22 févr. 2014

The Fallen Sparrow / Nid d'espions (1943) Richard Wallace


John Garfield interprète un membre des Brigades Internationales, John McKittrick,  torturé qui réussit à s'échapper d'Espagne et à regagner New York. En voulant trouver les assassins de son ami il se rend compte que des espions sont dans son proche entourage. Il va tomber amoureux de Toni Donne (Maureen O'Hara) qui fréquente ce milieu.

Film de propagande bien plus intéressant que d'autres produits plus manichéens, celui-ci bénéficie d'un scénario à la hauteur mêlant les enjeux d'un conflit international avec d'anciennes fiertés éculées autour d'un étendard capturé après une bataille.
Garfield est remarquable dans un rôle où il doit faire vivre un personnage en proie à des séquelles liées aux séances de torture qu'il a subi et Maureen O'Hara est si sublime qu'on se donnerait volontiers à l'ennemi pour pouvoir passer un moment dans ses bras.

20 févr. 2014

Ni vu... Ni connu... (1958) Yves Robert


Blaireau (Louis de Funès) est un braconnier qui ravitaille Montpaillard, un village tranquille. le maire voudrait que ce voleur champêtre finisse en prison...

Nous sommes un peu chez Clochemerle et tout l'aspect "petit village", campagne, forêt, rivière est assez bien rendu. De Funès est parfait, comme souvent et Pierre Mondy n'est pas mal non plus en directeur de prison des plus compréhensifs. La séquence de la prison vient à point pour égayer le film car toute la séquence du flirt entre Rich et Noëlle Adam (les jeunes de service intégrés au récit) est insupportable.
Comme le générique l'indique le ton se situe du côté de chez Guignol, de la farce facile mais qui est difficile à digérer si les comédiens ne sont pas à la hauteur. Sans De Funès et Mondy il faudrait ranger le film dans la catégorie des navets, leur présence parvient, parfois difficilement, à retenir l'attention.

Lured / Des filles disparaissent (1947) Douglas Sirk


Sirk tourne une comédie policière, Sandra Carpenter (Lucille Ball) est une danseuse engagée par Scotland Yard pour qu'elle puisse appâter un assassin qui trouve ses victimes par le biais de petites annonces paraissant dans le journal.
C'est drôle, parfois totalement délirant, je pense à la séquence avec Boris Karloff qui interprète un personnage complètement cinglé. Charles Coburn incarne l'inspecteur en charge de l'affaire et sa bonhomie apporte beaucoup au rôle. L'aspect glamour, romantique est insufflé essentiellement par George Sanders et Cedric Hardwicke, Alan Mowbray les seconde avec plaisir, il campe un majordome succulent.
En variant les registres, les tonalités, Sirk fait de ce policier sans prétention un ravissement, un délicieux divertissement servi par des acteurs de premier ordre qui s'amusent beaucoup à nous procurer ce plaisir futile que peut être, parfois, un film.

19 févr. 2014

Groundhog Day / Un jour sans fin (1993) Harold Ramis


Coincé dans un patelin de péquenots, à revivre éternellement le même jour, celui de la célébration de la marmotte qui doit annoncer si le printemps va arriver un peu plus tôt.
C'est le sort du misanthrope Phil (Bill Murray), présentateur météo de son état et célibataire.
Chaque matin le réveil sonne à six heures et il se retrouve dans la même chambre d'hôtel...
Que faire ?
Essayer de trouver une solution ?
Profiter de la situation pour en apprendre un maximum sur les gens et draguer les plus belles nanas ?
Faire n'importe quoi, s'amuser comme un adolescent ?
Bill va passer par toutes les étapes avant de (re)trouver un équilibre, son équilibre...
Conte à la morale approuvée par tous, le film bénéficie d'un Bill Murray en grande forme, aucun ennui, des bons sentiments qui l'emportent sans oublier une bonne dose d'humour.
Un chouette film (Michael Shannon y fait une apparition, en jeune marié).

16 févr. 2014

Zu neuen unfern / Paramatta, bagne de femmes (1937) Douglas Sirk


Douglas Sirk se défend, dans ce film, d'avoir réalisé un film anti-anglais. Ces aristocrates, ces nouveaux capitalistes sont particulièrement lâches et superficiels. Le récit se déroule dans l'Angleterre victorienne, en 1846, et le mélodrame repose justement sur la faiblesse des hommes qui entourent l'héroïne, Gloria (Zarah Leander) qui va se sacrifier par amour pour un militaire sans réel tempérament, le capitaine Finsbury (Willy Birgel).
Le fait que ce soit un fermier, un homme simple, qui permette à Gloria de retrouver un sens à sa vie, tire plutôt le film dans un espace national-socialiste qui voulait renouveler les élites en faisant appel aux puissances de la terre. 
Mais tout ceci reste diffus et n'est aucunement appuyé, pas de quoi ranger le film dans la catégorie de propagande nazie. Peut-être est-ce même le contraire.

