11 avr. 2014

The Twilight Zone : Elegy / La quatrième dimension : Requiem (1960) Douglas Heyes


Saison 1.

Trois astronautes à court de carburant arrivent sur une planète dont les conditions atmosphériques ressemblent à la Terre. Il semblerait que le temps se soit arrêté, les habitants sont figés, immobiles, tous sauf un nommé Wickwire (un nom à la Dickens) qui va prendre le temps d'expliquer au petit groupe deux, trois choses qu'ils doivent savoir.

Episode qui est long à se mettre en place et qui doit beaucoup au ton fantaisiste du personnage de Wickwire. Les acteurs sont assez fades, Kevin Hagen est l'un d'entre eux, davantage connu pour son rôle de médecin dans La petite maison dans la prairie.

10 avr. 2014

Murphy's Law / La loi de Murphy (1986) J. Lee Thompson



Pour aimer ce film, il faut obligatoirement avoir de la sympathie pour Charles Bronson. Non pas parce que son personnage a une déveine incroyable, Murphy sort faire les courses et se fait voler sa tire, et ce alors même que sa femme l'a quitté pour aller montrer ses fesses dans un club de strip-tease. Mais cela n'est rien, un dossier ancien (Murphy est flic) remonte à la surface, une femme se met à trucider tous les policiers et magistrats en lien avec son affaire, naturellement Murphy est au bout de la liste.
Seulement Murphy a une devise : "Don't fuck with Jack Murphy !".
Même les abrutis des salles obscures qui se goinfrent de sucreries l'apprendront car la devise est répétée deux fois.

Synthé de rigueur, répliques mémorables, sprints dans tous les sens, Murphy's Law n'a rien pour lui si ce n'est Bronson et les éléments cités ci-dessus, qui peuvent, pour des cinéphiles déviants, conserver un certain charme.
Le final se déroule dans le Bradbury Building de Los Angeles, les fans de Ridley le connaissent, il donne au final un écrin qui agrémente délicieusement l'ensemble.

7 avr. 2014

17 fois Cécile Cassard (2002) Christophe Honoré


Cécile Cassard (Béatrice Dalle) ne parvient pas à faire le deuil de son mari, mort brutalement dans un accident de voiture. Elle s'égare, n'arrive pas à garder un lien avec la réalité, son enfant est délaissé, elle décide de le confier à son amie et part. Sur son chemin elle rencontrera Matthieu (Romain Duris), jeune homosexuel qui va tenter de lui redonner envie de vivre.
Quelques moments tournés comme des clips, une bande-son parfois agaçante mais des acteurs sincères et un nombre impressionnant d'images somptueuses, de cadres sublimes, de couleurs choisies qui mettent en valeur Béatrice Dalle. L'errance, les souffrances du personnage viennent se lover dans la joie de vivre de Matthieu, Romain Duris sait parfaitement transmettre une fantaisie, une générosité qui nous emportent et effacent, un instant, la pesanteur du quotidien. un film bancal traversé par la beauté.

6 avr. 2014

Seconds / Opération diabolique (1966) John Frankenheimer


Comme dans les meilleures nouvelles, le spectateur est happé par le récit et il faut attendre les dernières instants pour réellement prendre l'ampleur du monde dans lequel nous errions.

Arthur Hamilton (John Randolph) est vice-président de sa banque, on ne peut pas dire qu'il soit heureux, il ne touche plus sa femme depuis des lustres et sa vie n'a pas la saveur qu'il aurait voulait obtenir. 
Un générique (Saul Bass) nous montre Hamilton en gros plan, visage déformé (les plans prendront sens sur la forme et sur le fond) alors qu'il quitte son bureau. Un homme le suit et ce jusqu'à son train, celui qui le ramènera dans sa banlieue silencieuse. Il lui donne une adresse où se rendre et disparaît. Hamilton reçoit ensuite un appel d'un ancien de ses amis, mort depuis un moment, ce dernier lui conseille fortement de se rendre à cette adresse. Hamilton est près de perdre la raison mais l'homme au téléphone lui prouve, par des détails connus d'eux seuls, qu'il est bien cet ami en question.
Hamilton finit par se rendre à l'adresse en question.
Il entre alors dans une spirale infernale sans qu'il puisse en maîtriser le cours.

Semblable aux meilleurs épisodes de The Twilight Zone, le film captive d'abord par son récit, cette façon de tenir son spectateur en haleine avec un univers proche du fantastique.
Un  noir et blanc dense, fort en contraste, James Wong Howe est à l'image, et un score inquiétant signé Jerry Goldsmith ajoutent à la tension.
Le piège est fatal, Rock Hudson (je ne dévoilerai pas son rôle dans le récit) est impressionnant, il nous fait ressentir toute l'impuissance et la détresse de son personnage.
A la fin du film, vous vous dites qu'il faut être heureux, tant que nous avons le choix, heureux pour ne pas qu'un ami veuille vous offrir une vie meilleure.



