30 mars 2014

Duffy / Duffy, le renard de Tanger (1968) Robert Parrish


J'adore Londres mais les personnages n'y restent pas longtemps, juste assez pour que le spectateur se rende compte que Charles Calvert (James Mason dans un rôle discret), un homme fortuné, méprise ses deux fils, Antony (John Alderton) et Stéfane (James Fox), qu'il considère comme des moins que rien. Ces deux derniers vont vouloir se venger en lui soutirant un million de livres à l'aide de la jolie Ségolène (Susannah York) et du ténébreux Duffy (James Coburn).
Départ illico pour le soleil corse puis celui de Tanger. Musique pop illimitée (parfois fatigante), couleurs vives, peaux halées, bikini ici, bikini là, le Technicolor sort toutes ses dents et l'intrigue n'est prétexte qu'à jeux érotico-policiers.
L'exotique a droit à l'image avec la séquence, franchement laide et vaporeuse, du Jardin d'Allah, bouge où l'on fume la chicha en regardant remuer une danseuse du ventre, l'incongru tient son rang lorsque nous pénétrons dans l'appartement de Duffy et sa collection d'oeuvres hideuses, le grotesque s'invite en la présence des masques et perruques portés lors du cambriolage.
Finalement le film oscille entre foire hippie et profusions d'images colorées et poupées russes où qui est pris qui croyait prendre tandis que le spectateur est parfois ébloui par cette lumière, fatigué par l'agitation vaine des personnages en quête d'affection, seul Duffy vient nous séduire par son indépendance, sa maîtrise des événements, sa propension à garder la tête froide, sa cool attitude...

The Tin Star / Du sang dans le désert (1957) Anthony Mann



Morgan Hickman (Henry Fonda) est un ancien shérif devenu chasseur de primes. Il est revenu de l'aspect collectif de la fonction, son histoire est celle d'un homme déçu par les habitants de la ville où il officiait, lorsqu'il a eu besoin d'eux ces derniers l'ont laissé se débrouiller. Le chasseur de primes qu'il est devenu l'est davantage par déception, comme une vengeance, le moyen de ne devoir rien à personne.
Lorsqu'il arrive dans une petite ville pour toucher une prime, il ne rencontre qu'hostilité. Le jeune shérif local, Ben Owens (Anthony Perkins) se rend vite compte qu'il a besoin de ses conseils, il est courageux mais inexpérimenté et Hickman a du mal à le laisser seul face à la terreur locale, Bogardus (Neville Brand) qui réunit sans peine les habitants de son côté.

Beau western sur l'engagement, la responsabilité et même sur le racisme, la psychologie des masses, à travers l'initiation d'un jeune homme, ce sont toutes ces idées qui se diffusent et donnent à ce western des élans humanistes qui transcende le genre. Le final est plus classique, la traque des frères McGaffey (Lee Van Cleef joue l'un d'entre eux) paraît assez fade même si cette séquence a sa place dans le scénario.
Les autres personnages, notables de la ville (Russell Simpson a droit à une petite réplique), sont ceux qui doivent être guidés et l'avenir de la communauté dépendra des valeurs de ce guide.

Cerise sur le gâteau, John McIntire campe un formidable médecin, vieux sage qui oriente le destin des âmes qu'il administre, une beau rôle pour un acteur attachant.

Dekigokoro / Coeur capricieux (1933) Yasujirô Ozu


Est-ce qu'un homme peut changer ? Peut-il changer s'il a des défauts ? C'est l'interrogation qui parcourt le film, Ozu répondra à cette question.
Son personnage central, Kihachi (Takeshi Sakamoto qui démontre une large palette d'émotions dans un rôle qui lui semble remarquablement naturel), est un homme qui élève seul son enfant, Tomio (Tomio Aoki). Il est paresseux, aime à tâter du goulot, n'est pas réellement à l'heure à son travail, il préfère se rendre chez une amie restauratrice et prendre du bon temps. Tomio est l'homme de la maison, dans des scènes assez drôles, naturelles, il réveille son père à coups de bâton, tente de le responsabiliser. Tomio est un excellent élève qui pourrait bien mieux faire si son père le soutenait davantage. 
Ozu brosse le portrait de ces personnages en quelques plans, légers, réalistes.
Le père et le fils ne sont pas seuls, Ozu nous les présente inscrits dans leur quartier, avec leurs amis respectifs, Jiro (Den Obinita) est le collègue de travail de Kihachi, il est plus responsable, moins expansif.
Lorsque Kihachi porte assistance à la jeune Harue (Nobuko Fushimi), fraîchement licenciée, le voilà désireux de la séduire, une raison supplémentaire de se décharger de ses devoirs familiaux.
Il faudra que son fils tombe malade, que son professeur vienne lui rendre visite, évoquant les qualités du jeune homme pour que le père prenne conscience des mérites de Tomio et de l'écart entre eux deux. Entre la fierté et la honte, Sakomoto est excellent dans cette scène, c'est ce moment précis qui fait basculer Kihachi. Quittant Tokyo pour aller chercher du travail afin de payer le médecin, Kihachi se met à parler de son fils aux hommes qui l'accompagnent, il se rend compte qu'il ne peut vivre loin de lui, il plonge et quitte le navire pendant qu'il est encore temps, regagnant la rive à la nage, c'est un homme heureux ayant compris son bonheur qui revient chez lui.

Le film est traité sous l'angle de la comédie réaliste, la maison de Kihachi, les quelques scènes à la brasserie où il travaille, le quartier, le restaurant et le barbier, tous ces lieux sont filmés avec un naturel confondant. Les plans s'enchaînent avec une harmonie, une douceur qui nous emmènent au coeur des préoccupations des personnages. Viennent ensuite des séquences mélodramatiques sans boursouflure qui conduisent à la prise de conscience du personnage. Un personnage que nous avons envie d'aimer parce qu'il est fondamentalement bon. 
La solidarité, l'amour, les liens qui unissent les êtres, de grandes idées portées par un récit exemplaire.

29 mars 2014

Messner (2012) Andreas Nickel


Documentaire qui fait le portrait de Reinhold Messner, un alpiniste de l'extrême, furieusement obstiné, qui réussit l'exploit de réaliser des ascensions himalayennes en solitaire, de gravir l'Everest sans oxygène ou encore de gravir les quatorze sommets de plus de 8000 mètres qui jalonnent la planète.
Nickel présente longuement son enfance, avec entretiens de Messner, de ses frères et d'autres alpinistes l'ayant fréquenté en un mélange d'images d'archives, de reconstitutions mais surtout avec des images prises dans les Dolomites et dans l'Himalaya fascinantes de beauté.

