28 févr. 2014

The Terminal (2004) Steven Spielberg


C'est une délicieuse comédie que nous propose Spielberg, très proche de Capra ou d'autres réalisateurs qui tiennent à croire en un idéal malmené par la réalité.
Victor Navorski (Tom Hanks) débarque à New York alors que son pays vient d'entrer en guerre, ne pouvant se réclamer d'aucun pays le voilà forcé à stationner dans la zone de transit internationale de l'aéroport, là où ne subsistent que des enseignes commerciales.

Tom Hanks est étonnant, comme souvent, dans ce rôle, sa démarche, son accent sont un régal et l'on s'amuse beaucoup à le voir prendre du plaisir à incarner ce personnage foncièrement aimable.
La multitude de personnages qui l'entourent donnent la possibilité de dresser le,portait d'une Amérique multi-ethnique où la solidarité et l'individualisme se conjuguent hissant les personnages vers le haut. Cela est sans nul doute féérique, candide mais c'est en partie pour ces raisons que le film touche le spectateur, pour la beauté de la fiction, pour les portraits étonnants qu'on y rencontre, je pense particulièrement à Gupta Rajan (Kumar Pallana) qui nous ravit à chaque apparition.
Notre Droopy préféré, Barry Shabaka Henley, est de la partie ainsi qu'une Catherine Zeta-Jones rayonnante. Stanley Tucci et Zoe Saldana sont également responsables du plaisir pris à suivre cette fable vivifiante.

27 févr. 2014

The Hunger Games (2012) Gary Ross


Adaptation de romans connus, que je n'ai pas lus, ce film est plaisant mais sans plus.
Un futur indéterminé nous montrent un pouvoir puissant qui a maté une rébellion, plusieurs districts s'étaient soulevés. Depuis chaque district doit donner un jeune homme et une jeune fille qui tous vont se confronter dans une lutte à mort, ce sont les Hunger Games.

Le pouvoir totalitaire qui use des médias pour asseoir son autorité, qui s'affranchit des règles et manipule les citoyens est bien décrit. Le jeu en lui-même est une succession de péripéties balisées qui ne surprend jamais son spectateur. C'est dommage car l'interprétation est plutôt séduisante, excepté le rôle confié à Donald Sutherland, le tyran amateur de fleurs est un cliché épuisé...

On apprécie toutefois Jennifer Lawrence, aimée il y a peu dans Winter's Bone, Stanley Tucci qui cabotine dents éclatantes en avant et même Lenny Kravitz, assez sobre et séduisant.

24 févr. 2014

Tennessee's Partner / Le mariage est pour demain (1955) Allan Dwan


Tennessee (John Payne que je ne connaissais pas et qui joue avec économie, tranquille et efficace) est un joueur de poker professionnel qui se fait détester par tous ceux qu'il détrousse et ils sont nombreux. Seule la Duchesse (la pulpeuse Rhonda Fleming) lui porte affection.
Cowpoke (Ronald Reagan, pas mal du tout dans ce rôle de brave type), un cowboy de passage tire Tennessee d'une mauvaise passe, les deux hommes vont devenir amis, ce qui est nouveau pour Tennessee.
Lorsque Goldie (Coleen Gray), la fiancée de Cowpoke, arrive en ville, Tennessee est dans l'embarras, son nouvel ami est follement amoureux d'une femme de peu de vertu qu'il connaît très intimement...

Dwan signe un western qui repose sur une belle histoire d'amitié sur fond de vénalité. La fin aurait gagné à souligner plus encore le tragique de la situation mais il subsiste quelque chose de cette dernière, Tennessee est devenu quelqu'un d'autre.
Ce western était le film préféré de Dwan parmi ceux produits par Benedict Bogeaus.
Signalons enfin la présence discrète de Angie Dickinson, elle est l'une des filles de la Duchesse et a droit à quelques mots. 

23 févr. 2014

Border Incident / Incident de frontière (1949) Anthony Mann


Des ouvriers clandestins disparaissent lors de leur passage à la frontière, les autorités mexicaines et américaines décident d'enquêter en infiltrant deux hommes : Pablo Rodriguez (Ricardo Montalban) va se faire passer pour un braceros tandis que Jack Bearnes (George Murphy) se glissera dans la peau d'un voleur de permis de travail américains...

