à peu les ouvrières flanchent, l'on pense à la maison lointaine (elles dorment sur place), à la famille, le moral baisse et les signes de fatigue se font plus nettement ressentir.
La générosité, la solidarité, le don de soi sont alors à l'oeuvre dans le même but : atteindre le quota fixé, par respect pour les morts au combat.

L'aliénation est proche, la propagande est pleine et entière mais Kurosawa parvient à donner à ces femmes une humanité, une noblesse, une grandeur qui touchent et émeuvent.  Après tout ces femmes se sont sacrifiées, de leur plein gré ou pas, les femmes ont contribué à l'effort de guerre dans de nombreux pays. Loin de la morale et de la politique, le respect leur est du et Kurosawa réussit à rendre cette part humaine visible, quand bien même le cap est maintenu, les larmes versées par Tsuru (Yoko Yaguchi) sont celles d'une femme qui souffre et ne peut continuer. Il y a quelque chose de plus grand que la guerre et ce qu'on lui doit.

5 janv. 2014

Hôtel Monterey (1972) Chantal Akerman


Description d'un hôtel à New York, le Monterey (215 W. 94th Street, Manhattan).
Du lobby jusqu'au toit en passant par les couloirs, les chambres, l'ascenseur.
Akerman filme l'ensemble avec des plans fixes ou des mouvements assez lents, panoramiques ou travellings.
Aucun son, pas de générique. Durée : environ une heure.

Au premier abord on se laisse happer par les plans, nous voyons quelques personnes arpenter le lobby, le temps, les choses...
Des bribes de récits s'installent, des portes sont ouvertes sur des intérieurs, des effets personnels sur une console, à qui ? quelle histoire ?
Ou ce plan fixe sur une chambre, cut, même cadre mais le lit est déplacé, quelqu'un nous tourne le dos, cut, le lit est défait, nous apercevons brièvement quelqu'un pendant que la porte se referme. De quoi développer un récit par nos esprits en quête de lien narratif.
Quelques portraits des occupants, dont un homme en smoking.

Couloirs exigus dans lesquels la caméra s'aventure, fixe ou pas. Impression de claustrophobie, des portes s'ouvrent, s'entrouvrent, tout un monde se laisse deviner sans que l'on puisse y accéder. Un hôtel.

Après des plans sur l'ascenseur qui s'ouvre, se referme, la caméra avance vers les fenêtres et nous laisse respirer, la rue est là, des voitures puis le toit de l'hôtel et un panoramique à l'air libre. Nous avions oublié la ville et son animation persuadés que nous étions enfermés dans un univers captif.

Stanley Kubrick a certainement vu ce film car les points de comparaison avec Shining sont nombreux : ascenseur inquiétant, travellings dans les couloirs, espace labyrinthique, couleurs des peintures, l'homme en smoking et son regard caméra...

Death of a Gunfighter / Une poignée de plombs (1969) Robert Totten, Don Siegel


Frank Patch (Richard Widmark) s'occupe de faire régner la loi dans une petite ville du Texas mais le conseil municipal ne veut plus de lui. La raison officielle est le nombre de morts à l'actif de Patch, la véritable raison est qu'il est au courant des tares et des vices des notables locaux, ces derniers n'en peuvent plus de vivre avec cette idée.

Western qui ne bénéficie d'aucune grande scène si ce n'est le massacre final qui n'est pas habituel. Le personnage interprété par Widmark est violent et souvent ses actes sont le fruit de son impulsivité, pour laquelle il s'excuse devant Dan, un orphelin qu'il encadre mais les relations entre les personnages ne sont pas abouties, le film flotte et ne semble pas s'engager dans un sillon bien déterminé.
Signalons les présences de Dub Taylor, Jacqueline Scott et de John Saxon.
Widmark n'était pas satisfait du travail de Totten, Siegel est venu le remplacer mais n'ayant pas voulu signer le film à cause de la quantité des scènes tournées inférieure à celles de Totten, Siegel ne voulait pas apparaître seul au générique. Widmark ne voulant pas voir le nom de Tottent c'est un pseudonyme (Alan Smithee) qui a été utilisé, pseudonyme qui aura un certain succès sur les projets conflictuels suivants de l'industrie cinématographique.

Secrets & Lies / Secrets et mensonges (1996) Mike Leigh


Après l'enterrement de sa mère adoptive Hortense (Marianne Jean-Baptiste) décide de connaître sa mère naturelle. Elle effectue les démarches nécessaires et entre en contact avec Cynthia (Brenda Blethyn). 
Le secret, les mensonges, Leigh nous plonge au coeur d'une famille et nous montre combien ce que l'on garde en soi, ce que l'on tait se répercute au quotidien, pourrit les relations entre les êtres. Secrets de Cynthia, de Monica.
S'il y a bien une situation banale c'est celle-ci : les détours que prend l'amour, la vérité pour se dire, parfois sur plusieurs décennies. La scène du retour de Stuart (Ron Cook), l'ancien propriétaire du studio photo de Maurice (Timothy Spall dans un rôle qui marque), est révélatrice de ces détours.

La beauté du film tient en l'interprétation de ses acteurs, ils sont tous remarquables mais Brenda Blethyn emporte l'adhésion, elle nous amène vers des émotions qu'on ne rencontre pas souvent au cinéma. Certes c'est un mélo et le scénario est fait pour nous tirer des larmes mais lorsqu'elles coulent nous n'avons pas le sentiment d'être manipulés, nous fondons devant un récit puissant, presque universel (bénies soient ceux qui ne rencontrent pas ces difficultés), la magie du jeu, celui d'un acteur, d'un texte, opère. La scène de la rencontre de Cynthia et Hortense, dans le salon de thé est une des plus belles jamais vues.