Poltergeist (1982) Tobe Hooper


Des esprits viennent perturber avec fracas la vie tranquille d'une famille américaine moyenne. Banlieue résidentielle silencieuse, vastes allées, piscine en construction, chambres spacieuses très fournies en jouets, cuisine dont les placards sont pleins, tout va bien. La vie comme elle va, le père de famille s'endort devant son écran de télévision tandis que l'hymne américain signale la fin des programmes avant de laisser place à la neige.
Tout va bien.
Excepté ce qui est caché. 

L'omniprésence des écrans de télévision serait un signe révélateur d'un mal diffus, l'image harmonieuse d'une famille typique cacherait le pire des cauchemars domestiques, l'astuce du cimetière n'est là que pour dévier l'ennemi véritable : une certaine dictature du quotidien ? Ou plus précisément l'absence de conscience de ce bonheur que l'on considère comme acquis, au point de ne plus faire attention à son environnement. il faut traverser les épreuves pour se rendre compte de l'importance de ce qui est juste à côté de soi.

Toujours est-il que l'on est d'emblée à l'aise dans ces séquences inaugurales, papa, maman et les enfants. C'est trop beau pour être vrai. Le danger, les accidents de la vie, si injustes, si brutaux sont là pour nous rappeler la fragilité de l'ensemble, à la manière des contes. Se faire peur pour mieux apprécier la paix, la présence de ceux qu'on aime.
Même si voir la petite Heather O'Rourke s'accrocher aux barres de son lit est drôle, même si voir JoBeth Williams ramper dans la boue en petite culotte est d'un raffinement sexy en diable... l'on s'amuse beaucoup à frissonner et l'arrivée de Zelda Rubinstein est un grand moment.



Seven Sinners / La maison des sept péchés (1940) Tay Garnett


Seven Sinners n'est pas remarquable pour son scénario, encore que l'on puisse goûter ces successions de chansons, de bagarres, si tenté que nous soyons dans une humeur propice.
C'est d'abord les personnages secondaires, hauts en couleurs qui séduisent, nous ne le dirons jamais assez, même si le style est ce que nous préférons, ce qui marque le plus profondément un oeil avisé, il n'en reste pas moins que les acteurs, leur chair, ont une importance capitale. Ainsi Mischa Auer qui interprète Sacha, un kleptomane magicien, un troubadour totalement dévoué à sa muse, Bijou (Marlene Dietrich), nous offre son espièglerie généreuse, son binôme est un marin aux poings hyperactifs, Ned (Broderick Crawford). Ces figures attachantes font beaucoup pour rendre le film aimable. Le patron du "7 Sinners", Tony (Billy Gilbert), cabotine à outrance mais nous n'en avons cure, c'est un plaisir, tout comme le bad guy de service, Antro (Oskar Homolka), que les hitchcockiens connaissent bien pour son rôle dans Sabotage, toutes ces silhouettes, ces formes de cartoon, ont le même centre de gravité : Bijou ou la sublime Marlene Dietrich, filmée avec amour par Rudolph Maté, habillée comme une déesse par Irène. Elle chante, nous séduit, pleure, fait son numéro de femme fatale, de meilleur pote, elle envoûte tous les mâles dans son champ de vision, John Wayne en tête, très classe et très décontracté...
Bijou, ce petit cyclone du Pacifique, évoluant d'île en île, laissant le coeur des hommes chaviré, au bout d'un comptoir.
Seven Sinners est une sucrerie raffinée, la photo est magnifique, à consommer sans modération.

27 mars 2014

Bend of the River / Les affameurs (1952) Anthony Mann


Ode à la nature, celle où l'homme serait en harmonie avec le monde, éloigné de toute tentation, éloigné de l'or, de l'alcool, de la violence, Bend of the River, après une introduction assez manichéenne plonge dans le mystère, le secret que détiennent Glyn McLyntock (James Stewart) et Emerson Cole (Arthur Kennedy), deux as de la gâchette et développent ensuite davantage de nuances.
La question centrale est celle de la rédemption, est-ce qu'un homme peut changer ?

Rien de tel que les paysages de l'Oregon, que des chercheurs d'or, des fermiers et des escrocs pour convoiter des provisions devenues vitales à cause de l'hiver qui est imminent, toutes les conditions sont réunies pour confronter les personnages à leurs vices et à leurs vertus. Se révèlent alors les généreux, ceux pour qui le profit matériel n'est rien, ce sont les Capt'ain Mello (Chubby Johnson) et Adam (Stepin Fetchit), son second, ceux dévoués à la cause commune emmenés par Jeremy Baile (Jay C. Flippen) et les autres, les cupides, les faibles (dont Royal Dano qu'on aime beaucoup). McLyntock et Cole sont à la frontière, les femmes, l'argent sont à leur portée, une vie simple et heureuse ou la quête de ce qui brûle.

Encore un superbe western, profond et généreux, servi par un art du cadrage, des espaces et des acteurs attachants.



26 mars 2014

The Girl with the Dragon Tattoo / Millénium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (2011) David Fincher


L'adaptation des romans de Stieg Larsson par David Fincher a de quoi faire saliver car il suffit de se remémorer les séances de lecture des romans pour se rappeler l'excitation présente à chaque page. Lisbeth Salander (Rooney Mara) est un personnage mémorable et la manière dont Rooney Mara se glisse dans sa peau l'est tout autant. C'est elle qui conditionne l'esthétique du film, univers froid et sombre, cérébral, sans émotion. Fincher maîtrise ce style, il n'est que de voir ses réalisations précédentes. Les autres acteurs sont au diapason, Craig, Skarsgard, Wright... tous ont cette attitude réservée, retenue. La beauté du film est manifeste cependant je regrette de ne pas avoir été happé par le récit, peut-être est-ce là le résultat d'une lecture trop récente des romans de Larsson. J'aurais bien aimé déconnecté l'espace où réside le souvenir de cette lecture et regarder le film avec un regard différent.
Ajoutons que la musique de Trent Reznor et Atticus Ross ne m'a pas séduit comme cela fut le cas avec The Social Network.
Une belle déception en somme.

24 mars 2014

Fängelse / La prison (1949) Ingmar Bergman


Un vieux professeur de mathématiques rend visite à son ancien élève, réalisateur de cinéma, il lui soumet un projet de film : filmer l'enfer sur Terre. Le réalisateur en parle à Thomas (Birger Malmsten), un ami journaliste, scénariste occasionnel entre deux bouteilles... Les personnages vont se succéder, Birgitta, la prostituée, Peter (Stig Olin) le maquereau...

