15 janv. 2014

Stranger on Horseback / Le juge Thorne fait sa loi (1955) Jacques Tourneur


Hier soir c'était fête ! Ciné+ Classic diffusait un Tourneur que je ne connaissais pas, autant dire la nouvelle la plus importante de la journée.

Le juge Thorne arrive dans une petite ville dirigée par le clan Bannerman. Il vient régler les affaires courantes dont un meurtre commis par le fils Bannerman (Kevin McCarthy, fameux chasseur de cosses de haricot)...

L'intrigue est simple et n'a strictement rien de nouveau mais si nous cherchions la nouveauté dans l'intrigue nous arrêterions de regarder des films avec la même avidité. La beauté n'est pas nouvelle et sait se dévoiler au gré d'un plan, d'un visage, d'une lumière ou d'une ombre.
Et la beauté se voit dans ce film.

A ce moment précis ceux qui ont vu la copie diffusée hier soir se disent que nous avons peu dormi, effectivement le procédé Ansco Color avec lequel le film a été tourné est immonde, en tout cas pour ce qui est de ce film. Tourneur ne disposait que d'un budget limité et les rushes étaient vus en noir et blanc, Chris Fujiwara rapporte le fait dans son livre* , voyant le film en couleur il fut horrifié. Il y a de quoi, les couleurs sont délavées et le rendu est déplaisant au possible.
Dommage car les plans font la part belle aux extérieurs, Tourneur sait utiliser les paysages, dramatiser l'action avec les éléments naturels, user de la nuit, des ombres. Ce qu'il fait ici, la beauté transparaît en dépit de l'Ansco Color.

Joel McCrea suit Tourneur dans ce petit film, il interprète le juge avec classe et décontraction. Avec humour même, l'intégrité du personnage est à la mesure de ses compétences, il sait se battre avec ses poings, jouer du revolver et débiter des répliques assassines qui ridiculisent ses adversaires. Il aime aussi les minorités, les exclus, un super-héros avant l'heure. Thorne est auréolé d'un charisme et d'un pouvoir que l'on retrouve souvent chez Tourneur, les personnages omniscients qui peuvent dompter les forces du mal, voir la manière dont le procureur (John Carradine, une autre raison de voir le film) aperçoit son ombre à la fenêtre, le dos tourné Thorne sait exactement combien d'hommes sont venus le chercher, voir également la façon dont le patriarche du clan (John McIntire, autre raison de voir le film) finit par le protéger.

La force du personnage vient de ses convictions inébranlables, le terrain accidenté, le nombre, la violence, rien ne l'arrête et c'est avec stupeur que le dernier plan du film se situe dans une petite pièce qui tient lieu de tribunal. La lumière naturelle, la simplicité du lieu, les motifs du papier peint relèvent de la mythologie, le lieu devenant symbole, allégorie et ce, en un plan unique. Du grand art.

Notez la présence d'un chat, allongé dans deux scènes où il se trouve au premier plan, inhabituel dans un western mais riche de sens chez Tourneur.


* Jacques Tourneur, The Cinema of  Nightfall (The John Hopkins University Press, 1998)

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