6 janv. 2014

Ichiban utsukushiku / Le plus beau (1944) Akira Kurosawa


1944, le Japon produit son lot de films de propagande, les autres pays en font autant.
Kurosawa écrit un scénario autour d'ouvrières qui travaillent dans une usine de fabrications d'optiques pour les avions de combat.
Le film commence avec des plans très symétriques, très graphiques. Les cadres sont précis et donnent à ces ouvrières rangées en file indienne des airs de robots déjà vus ailleurs, chez Chaplin par exemple. Le directeur braille dans son micro et le plan de production doit être revu à la hausse. Toute cette première partie est très documentaire, les outils sont mis en évidence, les tâches de chacune, un groupe se dessine composé de quelques personnages qui dépassent.
Sentiment aigu de responsabilité, sentiment du devoir à accomplir, dépassement de soi, abnégation, l'individu est totalement au service de la patrie. Le trait est chargé.

Peu à peu les ouvrières flanchent, l'on pense à la maison lointaine (elles dorment sur place), à la famille, le moral baisse et les signes de fatigue se font plus nettement ressentir.
La générosité, la solidarité, le don de soi sont alors à l'oeuvre dans le même but : atteindre le quota fixé, par respect pour les morts au combat.

L'aliénation est proche, la propagande est pleine et entière mais Kurosawa parvient à donner à ces femmes une humanité, une noblesse, une grandeur qui touchent et émeuvent.  Après tout ces femmes se sont sacrifiées, de leur plein gré ou pas, les femmes ont contribué à l'effort de guerre dans de nombreux pays. Loin de la morale et de la politique, le respect leur est du et Kurosawa réussit à rendre cette part humaine visible, quand bien même le cap est maintenu, les larmes versées par Tsuru (Yoko Yaguchi) sont celles d'une femme qui souffre et ne peut continuer. Il y a quelque chose de plus grand que la guerre et ce qu'on lui doit.

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