L'enfer est directement recrée par Bergman, il est là, sur Terre, enfanté par l'homme. De nombreux personnages avivent les flammes, assassin d'enfant, alcoolique, malade mental et tous ceux que l'amour déchire, tous ceux qui errent à la recherche d'un bonheur qu'ils n'arrivent pas à saisir.
Le scénario est fait d'enchâssements de récits, film dans le film, prétextes à illustrations infernales, images fascinantes de rêves (celui de Birgitta et de l'enfant perdu qui la hante est très beau), de farce macabre projetée en 8 mm, d'images fortes, de couples qui se font, se défont.
Le remède dira un personnage est insoluble, ceux qui ont la foi ont une réponse, les autres ne se posent pas la question.
Réalisé avec peu de moyens, voir à ce propos les extraits d'entretiens divers donnés dans le volumineux Ingmar Bergman Archives, Bergman, tout en posant des questions, donne à son récit une forme audacieuse et grandiose.

23 mars 2014

Husbands (1970) John Cassavetes


Soleil, piscine, des pères, des potes, font la pose, biceps bandés pour la photo, on chahute, on boit des coups, les enfants, les femmes, l'amitié.
Le film commence avec ces clichés, ces souvenirs, ces moments légers où la vie passe comme une parenthèse, où les douleurs s'éloignent.

L'amitié est faite de ces instants.
Un jour l'un d'entre eux meurt.

L'image s'anime, Harry (Ben Gazzara), Archie (Peter Falk) et Gus (John Cassavetes) sont à l'enterrement. Ils passent la nuit ensemble à fêter le mort, à vouloir vivre avec intensité, à tenter de faire fuir la mort qui les rattrape, les angoisses qui l'accompagnent qu'on ne peut toujours définir. Rires, chansons, bières jusqu'à vomir, étreintes, reproches, répliques vachardes, baisers à des inconnues à qui on demande d'être vraies, de donner tout ce que l'on a le temps d'une chanson, de ne pas mentir.

Ce qui est beau, ce sont les portraits différents que Cassavetes a écrits, des amis, c'est le mystère d'une union faite d'éléments qui n'ont pas de raisons de se rencontrer, c'est à l'écran, et tout y figure, la beauté et la crasse qui colle, celle de nuits passées à boire...

L'on sent que la mort vient raviver la jeunesse perdue, partir à Londres, sur un coup de tête ou sur deux gifles, ne change rien à l'affaire.

Cassavetes signe une virée entre amis avec ce qu'elle comporte d'énergie, de désespoir, l'envie de mettre du sens dans ce qu'il y a de plus beau et de plus absurde au monde : la vie.

22 mars 2014

Last Train from Gun Hill / Le dernier train de Gun Hill (1959) John Sturges


Le marshal Matt Morgan (Kirk Douglas) veut venger la mort de sa femme, violée et tuée par deux cow boys dont l'un est le fils de son meilleur ami, Craig Belden (Anthony Quinn).

Western classique, Morgan arrive dans la ville où Belden règne en maître, classique mais à la réalisation solide et à l'écriture soignée. Les différentes relations qui lient les personnages jouent à plein et font de chaque décision un dilemme.
Au milieu de cette confrontation virile, le personnage de Linda, la promise de Belden qu'il n'arrive pas à épouser est merveilleusement campé par Carolyn Jones.
Sturges se sert admirablement des décors, laissant Douglas arborer une colère contenue qui va éclater, voir la manière dont la locomotive qui l'amène à Gun Hill souffle la vapeur, véritable parallèle avec sa fureur.

Deux hommes dans Manhattan (1959) Jean-Pierre Melville


Un délégué français aux Nations Unies à New York a disparu, Moreau (Jean-Pierre Melville), un journaliste qui travaille à l'AFP, est chargé par son directeur de le retrouver. Moreau va demander de l'aide à son ami Pierre Delmas (Pierre Grasset), photographe pour un grand magazine français. Les deux hommes vont diriger leur enquête sur les maîtresses du diplomate français, ce qui va les conduire à arpenter les rues de Manhattan.

L'intrigue est davantage un prétexte à filmer les rues de New york, un New York sombre où seules les enseignes lumineuses semblent animées. La caméra s'éloigne souvent des personnages pour filmer la ville.
La quête des deux personnages permet de brosser deux portraits qui vont s'inverser, Moreau paraît sympathique et doté de valeurs tandis que Delmas semble cynique et vénal. Le second démontrera qu'il est plus vivant que le premier.
La musique de Christian Chevallier et Martial Solal contribue fortement au charme du film, y compris cette belle séquence du studio où Glenda Leigh chante Street in Manhattan.

Film léger, ironique, référentiel, toujours conscient de sa forme, comme dans les grands polars, Melville nous montre que les salauds cachent parfois leur vertu derrière leurs atroces agissements.

15 mars 2014

Visions of Eight (1973) Milos Forman, Kon Ichikawa, Claude Lelouch, Arthur Penn, John Schlesinger, Mai Zetterling, Juri Ozerov, Michael Pfleghar


Quelques films ont été commandés par le Comité Olympique, de véritables films dirigés par des réalisateurs avec du matériel cinéma. Celui-ci a été tourné en 35 mm, il prend pour thème les JO de Munich de 1972, restés dans les mémoires pour les tristes raisons que l'on sait.
La caméra a été confiée à huit réalisateurs qui ont livré un court, chacun ayant un point de vue différent sur le sport, chacun ayant un style différent. S'il fallait démontrer la différence du cinéma sur la télévision, nous pourrions prendre ce film et témoigner d'un regard sur l'événement, un regard singulier. La télévision est le médium du direct et sa puissance, en ce qui concerne le sport, repose sur ce direct qui peut donner procurer immédiatement l'intensité d'un événement sportif, sa dramaturgie, si le réalisateur est bon, il saura la restituer, lui donner un écrin mais rien de plus, même si c'est déjà beaucoup.
Ici, il s'agit d'autre chose puisque chaque réalisateur dispose d'un matériel filmé qu'il va reconstituer, modifier, agencer selon un désir particulier. Le spectateur a accès à des images, des moments qui ne sont pas montrés habituellement, à des détails qui lui échappent, c'est bien le principe du documentaire, donner à voir une réalité qui nous échappe, parce qu'elle ne peut se livrer à nos regards incomplets et limités.
L'Institut Lumière de Lyon a pu diffuser ce film, restauré  par le Comité International Olympique.













