30 mars 2014

Dekigokoro / Coeur capricieux (1933) Yasujirô Ozu


Est-ce qu'un homme peut changer ? Peut-il changer s'il a des défauts ? C'est l'interrogation qui parcourt le film, Ozu répondra à cette question.
Son personnage central, Kihachi (Takeshi Sakamoto qui démontre une large palette d'émotions dans un rôle qui lui semble remarquablement naturel), est un homme qui élève seul son enfant, Tomio (Tomio Aoki). Il est paresseux, aime à tâter du goulot, n'est pas réellement à l'heure à son travail, il préfère se rendre chez une amie restauratrice et prendre du bon temps. Tomio est l'homme de la maison, dans des scènes assez drôles, naturelles, il réveille son père à coups de bâton, tente de le responsabiliser. Tomio est un excellent élève qui pourrait bien mieux faire si son père le soutenait davantage. 
Ozu brosse le portrait de ces personnages en quelques plans, légers, réalistes.
Le père et le fils ne sont pas seuls, Ozu nous les présente inscrits dans leur quartier, avec leurs amis respectifs, Jiro (Den Obinita) est le collègue de travail de Kihachi, il est plus responsable, moins expansif.
Lorsque Kihachi porte assistance à la jeune Harue (Nobuko Fushimi), fraîchement licenciée, le voilà désireux de la séduire, une raison supplémentaire de se décharger de ses devoirs familiaux.
Il faudra que son fils tombe malade, que son professeur vienne lui rendre visite, évoquant les qualités du jeune homme pour que le père prenne conscience des mérites de Tomio et de l'écart entre eux deux. Entre la fierté et la honte, Sakomoto est excellent dans cette scène, c'est ce moment précis qui fait basculer Kihachi. Quittant Tokyo pour aller chercher du travail afin de payer le médecin, Kihachi se met à parler de son fils aux hommes qui l'accompagnent, il se rend compte qu'il ne peut vivre loin de lui, il plonge et quitte le navire pendant qu'il est encore temps, regagnant la rive à la nage, c'est un homme heureux ayant compris son bonheur qui revient chez lui.

Le film est traité sous l'angle de la comédie réaliste, la maison de Kihachi, les quelques scènes à la brasserie où il travaille, le quartier, le restaurant et le barbier, tous ces lieux sont filmés avec un naturel confondant. Les plans s'enchaînent avec une harmonie, une douceur qui nous emmènent au coeur des préoccupations des personnages. Viennent ensuite des séquences mélodramatiques sans boursouflure qui conduisent à la prise de conscience du personnage. Un personnage que nous avons envie d'aimer parce qu'il est fondamentalement bon. 
La solidarité, l'amour, les liens qui unissent les êtres, de grandes idées portées par un récit exemplaire.

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