Ce que j'apprécie plus encore c'est l'absence de regard angélique, nous sommes avec Mike Leigh, c'est bien une mort qui va provoquer la démarche, pas de mort, pas d'amélioration. Les brouilles, les malentendus peuvent durer indéfiniment, lorsque la mort survient il est alors trop tard et nous restons seuls avec notre chagrin, seul et condamné.
Maurice est celui qui tente par-dessus tout de réunir, de garder les liens, c'est un photographe qui travaille beaucoup les portraits, les mariages. Ce n'est pas anodin car devant lui les secrets se dévoilent, se taisent, se cachent ou persistent devant son objectif. Il tente alors de sublimer ce court instant, provoque un sourire... 

Il faut deux heures pour connaître, aimer ces personnages et voir la vérité, l'amour, la paix l'emporter. Belle démonstration.



2 janv. 2014

Milano odia : la polizia non può sparare / La rançon de la peur (1974) Umberto Lenzi


Giulio Sacchi (Tomas Milian) est un petit truand qui se fait passer à tabac par ses compères car il a fait capoter un casse. Vexé et désireux de montrer qu'il a des tripes, pour rester poli, il décide d'enlever la fille du patron fortuné où travaille sa petite amie.

Je crois que c'est le premier Poliziotteschi que je vois, des polars italiens violents qui sont les produits d'une société qui décline sous les attentats des groupuscules extrémistes, sous la corruption institutionnalisée. Période sombre qui est pointée du doigt dans le film.
Le produit de cette société est Giulio Sacchi, il n'est pas le seul mais il représente cette violence dans sa forme la plus excessive, c'est un tueur psychopathe, sadique, culotté et crétin à la fois. Thomas Milian en fait une interprétation mémorable, on reste stupéfait devant ce personnage si grossier (l'écriture d' Ernesto Gastaldi est remarquable), si vulgaire et admiratif face à la composition hantée du personnage. Milian est réellement le moteur fou du film, film qui possède d'autres atouts, la réalisation est solide, j'avais peur de me trouver face  un objet de troisième zone, il n'en est rien, le score de Morricone est énorme. Quant aux autres acteurs ils arrivent à subsister, surtout devant Milian, pour Henry Silva c'est plus facile, il possède un charisme suffisant pour faire exister son personnage de flic solitaire.

Lenzi tourne à Milan et n'hésite pas à montrer toute la laideur de la ville, ses canaux pollués, ses barres d'immeubles, si le film sort à la campagne c'est pour y trouver la mort.


1 janv. 2014

In Time / Time Out (2011) Andrew Niccol


Le futur.
L'aspect physique se fige à 25 ans ensuite l'on continue de vivre pour peu que l'on possède du temps. Le temps est une unité monétaire, une inscription sur le bras digitale permet de connaître le temps qu'il reste à vivre, les paiements, débits, crédits, s'effectuent par lecture sur cette inscription.
Les habitants fortunés vivent dans des zones protégées, les autres vivent entre eux. Un homme très riche n'en peut plus et veut mourir, il se rend dans le ghetto et attend qu'on le dépouille du siècle qu'il lui reste à vivre. Il est sauvé par Will Salas (Justin Timberlake), lors d'une nuit le premier donne son temps au second et meurt. Will se rend alors dans la zone fortunée, il rencontre Sylvia (Amanda Seyfried), la fille du magnat qui contrôle le Temps.

L'idée est simple et géniale car les contraintes, les excès du système décrit permettent de penser le nôtre. Niccol pousse les choses un peu plus loin et c'est dans un univers quasi-totalitaire qu'évoluent les personnages. 
Fable moderne entre "Robin de Bois" et "Bonny and Clyde" le film est divertissant tout en ayant une dimension politique, assez simple mais suffisamment travaillée pour faire mouche.

La manière dont Niccol filme Los Angeles est astucieuse, on croit ainsi être dans un futur assez proche, ce qui rend le tout crédible et effrayant. Le scénario est astucieux, nous ne sommes pas totalement dans la divagation surréaliste, en somme de la bonne science-fiction.

Madame DuBarry (1919) Ernst Lubitsch


Mme Du Barry (Pola Negri) est une femme au destin exceptionnel. Lubitsch nous raconte son itinéraire depuis une luxueuse boutique de mode jusqu'à l'échafaud.
C'est une femme qui attire tous les regards, c'est ainsi qu'elle est peinte par Lubitsch, de nombreuses scènes jouent sur le couple regardant/regardé, d'autant plus qu'elle franchit des espaces de plus en plus vastes, de plus en plus luxueux, arrivée à la cour ce jeu des regards est encore plus accru. 
Prédominance du regard et aveuglement du pouvoir, la scène où Louis XV joue à Colin- maillard est symbolique de cet écart où va s'engouffrer la colère du peuple.

La fantaisie propre à Lubitsch réside essentiellement dans les scènes où la Du Barry batifole avec les hommes, les intérieurs luxueux font office de palais merveilleux qui enferment l'héroïne dans des cages dorées. Un monde artificiel se met en place où les événements, les rites sont vidés de leur substance, les condamnations ne vont pas jusqu'à leur terme, les promotions, les mariages, les introductions à la cour, l'amour, des simulacres sur lesquels se bâtit une structure qui n'attend que l'écroulement. 

La Révolution qui surgit est une force qui détruit ces paravents derrière lesquels vivent les personnages. Lubitsch donne ici dans une noirceur qui ne lui est pas habituelle, la dernière séquence, celle de la guillotine, est d'une violence effrayante.