Juri Ozerov s'emploie à ce moment étrange constitué par l'attente, que ce soit devant une foule conséquente ou à l'intérieur de la chapelle dressée pour l'événement, l'athlète s'isole, se recueille, fait le vide, se concentre. C'est ensuite que l'énergie se libère. 













Zetterling choisit l'haltérophilie parce qu'elle n'y connaît rien mais reste fascinée par la manière dont les pratiquants s'isolent totalement. Des images de l'échauffement nous montre la solitude des sportifs, les efforts accomplis, les poids soulevés. Zetterling parvient à révéler l'étrange face à face entre l'homme et cette barre flanquée de poids, duo intime, parfois sauvage, voire impossible comme celui d'un amour qui ne serait pas partagé. La masse de la catégorie reine, celle des plus de 110 kg, nous parlons du poids des athlètes, pas du poids soulevé, est la plus impressionnante. Pendant les levés défilent en voix off les chiffres de la quantité de nourriture avalée pendant les JO, avec en montage alterné plans à l'appui de quartiers de boeufs. Une obsession liée à l'excès prend forme, une visée qui tend à percer les limites. Ivresse boulimique dont Vassili Alexeiev est le plus beau spécimen.













Penn choisit le saut à la perche.
La séquence débute dans un style proche de l'abstraction, des formes en mouvement, au ralenti et en silence, le point n'est pas fait, formes floues. Nous devinons certains moments de la course de l'athlète, de son évolution en l'air, de la courbe de son corps qui s'enroule autour de la barre, de son bras qui se jette pour l'éviter. Le son arrive progressivement comme une rumeur lointaine, puis l'image telle que nous la connaissons, à vitesse réelle, son direct, netteté. Le duel final oppose Nordwig et Seagren. Résistance, obstination, énergie maximale. Penn capte cette multitude de petits gestes, d'étapes différentes pour réussir le saut parfait. La grâce et la beauté sont là, devant nous.













Peut-être le plus anecdotique, non pas par le sujet abordé, Pfleghar veut rendre hommage aux femmes, mais par son traitement. Un montage rassemblant les femmes qui les additionne, rien de vraiment remarquable, ce n'est que lorsque la caméra s'arrête sur l'une d'entre elles, la gymnaste Ludmilla Tourischeva, que l'hommage prend tout son sens, à travers ses gestes, son corps, sa performance, c'est la Femme qui est sublimée. Instant magique.













Voir ce que le regard humain ne peut percevoir, c'est la volonté de Kon Ichikawa lorsqu'il filme le 100 mètres avec 34 caméras, 7000 mètres de pellicule, des ralentis, visages tendus, déformés par l'effort, respirent-ils ? que voient-ils ? La séquence la plus impressionnante, à l'époque, mais pas aujourd'hui car la télévision a précisément investi le ralenti, l'utilise jusqu'à plus soif.













Forman montre tout ce qui est évoqué ci-dessus avec quelque chose en plus qui lui appartient, l'humour, la dérision. Pour ceux qui adorent Au feu les pompiers, nous retrouvons la joie féroce de tourner en dérision le protocole et ses servitudes, le tout arrosé de musique folklorique bavaroise, musicienne à la poitrine généreuse remuant avec énergie les cloches alpines et autres modulations infernales propres à rendre dingue n'importe quel homme sensé. Commissaire qui s'endort réveillé, par pure magie du montage, par un chanteur d'opéra, tout concourt à rire, à ne pas se prendre au sérieux, à ne pas sacraliser. La possibilité d'écrire une introduction est offerte à chaque réalisateur, Forman dit qu'il a toujours rêvé d'assister aux JO, qu'en plus, avec ce contrat, il peut y aller gratuitement et en ayant les meilleurs places. La séquence qui suit est celle de l'orchestre bavarois. Vous avez compris.












La séquence la plus émouvante est signée Claude Lelouch, il filme les perdants, s'attarde sur leurs douleurs, morales et physiques, la première l'emportant sur la seconde. La défaite est le pire moment du sportif, Coubertin a beau dire que l'important est de participer, difficile de l'accepter lorsque c'est l'adversaire qui lève le bras. Comme à son habitude, Lelouch porte la caméra et s'engage, il court pour voir celui qui vient de quitter brutalement la piste, voulant être au plus près de son sujet, il ne laisse pas respirer le perdant, comme ce long plan sur le boxeur qui doit cacher la rage qui l'anime contre l'arbitre qu'il trouve partial, Lelouch saisit le drame, la détresse de celui qui vient de tout perdre.













Schlesinger est le seul qui montre les images de la prise d'otages. Ron Hill, un marathonien est interrogé, il dit qu'il n'est venu là que pour courir son marathon et que rien d'autre ne compte, qu'il ne veut pas se renseigner sur les événements car cela risque de perturber sa course, reportée d'une journée. Les efforts du marathonien, la manère dont il s'entraîne, la solitude qui est celle du marathonien sont autant d'informations qui tendent à expliquer les propos de Hill qui pourraient faire l'objet de l'indignation. Une fois la course commencée, sorti du stade, c'est l'effort qui commence, Hill le dit à un moment, la peur d'être rattrapé puis lorsque la douleur se fait sentir, lorsque l'effort n'est plus soutenable, l'envie d'arrêter. La marathonien court contre lui-même, rien d'autre n'existe. L'homme qui arrive, bien après les meilleurs, dans un stade vidé de ses spectateurs, sous la pluie, pour finir sa course, cet homme sait qu'il a remporté une victoire. C'est cet homme solitaire auquel Schlesinger rend hommage.

The Twilight Zone : The Purple Testament / La quatrième dimension : Infanterie "Platon" (1960) Richard L. Bare


Saison 1.

Un lieutenant, en plein conflit armé aux Philippines, s'aperçoit qu'après avoir vu une lueur sur le visage d'un soldat, ce dernier meurt peu de temps après. 

L'histoire, une fois le récit commencé, est sans surprises, ce n'est pas un épisode qui retient l'attention, si ce n'est la présence de Warren Oates qui joue le chauffeur de la jeep lors de la séquence finale.