En 1940, le film de Ford, Les raisins de la colère, traitait pratiquement du même thème : l'exploitation de la misère par une poignée de propriétaires terriens. Ici c'est celle des clandestins qui se font dépouiller de leur argent alors qu'ils franchissent illégalement la frontière, pour ceux qui arrivent à destination, l'esclavage moderne commence.
Le film a un impact puissant, Mann filme toute la partie "documentaire", celle où l'exploitation et les mécanismes qui l'engendrent sont relatées, dans une pénombre oppressante, les scènes se déroulent pratiquement toutes de nuit et donnent une intensité dramatique à l'ensemble, une tension, une atmosphère pesante.
Le récit policier paraît un peu convenu à côté des enjeux traités mais la noirceur de la violence et la manière dont sont traités les personnages ajoutent à la charge critique une dimension tragique.

La distribution est remarquable, tous les membres du gang sont campés par de vieux routiers des séries B : Howard Da Silva, Charles McGraw, Arthur Hunnicutt...
Et Alfonso Bedoya trimballe son regard idiot sur une bonne partie du film.

Le film est toujours d'actualité, le clandestin est celui qui se fait exploiter, qui peut se faire arrêter et qui est montré du doigt par les partis nationalistes, chienne de vie.

Sranger than Fiction / L'incroyable destin de Harold Crick (2006) Marc Foster


- I'm Harold Crick.
- I know.

Si vous aimez les romans de Italo Calvino alors ce film est pour vous.

Une voix-off nous décrit la vie d'un personnage, Harold Crick (Will Ferrell), inspecteur des impôts, une vie très terne, solitaire et insipide. Le seul problème, façon de parler, du personnage est qu'il se met à entendre cette voix. Elle décrit avec justesse ses émotions, ses pensées. Normal puisque cette voix est celle de sa créatrice, une romancière, Karen Eiffel (Emma Thompson), qui peine à terminer son roman.
Si l'on accepte de rentrer dans ce principe narratif, excitant et ludique, l'on jubile à se laisser porter par la suite du récit : apprenant que Eiffel tient à le faire mourir il va se rebeller et tenter de vivre, il lui faut rencontrer son auteur d'autant plus qu'il vient de tomber amoureux de la pâtissière (Maggie Gyllenhaal) qui fait l'objet d'un contrôle fiscal qu'il dirige.
Aidé par un universitaire spécialiste de littérature (Dustin Hoffman) il va partir à la recherche de l'écrivain dépressif.

C'est émouvant un personnage qui ne veut pas mourir, le dispositif est d'une drôlerie, lorsque Dustin Hoffman conseille à Ferrell de ne rien faire, de ne pas faire avancer l'intrigue, de laisser l'intrigue venir à lui...
Allez, on ressort ses Calvino des étagères et on fait des cookies !

Derrière sa morale optimiste, Stranger than Fiction est surtout un film qui joue sur le plaisir de la fiction, de la narration dans lequel on aime beaucoup se laisser porter.

The Descendants (2011) Alexander Payne


Matt King (George Clooney) n'a guère de temps à consacrer à sa famille, lorsque son épouse se retrouve dans le coma il doit prendre en charge ses deux filles, Scottie (Amara Miller) et Alexandra (Shailene Woodley)...

Dans un décor de rêve, Hawaii, Payne nous parle de la vie quotidienne et de ses tracas, de ce qu'est la famille, ce qu'est la transmission, des valeurs que l'on porte en soi...
Tout ce programme peut paraître bien lourd, "quoi ? encore un film avec une morale chiante ? bla bla bla...", non, non, non, il faut avoir confiance en Payne, en sa capacité à nous faire vivre avec les personnages sans que leurs problèmes soient le moindre du monde superficiels. Ses personnages sont comme nous, ils ont des défauts, ont du mal à appréhender la réalité et tentent de faire de leur mieux. Clooney est excellent dans ce registre de mec un peu paumé qui n'a pas les bras assez grands, l'esprit assez vif. Les sentiments qu'il porte vont le faire agir de la bonne manière parce qu'il sait les écouter, les laisser organiser le monde chaotique devant lui.
Un film honnête.

