3 mars 2014

Benny's Video (1992) Michael Haneke


Benny (Arno Frisch) contrôle le monde de sa chambre, ou croit le faire. Son petit bunker est truffé de cassettes video, une caméra filme la rue vue de sa fenêtre et retransmet l'image via un écran, un des nombreux écrans qui se trouvent dans sa chambre.
Lorsqu'il invite une jeune fille de son âge à venir dans sa chambre, c'est le drame qui vient avec elle.

Haneke n'a pas son pareil pour exposer un sujet social, voire historique, dans toutes ses nuances tout en préservant la complexité du sujet. Cela peut agacer ou susciter l'enthousiasme, ce qui est notre cas.
La fascination des images, le plus souvent violentes (voir la scène du cochon) et ce qui en résulte sont en lien direct avec le récit proposé. Enregistrer la violence, y avoir accès et en détailler chaque image, en ralentissant ou en faisant des retours en arrière peut la reléguer à un arrière-plan dénué de toute réalité, c'est ce que constate Benny or lorsque la violence surgit elle étonne, la façon dont il est surpris est admirablement rendue par Arno Frisch.
Le problème n'est pas le jeune garçon, délaissé par sa famille, mais sa solitude, son isolement total, la responsabilité des parents est bien d'encadrer, d'éduquer l'enfant à avoir la bonne distance par rapport à ces images mais l'absence de communication est patente.
Haneke ne se contente pas de traiter ce thème, il en ajoute un autre. Lorsque les parents (admirablement interprétés par Ulrich Mühe et Angela Winkler, en général l'interprétation est de haute tenue chez Haneke) prennent en main le problème, l'on découvre alors qu'une autre violence est présente, comme si les répercussions de l'Histoire, l'Autriche dont parle Thomas Bernhard, étaient encore en place, à l'intérieur des consciences.
L'attitude finale de benny peut alors se voir comme une espérance, une manière de vouloir faire remonter, inconsciemment, les problèmes à la surface, les traiter officiellement. Le regard du père, ému, peut alors être compris comme une fierté de voir que le fils a des valeurs, comme si tout n'était pas perdu, celui de la mère est plus honteux, la culpabilité y figure en bonne place.

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