14 mars 2014

The Deadly Affair / M.15 demande protection (1966) Sidney Lumet


Le film d'espionnage est un genre dont le fil narratif doit être embrouillé, les personnages les plus aimables se révèlent souvent être des traîtres et lorsque le spectateur croit avoir compris l'intrigue des renversements de situation lui prouvent le contraire. De sorte qu'il ne faut pas vraiment tenter de suivre scrupuleusement l'intrigue. Mieux vaut laisser faire les personnages, les laisser se débrouiller dans leurs histoires de double ou triple agent...
Une fois ceci posé, le jeu des acteurs, l'atmosphère du film, sa photographie, sa bande-son, son éclairage seront autant de facettes où il faudra porter son attention.
Ce Lumet permet de le faire.
James Mason, Maximilian Schell et Harriet Andersson forment un trio solide. Mason joue Charles Dobbs, le personnage principal, l'agent qui se retrouve piégé mais qui a surtout des problèmes personnels à résoudre. Mason parvient avec talent faire ressentir ces deux niveaux où le drame se joue, le premier n'ayant rien d'attractif, voir la manière dont son collègue Mendel s'endort (excellent Harry Andrews) dès que Dobbs émet des hypothèses concernant ce premier niveau, le second est plus exotique, l'appétit insatiable de l'épouse pour les échanges de fluide en couple est une désolation pour Dobbs, encore amoureux d'elle. Cet amour lui fait parfois perdre le fil du premier niveau, le récit laisse d'ailleurs Dobbs en plan et nous fait suivre l'enquête de Mendel durant une assez longue séquence.

La photographie de Freddie Young est superbe, la diffusion du film sur TCM en HD restitue la richesse des couleurs sombres de ce Londres qui entoure les personnages comme un linceul.
J'ai eu un peu de mal avec l'interprétation de Simone Signoret, je n'arrive pas à croire en son personnage pour des raisons qui m'échappent, en revanche la fantaisie et le sourire de Lynn Redgrave est une vraie surprise, ce moment burlesque au milieu du film est un beau contrepoint.

13 mars 2014

Zero Dark Thirty (2012) Kathryn Bigelow


Il aura fallu dix ans aux USA pour en terminer avec le dossier Ben Laden.
Le film s'ouvre sur quelques voix qui prennent leur source un certain 11 septembre 2001. C'est l'origine de la traque qui fait l'objet du film. Cette longue et laborieuse enquête est vue à travers le personnage de Maya (Jessica Chastain), un agent des services de renseignements.
Le récit se concentre sur la progression de l'enquête, sur le work in progress, les méthodes (toutes les méthodes). 
Maya est obstinée, ne lâche rien, aucune information ne filtre sur son passé, sur un éventuel barbu qui aurait volé sa sucette lorsqu'elle était enfant, cet écueil nous est épargné. Seul le visage de Chastain, un visage qui respire la nature, celui de la girl next door, un peu secrète, réservée. Les morts de ses collègues, devenus amis, sont une motivation supplémentaire à celle qui consiste à bien faire le job. Une phrase passe dans le film qui dit à peu près que les gros coups sont faits par le petit personnel, le film en est la démonstration, même si ce personnel est brillant, il est issu de la foule anonyme et fait avancer les choses.
C'est un des attraits principaux du film, rendre hommage aux petites fourmis qui oeuvrent avec acharnement, persévérance et endurance.
Ainsi pas de gros plan de Ben Laden, pas d'immersion dans la cellule de crise de l'autre Obama, juste ceux qui attendent une voiture qui vient leur donner la mort, une info qui fait avancer l'enquête ou un cadavre dans un sac...
Une épopée à taille humaine.

11 mars 2014

The Wind That Shakes The Barley / Le vent se lève (2006) Ken Loach


Des paysans irlandais jouent à une sorte de hockey sur herbe, la vie comme elle va, un arbitre, quelques coups foireux, tous veulent gagner, tous passent du bon temps. En rentrant à la ferme une section de Black and Tans, troupes anglaises devant mater les envies d'indépendance des irlandais, les malmène, toute réunion publique est interdite. Un des irlandais donne son nom en irlandais, il est tabassé à mort.
Damien (Cillian Murphy) voulait travailler à Londres comme médecin, révolté il épouse la cause de l'IRA.

Au-delà de la cause des républicains irlandais c'est la manière dont des destins, des idéaux sont balayés par l'Histoire qui est en jeu. L'individu, chez Loach, est animé d'un désir de changement, d'une envie de préserver son indépendance, son intégrité mais des forces plus puissantes peuvent se dresser contre lui et, en dépit de l'énergie déployée, l'anéantir.
L'individu et le collectif, les scènes où chacun tente de donner son point de vue sur la direction à prendre, la démocratie en action, ces scènes sont belles parce qu'elles font surgir les frictions qui naissent entre des amis, des frères, lorsqu'un véritable choix s'offre à eux. La politique a ceci de particulier, elle rassemble et sépare et ce, sans tenir compte des autres liens qui unissent les hommes. Derrière ces idéaux, ces visions d'une société, Loach souligne une autre dimension, celle de l'argent, du pouvoir, des intérêts en jeu qui obéissent à d'autres règles. 
Le film est brutal, les séquences de lutte du début sont celles qui paraissent les plus simples, les plus lisibles, lorsque le traité de 1921 est signé et que l'Irlande se divise, la répétition de ces scènes provoque une sidération, un dégoût, une horreur, la guerre civile est, sans doute, la pire des violences, nous assistons, médusés, à ce que nous n'aimerions guère vivre.
C'est cette scission qui est au coeur du film, bien plus que l'agression anglaise, c'est cette manipulation politique qui sidère, qui installe la haine au coeur de l'ennemi, un poison puissant séparant les amis, les frères.

9 mars 2014

Georgy Girl (1966) Silvio Narizzano


En plein coeur du swinging London, Georgy (Lynn Redgrave) ne se sent pas aimée, épanouie. Certes James Leamington (James Mason), le vieux milliardaire qui emploie ses parents à domicile, la trouve formidablement attirante, il aime sa fantaisie et son corps mais l'âge du prétendant la répugne.
Georgy partage son appartement avec Meredith (Charlotte Rampling), une créature à damner un protestant, Meredith vit son époque à fond, enchaînant conquête après conquête, elle utilise Georgy qui est sous le charme et croit avoir trouvé en elle une amie.
Jos (Alan Bates, bondissant et fantasque) semble être fait pour elle mais il se marie avec Meredith !
Georgy est triste, n'est heureuse que lorsqu'elle donne ses cours aux enfants ou lorsqu'elle libère sa fantaisie de temps à autre.
la naissance de l'enfant de Meredith et Jos vient troubler l'équilibre, la première le rejette absolument et le second s'aperçoit que Georgy est la femme de sa vie seulement l'héroïne veut autre chose : donner un futur à l'enfant. Alors que Jos quitte son emploi pour rester avec elle, elle accepte la proposition de mariage de James Lemington, devenu veuf récemment. L'avenir de l'enfant est sauf et Georgy est épanouie.