22 févr. 2014

The Descent (2005) Neil Marshall


Un groupe d'amies veut renouer avec une ancienne tradition, celle de sorties sportives pleine d'excitations, d'aventures, tradition stoppée à cause d'un accident qui fit perdre un mari et un enfant à l'une d'entre elles un an auparavant.
C'est une descente dans un gouffre qui fait l'objet de la sortie, l'on assiste à la progression dans les veines étroites, véritables séquences claustrophobiques puis, lorsqu'un éboulement annule la possibilité de faire le parcours en sens inverse, c'est la recherche d'une issue qui fait progresser le récit.
Très vite le groupe va se rendre compte que d'autres âmes errent en ces lieux souterrains, la violence va monter d'un cran, la tension aussi...

Film d'horreur passionnant, très bien réalisé, les séquences sont réellement captivantes, de plus le scénario ne s'attache pas à faire vivre les personnages dans le moment mais croise l'intrigue d'enjeux qui ont été savamment distillés lors de la séquence inaugurale.
Les actrices sont pas mal du tout, Natalie Mendoza en tête qui parvient à être à la hauteur de toutes les nuances de son personnage.

The Fallen Sparrow / Nid d'espions (1943) Richard Wallace


John Garfield interprète un membre des Brigades Internationales, John McKittrick,  torturé qui réussit à s'échapper d'Espagne et à regagner New York. En voulant trouver les assassins de son ami il se rend compte que des espions sont dans son proche entourage. Il va tomber amoureux de Toni Donne (Maureen O'Hara) qui fréquente ce milieu.

Film de propagande bien plus intéressant que d'autres produits plus manichéens, celui-ci bénéficie d'un scénario à la hauteur mêlant les enjeux d'un conflit international avec d'anciennes fiertés éculées autour d'un étendard capturé après une bataille.
Garfield est remarquable dans un rôle où il doit faire vivre un personnage en proie à des séquelles liées aux séances de torture qu'il a subi et Maureen O'Hara est si sublime qu'on se donnerait volontiers à l'ennemi pour pouvoir passer un moment dans ses bras.

The Ward / L'hôpital de la terreur (2010) John Carpenter


Cela faisait neuf ans que Carpenter n'avait pas tourné pour le cinéma aussi est-ce un plaisir de le voir de nouveau arpenter le grand écran même si, en France, ce ne fut que par le biais d'un festival avant d'exister directement sur support DVD/BR.

Kristen (Amber Heard) est internée dans un hôpital psychiatrique avec d'autres jeunes filles comme elle, très vite elle voit un être à la peau écorchée qui tue une à une ses nouvelles copines.

Chassé-croisé dans les couloirs labyrinthiques de l'hôpital, les meurtres se succèdent avec un ennui assuré, ni l'action, ni l'intrigue ne suscitent l'intérêt et le jeu des actrices est réellement superficiel, seule Danielle Panabaker, selon mes critères personnels, un certain charme. C'est plus le montage, la composition de l'espace qui impressionnent, le décor est de premier ordre.
Ce n'est qu'après une heure soporifique que le twist intervient et réanime notre regard affaibli. Nous conservons une bonne impression sans pour autant oublier les 2/3 désolants du début.

21 févr. 2014

It's Always Sunday (1956) Allan Dwan


Un des deux épisodes tournés par Dwan pour la Screen Directors Guild, celui-ci est une comédie qui fait le portrait d'un révérend, Charles Parker (Dennis O'Keefe), connu pour sa gentillesse. Tous les vagabonds connaissent son adresse car il donne tout ce qu'il a et même ce qu'il n'a pas...

L'interprétation est de qualité, O'Keefe possède cette décontraction, cette force tranquille qui empêchent le personnage de sombrer dans la bêtise et Sheldon Leonard est parfait en hobo descendant tout juste de son train de marchandise.

20 févr. 2014

Ni vu... Ni connu... (1958) Yves Robert


Blaireau (Louis de Funès) est un braconnier qui ravitaille Montpaillard, un village tranquille. le maire voudrait que ce voleur champêtre finisse en prison...

