16 févr. 2014

Marnie / Pas de printemps pour Marnie (1964) Alfred Hitchcock


Plus Marnie se dévoile devant nous et plus sa beauté se révèle comme le portrait intime de son auteur, de l'homme qui ne cessa d'explorer les passions intérieures, passions refoulées, cachées. Quel meilleur personnage que Marnie pour illustrer ce que pouvait ressentir cet homme ? A la manière de Flaubert, Hitch aurait pu confier que Marnie c'était lui.
Tippi Hedren (Marnie) est remarquable dans ce rôle difficile, Sean Connery (Mark Rutland) ne l'est pas moins, casting idéal pour raconter cette renaissance psychanalytique. 
C'est un film qui peut ennuyer, c'était mon cas lorsque je le regardais adolescent, désormais j'en apprécie la profondeur, les subtiles variations de l'âme torturée de son personnage principal.
Il y a toujours ces scènes majestueuses où Hitch déroule son art visuel, notamment la scène du vol avec l'agent de service complètement sourde et d'autres détails où l'information se lit sur les visages (lorsque Mark identifie Marnie). 

Plus, peut-être, que dans d'autres films la couleur a une importance et un soin exceptionnels. Pas seulement le rouge pour les raisons que le récit nous dévoilera mais les tenues d'Edith Head suivent les évolutions mentales de Marnie, jamais les vêtements n'ont été aussi signifiants. Une autre couleur, le jaune, se décline avec une évidence rare, le jaune qui est celle du corps, du désir érotique (la mère de Marnie lui reproche la couleur de ses cheveux qui attire les hommes / la tenue intérieure de Mark, pyjama et robe de chambre ...), le blanc ou le bleu pâle lorsque Marnie, terrorisée, se drape sans laisser apercevoir son corps, les couleurs vives portées par la belle-soeur, Lil (Diane Baker)...

Cet objet ciselé véhicule des émotions puissantes que la sobriété du générique n'annonce pas, il montre, comme le personnage de Marnie, que le feu couve sous la glace, il désigne une apparence terne qui va révéler de vifs tourments.
Hitchcock, derrière sa mine ronde, flegmatique est comme ses films, le divertissement est trompeur mais les enjeux, les thèmes traités sont bien réels et n'ont pas grand-chose à voir avec la fantaisie.

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