Les quelques plans filmés dans Londres, l'énergie d'Alan bates, la beauté de Rampling, le charme suranné de James Mason, la frivolité de Lynn Redgrave donnent au film de belles séquences qui valent le détour.
Pour ce qui est de l'histoire, soit l'on est attendri par la fibre maternelle de Georgy soit nous la trouvons d'un conservatisme pathétique aggravé par la caricature de la jeunesse qui est dépeinte dans le film, Rampling en nymphomane nombriliste égocentrique et Bates en hyperactif charnel immature. 
Georgy n'est jamais réellement prise en compte, elle est souvent exploitée pour sa disponibilité et sa gentillesse et aimée pour de mauvaises raisons. Il semble donc que cette époque placée sous le règne du plaisir individuel lui apprend à utiliser autrui à des fins personnelles, la sienne est d'élever l'enfant de Meredith, elle utilise alors James Leamington. 


8 mars 2014

The Day After Tomorrow / Le jour d'après (2004) Roland Emmerich


Voilà, c'est fait, j'ai vu mon premier Roland Emmerich, je dis premier car au vu de ce film catastrophe je n'ai pas peur d'en voir un autre, mais attention, pas n'importe quand, un vendredi soir.
Le film du vendredi soir exige une fatigue et, chez moi c'est comme cela que ça fonctionne, une tolérance accrue.
Des climatologues qui tentent d'avertir des politiques aveugles sur les dangers que nous faisons courir à la planète n'est pas un thème novateur cependant si c'est Dennis Quaid et Ian Holm (pas assez présent) qui le proclament, cela passe beaucoup mieux.
Tout le tralala autour du sauvetage du gamin (Jake Gyllenhaal, très bon, comme d'habitude) pendant que madame (Sela Ward) sauve son patient est too much. Vous me direz, mais enfin, c'est le propre du genre, un film catastrophe se doit d'être too much. Et vous aurez raison. 
Alors passons sur les péripéties à hauteur d'homme pour ce qui est attendu : les effets spéciaux à savoir les destructions, les cyclones, les inondations et autres présents de Dame Nature... C'est pas mal du tout, nous avons notre content de scènes effrayantes, voir New York dans cet état glaciaire est assurément glaçant.
J'aime aussi, naturellement, voir les séquences où les américains franchissent le Rio Grande, dos mouillés, demandant l'asile écologique avec humilité, c'est une trouvaille scénaristique qu'ont certainement goûtée les demandeurs d'asiles et autres clandestins de nos pays privilégiés.
Un bon divertissement avec un soupçon de discours écologique, un soupçon seulement.

7 mars 2014

The Hours (2002) Stephen Daldry


Trois portraits de femmes, dans des villes et des époques différentes, qui se répondent autour des mêmes thèmes : la vie intérieure, l'insatisfaction, l'envie d'en finir.
Rien de très réjouissant.
Trois superbes performances d'actrices, Nicole Kidman qui incarne Virginia Woolf le dernier jour de sa vie, Julianne Moore qui campe une mère au foyer de Los Angeles, Laura Brown, enceinte de son second enfant au début des années 50 et enfin Meryl Streep qui joue Clarissa Vaughan, une éditrice qui vit à New York de nos jours et qui a du mal à en finir avec son amour de jeunesse, ce moment où elle a senti qu'elle n'avait jamais autant vécu pleinement l'instant présent.
Autour du roman Mrs Dalloway, ce sont trois journées chargées d'intensité, Woolf et sa difficulté de conjuguer l'écriture et la vie quotidienne, Laura Brown lit ce roman qui révèle la vacuité de son existence et Clarissa Vaughan qui porte ce surnom donné par l'amour de sa vie.
Comment vivre avec les mensonges que l'on porte ? Comment arriver à faire face aux années, aux mois, aux heures lorsque c'est l'abîme que l'on porte ?
Comment affronter les réalisations qui sont toujours en-deçà de nos espérances ?
Comment vivre avec l'envie de se suicider ?

Le film traite ses questions avec tact et sensibilité, la musique de Phil Glass a ce charme vénéneux qui s'installe progressivement et assurément en nous, comme les questions que se posent les personnages.

Slightly Scarlet / Deux rouquines dans la bagarre (1956) Allan Dwan


Dernier film de Dwan dans le coffret Carlotta qui lui est consacré, Slightly Scarlet est tiré d'un roman de James Cain que Robert Blees a adapté et, a priori, complètement remanié étant donné qu'il le trouvait vraiment mauvais.
Dorothy (Arlene Dahl) sort de prison, elle est en liberté conditionnelle, c'est une kleptomane confirmée mais pas seulement, la suite de l'histoire nous dévoile qu'elle est une véritable peste, tendance nymphomane. Sa soeur June (Rhonda Fleming) vient l'accueillir et va essayer de la guérir de ses vices. Ce qui nous vaut un beau duo de rousses, les deux actrices, Arlene Dahl en tête, rivalisent de beauté dans le film, beauté 50's mais beauté quand même, de plus Dahl cabotine merveilleusement bien, c'est un petit délice de la voir s'amuser à embêter les grands garçons.
Et qui sont-ils ?
Ben Grace (John Payne) qui est un fouille-merde travaillant pour un parrain local, Solly Caspar (ce cher Ted de Corsia). Le second vise la mairie mais comme il méprise le premier, celui-ci va donner ce qu'il trouve au concurrent, enfin, pas vraiment directement au concurrent mais à sa petite amie qui n'est autre que June.
Tous ces personnages vont se croiser encore et encore, leur morale fluctuant au gré des vagues bordants les belles villas où ils règlent leurs comptes.
C'est impertinent en diable, épicé et filmé dans une chouette lumière par John Alton.

6 mars 2014

Only Lovers Left Alive (2013) Jim Jarmusch


Les vampires de Jim Jarmusch ne sont pas doux, ils veulent juste être tranquilles. Enfin ces deux-là, Adam (Tom Hiddleston) et Eve (Tilda Swinton, d'une beauté diaphane), car d'autres n'ont pas fini leur crise d'adolescence, comme Ava (Mia Wasikowska) qui aiment encore à fréquenter les zombies, les autres, les hommes, les mortels.

Marlowe (John Hurt) est de la trempe des discrets, ceux qui ont acquis une telle connaissance que seule la beauté devient leur drogue et la beauté ne fait pas de bruit, elle n'a pas besoin de se manifester, de s'exhiber. Ainsi la demeure discrète d'Adam est davantage un temple dédié à la connaissance, au son, c'est son trip...
Les connaissances accumulées sont la voie qui leur permet de goûter le monde lentement car le temps est un luxe qu'ils peuvent se permettre et la connaissance exige l'écoulement du temps.