Nous sommes un peu chez Clochemerle et tout l'aspect "petit village", campagne, forêt, rivière est assez bien rendu. De Funès est parfait, comme souvent et Pierre Mondy n'est pas mal non plus en directeur de prison des plus compréhensifs. La séquence de la prison vient à point pour égayer le film car toute la séquence du flirt entre Rich et Noëlle Adam (les jeunes de service intégrés au récit) est insupportable.
Comme le générique l'indique le ton se situe du côté de chez Guignol, de la farce facile mais qui est difficile à digérer si les comédiens ne sont pas à la hauteur. Sans De Funès et Mondy il faudrait ranger le film dans la catégorie des navets, leur présence parvient, parfois difficilement, à retenir l'attention.

Lured / Des filles disparaissent (1947) Douglas Sirk


Sirk tourne une comédie policière, Sandra Carpenter (Lucille Ball) est une danseuse engagée par Scotland Yard pour qu'elle puisse appâter un assassin qui trouve ses victimes par le biais de petites annonces paraissant dans le journal.
C'est drôle, parfois totalement délirant, je pense à la séquence avec Boris Karloff qui interprète un personnage complètement cinglé. Charles Coburn incarne l'inspecteur en charge de l'affaire et sa bonhomie apporte beaucoup au rôle. L'aspect glamour, romantique est insufflé essentiellement par George Sanders et Cedric Hardwicke, Alan Mowbray les seconde avec plaisir, il campe un majordome succulent.
En variant les registres, les tonalités, Sirk fait de ce policier sans prétention un ravissement, un délicieux divertissement servi par des acteurs de premier ordre qui s'amusent beaucoup à nous procurer ce plaisir futile que peut être, parfois, un film.

19 févr. 2014

Groundhog Day / Un jour sans fin (1993) Harold Ramis


Coincé dans un patelin de péquenots, à revivre éternellement le même jour, celui de la célébration de la marmotte qui doit annoncer si le printemps va arriver un peu plus tôt.
C'est le sort du misanthrope Phil (Bill Murray), présentateur météo de son état et célibataire.
Chaque matin le réveil sonne à six heures et il se retrouve dans la même chambre d'hôtel...
Que faire ?
Essayer de trouver une solution ?
Profiter de la situation pour en apprendre un maximum sur les gens et draguer les plus belles nanas ?
Faire n'importe quoi, s'amuser comme un adolescent ?
Bill va passer par toutes les étapes avant de (re)trouver un équilibre, son équilibre...
Conte à la morale approuvée par tous, le film bénéficie d'un Bill Murray en grande forme, aucun ennui, des bons sentiments qui l'emportent sans oublier une bonne dose d'humour.
Un chouette film (Michael Shannon y fait une apparition, en jeune marié).

Synecdoche, New York (2008) Charlie Kaufman


Nous allons tous mourir.

Partant de ce postulat, certaines personnes le vivent mieux que d'autres, ce n'est pas le cas du dramaturge Caden Cotard (Philip Seymour Hoffman), anxieux parmi les anxieux, qui, pourtant, vit le succès avec sa dernière pièce et se voit proposer une bourse pour monter ce qu'il veut à New York.
Il va végéter et ruminer ses propres échecs, ses propres peurs en d'interminables répétitions qui ont lieu dans un énorme hangar où il reconstitue la ville à partir de quelques immeubles (d'où le titre). 
Les répliques sont souvent amusantes mais d'un rire sombre, la peur hante le film, le désir d'exister pleinement, la crainte de n'être rien, ni personne. La damnation de chaque personnage ponctue le film, le feu brûle littéralement les foyers, les pustules se développent, l'angoisse existentielle dans toute sa splendeur.

Le film est superbe, visuellement, l'interprétation de même mais j'ai du mal à entrer en empathie avec ces torturés braqués sur leur nombril. Percevoir, au final, que chacun porte son lot, que ce constat soulage... j'ai trouvé l'exercice un peu vain.

18 févr. 2014

High Air (1956) Allan Dwan


Dwan était membre de la Screen Directors Guild, ce syndicat de réalisateurs avait un contrat pour tourner de temps à autres de courts programmes (radio et télé) afin d'alimenter leur trésorerie. Les réalisateurs reversaient leur salaire au syndicat et n'avaient aucun droit sur les éventuels bénéfices de ces programmes.