Zarah leander, égérie du IIIè Reich, n'a pas un charisme éclatant. C'est une sorte de clone entre Garbo et Dietrich, avec le visage de la première et la voix de la seconde, les actrices qu'elle rappelle sont trop présentes à l'esprit pour qu'elle puisse s'en détacher et provoquer une émotion. Emotion qui est absente du film, pour un mélodrame, c'est un peu dérangeant mais pas ici, les personnages sont idiots ou naïfs, d'une naïveté désincarnée. Au final c'est encore dans le bagne que les règles s'appliquent avec assurance, que le monde semble encore avoir une cohérence car au-dehors tout s'effondre, tout est laid ou creux (le final l'est assurément, ce choeur d'enfants, ce mariage improvisé est d'une superficialité étonnante).
Il faut alors voir le film comme la peinture d'une société, non pas l'anglaise mais celle de l'Allemagne nazie où ceux qui sont au pouvoir sont des usurpateurs, des fantoches qui endossent des costumes trop prestigieux pour eux. La mise en scène est à l'opposé des valeurs qui sont à l'oeuvre dans le récit, elle reste ferme, égale et d'une beauté que les personnages n'atteignent pas.

14 févr. 2014

L'immortelle (1963) Alain Robbe-Grillet


Un professeur (Jacques Doniol-Valcroze) , fraîchement nommé, se promène dans Istanbul désert. Il rencontre une femme superbe (Françoise Brion) qui l'obsède ; c'est le début d'une relation qui le vampirise. Puis cette femme disparaît, accident de voiture ? fuite ? a-t-elle jamais existé ?

Robbe-Grillet, pour son premier film, se joue de la continuité narrative et technique, cela tombe bien car le propos est de filmer un personnage dont l'existence est incertaine. Alors les remparts en ruine de Byzance, les grilles derrières lesquelles les jardins, les cimetières font ressentir leur mystère imposent une réalité que les personnages qui traversent ces lieux peinent à intégrer.
Sommes-nous dans les limbes ? dans le cerveau d'un homme profondément seul, perdu, qui rêve devant ce dessin où figure une tulipe ? Lorsqu'il se lève soudainement pour ouvrir la fenêtre afin d'observer le fleuve, c'est la puissance psychique de son cerveau qui coule, en un mouvement lent et majestueux.

Film contemplatif aux secrets savamment distillés, L'immortelle préfigure les songes de Lynch, les scènes d'errances d'Eyes Wide Shut, notez les regards qui se meuvent lentement et invitent le notre à arpenter l'espace...

Robbe-Grillet en parle comme d'un film raté où des erreurs ont été commises, ces erreurs sont d'une beauté remarquable.


12 févr. 2014

5 Card Stud / 5 cartes à abattre (1968) Henry Hathaway


Entre western et policier, entre respect des genres et décontraction distanciée, le film pose son intrigue tout en ayant l'impression de s'en moquer, se réservant le droit de tisser quelques intrigues de coeur, une amitié profonde, des hostilités viriles sans conséquences qui se révèlent être plus tenaces, plus violentes.
Il y a de l'indécision, de l'entre-deux, de l'hésitation : le dernier mot de la belle Inger Stevens insiste sur ce "peut-être" tout comme Van (Dean Martin) qui ne sait, comme le Clash s'il doit partir ou rester.
Alors soit cette valse convient au spectateur qui se laisse guider en ces eaux mouvantes, soit l'on s'irrite de ce parti pris.
J'ai commencé le film comme le second en le finissant avec le sentiment du premier.
Robert Mitchum, Dean Martin, Inger Stevens, Rody McDowall ne sont pas étrangers à l'affaire. Yaphet Kotto, Katherine Justice, Denver Pyle et Ted de Corsia (qui apparaît juste le temps de se mettre en rogne) non plus.

8 févr. 2014

Mafioso (1962) Alberto Lattuada


Antonio (Alberto Sordi), un agent de maîtrise de Milan, part en vacances dans sa Sicile natale afin de présenter sa femme et ses deux filles à la famille. Le directeur lui demande de transmettre un paquet au potentat local, Don Vincenzo (Ugo Attanasio), ce dernier va demander à Antonio un petit service qu'il ne peut pas lui refuser.

Cela commence comme une comédie et qui, mieux que Sordi, peut nous emmener dans ces contrées écrasées de soleil en nous faisant rire de la sorte. Tout y passe, l'écart entre la ville et le village, les rivalités tenaces qui naissent d'un détail, les chansons ridicules du terroir, les plats à ingurgiter qui arrivent à l'infini... mais derrière le masque de la farce se glisse une violence qui est bien réelle et le pouvoir tentaculaire de la mafia, son emprise sur les habitants prennent ici une réalité qui n'a rien à envier à un film de Rosi.
Dans son genre le film effraie assurément, le spectateur ballotté d'un registre à l'autre, emmené par la belle partition de Piero Piccioni, prend la mesure de ce pouvoir discret et envahissant.
Antonio, au retour de son périple, n'a plus l'innocence et la légèreté qui le rendaient aimable.