Mais cela ne suffit pas pour tout un film, dommage car j'aime beaucoup la lenteur de ces choses. 
La venue d'Ava distrait un temps le spectateur (son "Sorry !" ensanglanté est délicieux). Reste la réunion de ces deux esthètes, Eve étant la plus réfléchie, la plus intelligente des deux, celle qui a encore envie de survivre. Celle surtout qui arrive à percevoir la beauté des choses, de la Nature, ce qu'Adam n'arrive plus à faire. Son objectif est d'arriver à faire en sorte qu'il la perçoive encore car sans elle la vie ne vaut d'être vécue.
Elle peut surgir au coin de la rue, avec quelques notes qui proviennent d'un bar, à Tanger ou d'un luth renaissance ou encore d'un couple qui s'aime, la nuit.

5 mars 2014

Railroaded ! / L'engrenage fatal (1947) Anthony Mann


En soixante-douze minutes, Anthony Mann emballe son sujet avec ce qu'il faut de sécheresse et de nervosité pour combler les amateurs de film noir.
Un couple infernal, Clara Calhoun (Jane Randolph) et Duke (John Ireland), braquent un tripot appartenant à leur boss, un homme qui adore lire les aphorismes d'Oscar Wilde en rejetant la faute sur un innocent. La soeur de ce dernier, Rosie (Sheila Ryan), va essayer de le disculper en menant sa propre enquête. Un inspecteur, amoureux de cette dernière, est obligé de coffrer le frère mais tente également d'enquêter plus avant.

La scène du braquage est superbement réalisée et donne un coup de départ tonitruant à ce polar qui n'assure pas toutes les promesses attendues, le début est tellement remarquable, néanmoins le couple de truands est bien plus sexy que ceux qui sont du bon côté de la barrière, c'est un point à ne pas négliger pour faire un bon film. De plus il y a un crêpage de chignons assez dynamique.
Tout ceci mérite amplement le détour.

The Hole (2009) Joe Dante


La famille de Dane déménage à tout va, le film en dévoilera les raisons, partie de Brooklyn elle se retrouve en pleine campagne.
La maison qu'ils habitent a un sous-sol assez spacieux, une trappe cadenassée recèle un trou sans fond qui s'avère redoutable pour qui regarde à l'intérieur avec ses peurs.

C'est un film fantastique qui n'est pas joué par des acteurs remarquables, même si l'interprétation reste correcte, budget oblige (cependant c'est avec plaisir que nous retrouvons Bruce Dern et Dick Miller). Le début est d'une banalité trompeuse car il faut réellement passer cette demi-heure pour savourer ensuite le scénario malicieux de Mark L. Smith.
Joe Dante prend acte, par ce sujet, que la famille américaine est comme toutes les autres, pas forcément idéale et l'image du père en prend un coup.

"I'm nothing like you !"


Tôkyô no kôrasu / Le choeur de Tokyo (1931) Yasujirô Ozu


Shinji Okajima (Tokihiko Okada) choisit mal son moment pour défendre un vieux salarié sur le point d'être licencié car c'est le jour de la prime annuelle et ses enfants lui ont passé commandes. Se faisant il se fait virer et rejoint la longue file de chômeur.
La période économique est difficile, Herbert Hoover est pointé du doigt et le père de famille doit se résigner aux petits travaux. Il va alors rencontrer un ancien professeur qui va lui venir en aide...

Le film commence comme une comédie qui lorgne férocement sur le burlesque, Chaplin est présent dans de nombreuses scènes mais peu à peu c'est la peinture douce-amère de la vie d'une famille moyenne qui se dessine avec ses moments drôles (Hideo Sugawara est excellent, c'est le jeune interprète du fils qui fait ses colères)  mais aussi les moments difficiles, comme savait le faire Chaplin également. Ozu navigue entre comédie familiale et comédie sociale avec aisance et le rire succède à l'émotion, la tendresse.
Le final est un ode à la solidarité, en combinant le talent des uns et des autres la réussite et l'harmonie éclosent.

Odd Man Out / Huit heures de sursis (1947) Carol Reed


Belfast, Johnny McQueen (James Mason) prépare un braquage avec quelques hommes. Cela fait six mois qu'il s'est évadé de prison et durant ce temps il est resté caché dans une chambre. Le braquage se déroule mal, Johnny, lâché par ses collègues, blessé, erre dans Belfast, une chasse à l'homme commence.

On ne sait pas vraiment si Johnny est membre de l'IRA, il est fait mention de l'Organisation, criminelle ou politique avec des besoins d'argent, le film se déroule comme un polar mais avec une atmosphère à nulle autre pareille.
Johnny, évadé de prison et reclus dans sa chambre, subi la ville de plein fouet lorsqu'il sort pour diriger le braquage, ses perceptions (visuelles et auditives essentiellement) sont troublées par ce brusque changement. La ville s'impose à lui dans toute sa réalité et cela est extrêmement bien rendu. Blessé, moribond, nous serons témoin de ses pensées, ses hallucinations, ses démons, il ne cesse de demander s'il a tué l'homme sur lequel il a tir... Mason est admirable dans un rôle difficile.
Son errance se déroule dans un Belfast nocturne, un beau noir et blanc restitue de forts contrastes, murs de briques, routes pavées, neige continue, boue, c'est un véritable chemin de croix où ce personnage, connu de tous est convoité, soit à cause de la prime lancée pour sa capture, soit pour rendre service à l'organisation, soit pour sauver son âme ou même pour devenir le sujet tragique d'un tableau qui n'arrive pas à se faire. Les nombreux personnages qu'il va rencontrer, plus ou moins inconscient, sont d'un pittoresque redoutable (Robert Newton en tête).
L'histoire d'amour qui se greffe sur toutes ces péripéties se fond remarquablement dans l'ensemble. Chant funèbre d'un homme recherché pour son corps et son âme, Odd Man Out est un grand film.

3 mars 2014

The Twilight Zone : The Last Flight / Le lâche (1960) William F. Claxton


Saison 1.

Premier épisode écrit par Richard Matheson, un aviateur anglais de 1917 débarque à Reims sur l'aérodrome militaire américain en 1959. Cette faille temporelle va permettre à l'aviateur de se rendre compte qu'une tâche importante doit être accomplie.