Dwan tourna deux sujets pour la Guild, High Air est l'un d'entre eux.

Il s'agit d'une histoire entre un père (William Bendix) et son fils (Dennis Hopper), ce dernier réapparaît après de nombreuses années, son père divorcé ayant quitté le foyer familial. L'amour de ce fils le pousse à le rejoindre dans un métier difficile, foreur de tunnel sous-marin où le travail s'effectue sous haute pression. Le père est déçu car le rejeton a abandonné ses études.
L'accent est mis sur les lacunes affectives qui bouleversent l'itinéraire d'un individu, le sujet est original de par le milieu abordé, remarquablement dépeint en quelques lieux reconstitués en studio.
En plus de Bendix et Hopper, nous avons droit à la présence de Leo Gordon, vieux routier du western et du film noir, il joue le chef d'équipe.
C'est court, optimiste et efficace.

The Longest Yard / Plein la gueule (1974) Robert Aldrich


Burt Reynolds interprète un footballeur américain, Paul Crewe, qui n'a rien de glorieux, sa gloire est passée et son attitude envers les femmes, les autorités est puérile. Il est devenu un sale gosse qui ne cherche que le confort.
Après une course-poursuite amusante en Citroën SM le voici en prison. Le directeur est un mordu de football américain, il veut qu'il forme une équipe de prisonniers pour chauffer un peu son équipe de gardiens.
Crewe devra d'abord gagner la confiance des taulards puis affronter ses vieux démons : ne plus se coucher pour un gain personnel...

Le film oscille entre violence potache et pur divertissement, il n'y a pas la noirceur présente dans The Dirty Dozen par exemple, ce qui n'empêche pas la sauce de prendre en dépit d'un match qui s'étire sur 50 minutes, c'est tout de même long. Mais le plaisir est ailleurs, il réside essentiellement dans la manière dont le casting est constitué : des trognes plus ou moins sympathiques parsèment l'écran et donnent à celui-ci une allure de mauvaise cour d'école dans laquelle Burt Reynolds évolue comme un poisson dans l'eau.

17 févr. 2014

Welt am Draht / Le monde sur le fil (1973) Rainer Werner Fassbinder


Le futur.
Un professeur disparaît, remplacé par un autre, Fred Stiller (Klaus Löwitsch). Tous deux travaillent sur le Simulacron, un univers virtuel, généré électroniquement et habité par des identités (des robots).
Stiller discute, au cours d'une soirée, avec un individu, ce dernier disparaît brutalement et personne ne le remarque, pire, tout le monde a oublié son existence. Stiller en vient à douter de la réalité de l'univers dans lequel il vit. Il découvre qu'il n'est pas dans le niveau réel mais dans celui du dessous, alors même qu'il travaille à en recréer un autre...

Premier film de science-fiction tourné par l'ogre allemand, Welt am Draht est passionnant formellement et thématiquement. L'univers décrit est presque totalement transparent, les personnages se meuvent dans des espaces ouverts où l'intime n'existe pas, les nombreux miroirs répercutent leur image dans un complexe panoptique où leur identité pose question. Sont-ils vivants, existent-ils ? En qui faire confiance ? la déshumanisation est à l'oeuvre et Fassbinder lui donne une apparence superbe. Ultime symptôme de cette décadence le monde d'en bas est le plus beau, plus art déco, plus chaleureux mais totalement réinventé.
Stiller se débat, ne sachant plus s'il est sain d'esprit et révolté ou paranoïaque.
D'une modernité étonnante, les 240 minutes du film ne lassent jamais leur spectateur.

16 févr. 2014

Zu neuen unfern / Paramatta, bagne de femmes (1937) Douglas Sirk


Douglas Sirk se défend, dans ce film, d'avoir réalisé un film anti-anglais. Ces aristocrates, ces nouveaux capitalistes sont particulièrement lâches et superficiels. Le récit se déroule dans l'Angleterre victorienne, en 1846, et le mélodrame repose justement sur la faiblesse des hommes qui entourent l'héroïne, Gloria (Zarah Leander) qui va se sacrifier par amour pour un militaire sans réel tempérament, le capitaine Finsbury (Willy Birgel).
Le fait que ce soit un fermier, un homme simple, qui permette à Gloria de retrouver un sens à sa vie, tire plutôt le film dans un espace national-socialiste qui voulait renouveler les élites en faisant appel aux puissances de la terre. 
Mais tout ceci reste diffus et n'est aucunement appuyé, pas de quoi ranger le film dans la catégorie de propagande nazie. Peut-être est-ce même le contraire.

Zarah leander, égérie du IIIè Reich, n'a pas un charisme éclatant. C'est une sorte de clone entre Garbo et Dietrich, avec le visage de la première et la voix de la seconde, les actrices qu'elle rappelle sont trop présentes à l'esprit pour qu'elle puisse s'en détacher et provoquer une émotion. Emotion qui est absente du film, pour un mélodrame, c'est un peu dérangeant mais pas ici, les personnages sont idiots ou naïfs, d'une naïveté désincarnée. Au final c'est encore dans le bagne que les règles s'appliquent avec assurance, que le monde semble encore avoir une cohérence car au-dehors tout s'effondre, tout est laid ou creux (le final l'est assurément, ce choeur d'enfants, ce mariage improvisé est d'une superficialité étonnante).
Il faut alors voir le film comme la peinture d'une société, non pas l'anglaise mais celle de l'Allemagne nazie où ceux qui sont au pouvoir sont des usurpateurs, des fantoches qui endossent des costumes trop prestigieux pour eux. La mise en scène est à l'opposé des valeurs qui sont à l'oeuvre dans le récit, elle reste ferme, égale et d'une beauté que les personnages n'atteignent pas.

Marnie / Pas de printemps pour Marnie (1964) Alfred Hitchcock


Plus Marnie se dévoile devant nous et plus sa beauté se révèle comme le portrait intime de son auteur, de l'homme qui ne cessa d'explorer les passions intérieures, passions refoulées, cachées. Quel meilleur personnage que Marnie pour illustrer ce que pouvait ressentir cet homme ? A la manière de Flaubert, Hitch aurait pu confier que Marnie c'était lui.
Tippi Hedren (Marnie) est remarquable dans ce rôle difficile, Sean Connery (Mark Rutland) ne l'est pas moins, casting idéal pour raconter cette renaissance psychanalytique. 
C'est un film qui peut ennuyer, c'était mon cas lorsque je le regardais adolescent, désormais j'en apprécie la profondeur, les subtiles variations de l'âme torturée de son personnage principal.
Il y a toujours ces scènes majestueuses où Hitch déroule son art visuel, notamment la scène du vol avec l'agent de service complètement sourde et d'autres détails où l'information se lit sur les visages (lorsque Mark identifie Marnie). 

Plus, peut-être, que dans d'autres films la couleur a une importance et un soin exceptionnels. Pas seulement le rouge pour les raisons que le récit nous dévoilera mais les tenues d'Edith Head suivent les évolutions mentales de Marnie, jamais les vêtements n'ont été aussi signifiants. Une autre couleur, le jaune, se décline avec une évidence rare, le jaune qui est celle du corps, du désir érotique (la mère de Marnie lui reproche la couleur de ses cheveux qui attire les hommes / la tenue intérieure de Mark, pyjama et robe de chambre ...), le blanc ou le bleu pâle lorsque Marnie, terrorisée, se drape sans laisser apercevoir son corps, les couleurs vives portées par la belle-soeur, Lil (Diane Baker)...

Cet objet ciselé véhicule des émotions puissantes que la sobriété du générique n'annonce pas, il montre, comme le personnage de Marnie, que le feu couve sous la glace, il désigne une apparence terne qui va révéler de vifs tourments.
Hitchcock, derrière sa mine ronde, flegmatique est comme ses films, le divertissement est trompeur mais les enjeux, les thèmes traités sont bien réels et n'ont pas grand-chose à voir avec la fantaisie.

15 févr. 2014

The Twilight Zone : The Fever (1960) Robert Florey


Saison 1.

C'est Everett Sloane (les fondus de Welles le connaissent bien) en personne qui interprète un vieil homme qui gagne, avec son épouse, un séjour à Las Vegas. Sa morale le pousse à mépriser le jeu pourtant il va rejoindre les âmes perdues qui errent dans les limbes de la ville.