Episode intéressant, on reconnaît bien la touche subtile de Matheson qui n'a besoin que d'un détail pour embarquer le spectateur dans son univers. Nous voyons le début comme une redite, un cliché mais la suite est bien plus singulière.

L'art d'aimer (2011) Emmanuel Mouret


Première immersion chez Mouret, cela commence très très mal, cette ostentatoire exhibition de culture, livres, tableaux déposés partout m'irrite assez vite et puis, et puis la tonalité légère, les acteurs pris dans le dispositif narratif, les séquences qui reviennent puis se croisent sont parvenus à me rendre le tout agréable.
C'est très loin de la beauté profonde de Rohmer, c'est presque vain  mais cela se voit, au final, avec amusement car on sent une réelle écriture composée avec humour et intelligence, une intelligence futile mais sincère.


King of the Hill (1993) Steven Soderbergh


St Louis, Mississippi, 1933. C'est la crise et la famille Kurlander est à l'hôtel, le père (Jeroen Krabbé que l'on est ravi de retrouver) court les entreprises en espérant avoir un job, la mère doit se rendre au sanatorium tandis que le cadet est expédié chez son oncle, l'aîné, Aaron (Jesse Bradford), jeune garçon intelligent fait ce qu'il peut pour passer à travers tout cela.

C'est une belle chronique qui nous est  offerte par Soderbergh, entre poésie de l'enfance et réalisme social, le ton particulier du film gagne sur les deux tableaux, la violence des épreuves subies n'est pas évacuée, ni atténuée mais le point de vue particulier du jeune homme, son optimisme, son envie de survivre sont autant d'éléments qui permettent à l'ensemble de ne pas sombrer dans un manichéisme grossier. La tendresse jouxte la cruauté, l'interprétation est de qualité, on s'attache assez vite à ce personnage. Un beau petit film.

Benny's Video (1992) Michael Haneke


Benny (Arno Frisch) contrôle le monde de sa chambre, ou croit le faire. Son petit bunker est truffé de cassettes video, une caméra filme la rue vue de sa fenêtre et retransmet l'image via un écran, un des nombreux écrans qui se trouvent dans sa chambre.
Lorsqu'il invite une jeune fille de son âge à venir dans sa chambre, c'est le drame qui vient avec elle.

Haneke n'a pas son pareil pour exposer un sujet social, voire historique, dans toutes ses nuances tout en préservant la complexité du sujet. Cela peut agacer ou susciter l'enthousiasme, ce qui est notre cas.
La fascination des images, le plus souvent violentes (voir la scène du cochon) et ce qui en résulte sont en lien direct avec le récit proposé. Enregistrer la violence, y avoir accès et en détailler chaque image, en ralentissant ou en faisant des retours en arrière peut la reléguer à un arrière-plan dénué de toute réalité, c'est ce que constate Benny or lorsque la violence surgit elle étonne, la façon dont il est surpris est admirablement rendue par Arno Frisch.
Le problème n'est pas le jeune garçon, délaissé par sa famille, mais sa solitude, son isolement total, la responsabilité des parents est bien d'encadrer, d'éduquer l'enfant à avoir la bonne distance par rapport à ces images mais l'absence de communication est patente.
Haneke ne se contente pas de traiter ce thème, il en ajoute un autre. Lorsque les parents (admirablement interprétés par Ulrich Mühe et Angela Winkler, en général l'interprétation est de haute tenue chez Haneke) prennent en main le problème, l'on découvre alors qu'une autre violence est présente, comme si les répercussions de l'Histoire, l'Autriche dont parle Thomas Bernhard, étaient encore en place, à l'intérieur des consciences.
L'attitude finale de benny peut alors se voir comme une espérance, une manière de vouloir faire remonter, inconsciemment, les problèmes à la surface, les traiter officiellement. Le regard du père, ému, peut alors être compris comme une fierté de voir que le fils a des valeurs, comme si tout n'était pas perdu, celui de la mère est plus honteux, la culpabilité y figure en bonne place.

1 mars 2014

Dead Reckoning / En marge de l'enquête (1947) John Cromwell


Ersatz de film noir.
Un film noir qui ressemble à un film noir mais qui n'a pas le goût d'un film noir. La présence de Bogart fumant cigarette sur cigarette n'y est pour rien, il fait le job sans plus, c'est vers Lizabeth Scott que le drame se cristallise, la pauvre est grimée pour ressembler à Lauren Bacall mais le subterfuge est grossier, j'aime sa voix légèrement éraillée toutefois sa présence ne crève pas l'écran et lorsqu'elle chante en play back le naufrage prend forme à une vitesse phénoménale.
Le récit se suit sans plaisir, quelques plans bien composés ponctuent le film (la scène où le personnage joué par Bogart se fait assommer suivie du montage mental du saut en parachute) mais au final rien ne vient épater le spectateur.
Marine Landrot évoque l'aspect parodique du film dans Télérama (daté du 1er mars), le drame est que la parodie est absente, la distance nulle. J'ai cru un instant que le play back allait sonner le début explicite d'un regard amusé mais non, c'est bien avec sérieux et sans profondeur que la suite se développe. La belle sur son lit de mort est amusante, casque de pansements posé sur la tête, end of the story, le spectateur peut vaquer à d'autres occupations.

Government Girl / L'exubérante Smoky (1943) Dudley Nichols


Screwball comedy et douce propagande.
Dudley Nichols, qui connaît bien le genre s'enlise totalement avec ce premier film. Il s'agit, à travers le personnage de Browne (Sonny Tufts) de convaincre les industriels de travailler pour le pays en construisant les bombardiers qui doivent mettre la pâtée à Hitler et Hirohito. une histoire d'amour avec la secrétaire, Elizabeth Allard (Olivia de Havilland), double le fil narratif.
Le premier écueil est le charisme de Sonny Tufts, il est d'une transparence totale et fait retomber toutes les scènes où il apparaît alors que Havilland est méritante et fait ce qu'elle peut. 
Quel dommage de ne pas avoir pu avoir un autre acteur car tous les seconds rôles sont extraordinaires, nous avons là une brochette de qualité qui est souvent sous-utilisée, un autre écueil, Charles Halton n'est aperçu que lors d'une scène, c'est le réceptionniste de l'hôtel du début, Jane Darwell apparaît quelques secondes et de profil ! Una O'Connor est vue de loin et n'a presque pas la parole, on se demande comment cela est possible ! Heureusement Agnes Moorehead et Paul Stewart occupent un peu plus l'écran mais ne peuvent rien face à Sonny Tufts.
Avoir ces acteurs et les cacher est étonnant, de ce fait c'est la frustration qui l'emporte.