Cet épisode qui vaut surtout par la performance de Sloane n'est pas fantastique mais psychologique et pourrait illustrer les soirées des joueurs anonymes. 
L'anthropomorphisme du bandit-manchot a un certain charme rétro. 

14 févr. 2014

L'immortelle (1963) Alain Robbe-Grillet


Un professeur (Jacques Doniol-Valcroze) , fraîchement nommé, se promène dans Istanbul désert. Il rencontre une femme superbe (Françoise Brion) qui l'obsède ; c'est le début d'une relation qui le vampirise. Puis cette femme disparaît, accident de voiture ? fuite ? a-t-elle jamais existé ?

Robbe-Grillet, pour son premier film, se joue de la continuité narrative et technique, cela tombe bien car le propos est de filmer un personnage dont l'existence est incertaine. Alors les remparts en ruine de Byzance, les grilles derrières lesquelles les jardins, les cimetières font ressentir leur mystère imposent une réalité que les personnages qui traversent ces lieux peinent à intégrer.
Sommes-nous dans les limbes ? dans le cerveau d'un homme profondément seul, perdu, qui rêve devant ce dessin où figure une tulipe ? Lorsqu'il se lève soudainement pour ouvrir la fenêtre afin d'observer le fleuve, c'est la puissance psychique de son cerveau qui coule, en un mouvement lent et majestueux.

Film contemplatif aux secrets savamment distillés, L'immortelle préfigure les songes de Lynch, les scènes d'errances d'Eyes Wide Shut, notez les regards qui se meuvent lentement et invitent le notre à arpenter l'espace...

Robbe-Grillet en parle comme d'un film raté où des erreurs ont été commises, ces erreurs sont d'une beauté remarquable.


12 févr. 2014

5 Card Stud / 5 cartes à abattre (1968) Henry Hathaway


Entre western et policier, entre respect des genres et décontraction distanciée, le film pose son intrigue tout en ayant l'impression de s'en moquer, se réservant le droit de tisser quelques intrigues de coeur, une amitié profonde, des hostilités viriles sans conséquences qui se révèlent être plus tenaces, plus violentes.
Il y a de l'indécision, de l'entre-deux, de l'hésitation : le dernier mot de la belle Inger Stevens insiste sur ce "peut-être" tout comme Van (Dean Martin) qui ne sait, comme le Clash s'il doit partir ou rester.
Alors soit cette valse convient au spectateur qui se laisse guider en ces eaux mouvantes, soit l'on s'irrite de ce parti pris.
J'ai commencé le film comme le second en le finissant avec le sentiment du premier.
Robert Mitchum, Dean Martin, Inger Stevens, Rody McDowall ne sont pas étrangers à l'affaire. Yaphet Kotto, Katherine Justice, Denver Pyle et Ted de Corsia (qui apparaît juste le temps de se mettre en rogne) non plus.

Bad Day at Black Rock / Un homme est passé (1955) John Sturges


Bad Day at Black Rock aurait été écrit en réaction à High Noon, je ne sais plus où j'ai lu cela mais ce fait m'est revenu en mémoire au début du film. Le film de Zinnemann montrait un shérif désespéré devant l'apathie de la population. 
Cela comparaison est plausible,  car le personnage de Tracy (Macreedy) est diminué, un vieil homme handicapé d'un bras ; il n'attend pas vraiment l'assistance des citoyens, c'est son action qui va les amener à prendre parti, à la rédemption.
Pour renforcer le propos Sturges met, face à lui, une belle brochette de gros bras : Ernest Borgnine (la raclée qu'il prend est une scène mémorable), Lee Marvin et Robert Ryan. Tout cela a de l'allure.
Agir, non pas attendre. Une petite scène illustre parfaitement le propos : Doc Velie, joué par le bon vieux Walter Brennan, attend Lee marvin pour l'assommer, ce dernier est malin et n'arrive pas jusqu'à lui. Qu'importe, Doc laisse tomber son bout de bois et s'empare d'une lance à incendie qu'il déroule de manière à atteindre sa cible. L'action est cardinale.

Un beau Cinémascope, des acteurs de qualité et une tension qui en se relâche guère, un beau film sur l'antiracisme, sur la force des convictions, sur la communauté...

10 févr. 2014

Roman Polanski : A Film Memoir (2011) Laurent Bouzereau


Des images d'archives et des extraits de la filmographie de Polanski judicieusement choisis viennent ponctuer le récit de son enfance tragique et du reste.
Le reste ne l'étant pas moins.
Polanski revient surtout sur l'affaire de moeurs qui l'amena à quitter Los Angeles en 1977 et son étrange arrestation en Suisse alors qu'il répondait à l'invitation d'un festival.
Où l'on voit l'acharnement stupide, la volonté de se faire une célébrité.
Où l'on constate la force d'un survivant.

Donnie Brasco (1997) Mike Newell


Histoire d'un flic, Donnie Brasco / Joe Pistone (Johnny Depp), qui joue les infiltrés, pris en affection par un affranchi, Lefty (Al Pacino). 
Epouse délaissée à cause du boulot, frontière ténue entre les deux mondes, celui des flics et des mafieux, l'ensemble est classique, rien ne surprend.
La distribution est solide, y compris dans les seconds rôles mais un certain ronron vient endormir le spectateur, ces sentiers balisés sont connus de telle sorte qu'il faut vraiment autre chose pour susciter l'enthousiasme. Ce n'est pas vain mais c'est presque insipide.
J'aime la dernière scène, le reste s'oublie très vite.

9 févr. 2014

Prince of Darkness / Prince des ténèbres (1987) John Carpenter


Une ancienne église à Los Angeles, le diable se prépare à venir faire un tour sur Terre. Comme dans nombre de ses films il faudra que le groupe (multi-ethnique chez Carpenter) soit solidaire pour vaincre les forces du Mal. Religieux et scientifiques s'associent, hommes et femmes...
L'église est également un lieu qui piège ses occupants, Alice Cooper et ses copains clochards attendent dehors patiemment pour trucider quiconque aurait envie de sortir...

Cet opus est assez efficace, on a surtout plaisir à retrouver des acteurs vus ailleurs comme Donald Pleasance, bien sûr, mais surtout  Dennis Dun et plus encore Victor Wong.


8 févr. 2014

Une femme douce (1969) Robert Bresson


Naissance et mort d'un couple.
Premier film en couleurs de Robert Bresson, premier film de Dominique Sanda, c'est un récit inspiré de Dostoievski.
Luc (Guy Frangin) rencontre une jeune femme (Sanda). Propositions renouvelées puis mariage. Elle porte en elle une douleur qu'il n'arrive pas à atteindre. C'est un couple où la rencontre ne se fait pas. 
Le récit est un flash-back où le mari s'interroge sur les raisons qui ont conduit l'épouse au suicide. L'appartement où l'on veille le corps ne livre aucun secret.
Couleurs froides, répliques dites d'une voix blanche, les émotions restent à l'intérieur, rien n'est recueilli chez l'autre. Bresson film chaque geste, chaque objet d'une manière qui les isole, qui leur donne une intensité et une solitude.
C'est beau, austère, presque spectral.

Mafioso (1962) Alberto Lattuada


Antonio (Alberto Sordi), un agent de maîtrise de Milan, part en vacances dans sa Sicile natale afin de présenter sa femme et ses deux filles à la famille. Le directeur lui demande de transmettre un paquet au potentat local, Don Vincenzo (Ugo Attanasio), ce dernier va demander à Antonio un petit service qu'il ne peut pas lui refuser.

Cela commence comme une comédie et qui, mieux que Sordi, peut nous emmener dans ces contrées écrasées de soleil en nous faisant rire de la sorte. Tout y passe, l'écart entre la ville et le village, les rivalités tenaces qui naissent d'un détail, les chansons ridicules du terroir, les plats à ingurgiter qui arrivent à l'infini... mais derrière le masque de la farce se glisse une violence qui est bien réelle et le pouvoir tentaculaire de la mafia, son emprise sur les habitants prennent ici une réalité qui n'a rien à envier à un film de Rosi.
Dans son genre le film effraie assurément, le spectateur ballotté d'un registre à l'autre, emmené par la belle partition de Piero Piccioni, prend la mesure de ce pouvoir discret et envahissant.
Antonio, au retour de son périple, n'a plus l'innocence et la légèreté qui le rendaient aimable.