Hwanghae / The Murderer (2010) Hong-jin Na


Hwanghae est une région de la Corée du Nord, limitrophe de la Chine et de la Russie. Gu-nam (Jung-woo Ha) est un chauffeur de taxi qui a le blues, il doit rembourser le visa de sa femme partie en Corée du Sud et n'a pas d'argent car il joue régulièrement au mah-jong. Il n'a aucune nouvelle de sa femme, il pense à elle, à ses amants éventuels.
Myun-ga, un parrain de la mafia locale, le voit se battre et décide de lui faire une offre : aller tuer un homme à Séoul, sa dette sera alors remboursée. Gu-nam accepte en pensant qu'il pourra en profiter pour retrouver sa femme.

Film impressionnant, au-delà des scènes d'actions qui sont nombreuses (les hommes qui s'affrontent ne le font qu'au couteau et à la hache et ça découpe, ça tranche sans modération) et font le presque-quotidien des différentes sections mafieuses, c'est également les conditions de la clandestinité qui sont au coeur du film, la manière dont on doit se cacher, vivre de peu, les sacrifices et les séparations des couples qui tentent d'améliorer leur quotidien. Le couple a une importance capitale dans le scénario, ce que nous pouvons faire pour une femme, ce que nous ne pouvons subir.
C'est une claque visuelle et émotionnelle qui nous est offerte, un film qui marque les esprits, où la violence la plus crue se mêle à l'humour. Etonnant.

Platoon (1986) Oliver Stone


Ah, Platoon... Le Sgt Elias (Willem Dafoe) se faisant dézinguer au sol, une scène qui remue, l'abominable Sgt Barnes (Tom Berenger, très magnétique), les potes de Chris (Charlie Sheen) : King (Keith David), Rhah (Francesco Quinn), les autres, Bunny l'enragé (Kevin Dillon), O'Neill (John C. McGinley)... Le casting est réussi, la sauce prend, essentiel pour un film de guerre.
Le film de guerre, le Vietnam en particulier, est d'abord celui de l'innocence qui rencontre le Mal dans toute sa splendeur, Berenger offre une composition étonnante dans ce rôle, celui que nous n'aimerions pas rencontrer. Stone montre les exactions des troupes américaines, la folie qui s'empare des hommes, un monde où le sens est absent. L'Amérique en prend pour son grade.
Un cauchemar, un merdier comme dirait Hasford.

Le film garde son potentiel d'indignation toutefois signalons que le beau thème de Samuel Barber, Adagio for Strings, est utilisé sans parcimonie, cela en devient presque comique. 

The Fearless Vampires Killers / Le bal des vampires (1967) Roman Polanski


Tout passionné sait exactement où sa passion a débuté, quel fut le moment précis où elle a surgi, en ce qui me concerne c'est une diffusion à la télévision de ce film, que j'avais pris soin d'enregistrer puisque nous étions pourvus d'un magnétoscope.
J'ai vu ce film en vf ensuite à de nombreuses reprises, je ne m'en lassais pas. C'est le premier film qui a exercé sur moi une fascination, comme un envoûtement. Le premier qui m'a fait mettre un nom avec le titre, Roman Polanski, avant ce n'était que suite d'images sans qu'elles fassent sens au-delà de leur consommation immédiate.
le hasard a fait qu'au cours d'une sortie scolaire je trouve dans une boutique le livre de Boutang, celui à la couverture verte paru aux éditions du Chêne, cristallisation d'un amour jamais démenti depuis. Le livre m'a porté vers d'autres titres et d'autres réalisateurs, c'était parti...

Les décors m'ont de suite ravi, je voulais reproduire à l'identique le chalet auberge de Shagal (Alfie Bass), me réveiller avec le chant du coq au petit matin, enfoui sous l'épais duvet puis contemplait un instant le givre aux fenêtres ou encore parcourir les longs couloirs du château de von Krolock (Iain Quarrier), m'arrêter dans la bibliothèque et lire au coin du feu. Ces lieux clos, entourés de neige, loin de toute habitation, me fascinaient, la beauté des décors, le soin apporté aux détails m'a toujours laissé admiratif, aujourd'hui encore, après avoir vu le film tant de fois.
Komeda a écrit une musique sublime que j'ai très vite obtenu, un disque en Pologne, ramené par des amis. La musique ajoute à l'atmosphère un sortilège léger, la voix aérienne de Sarah (Sharon Tate) se diffusant sans que l'on sache d'où elle provienne...

Le rythme lent du film, la manière dont Polanski ne plaque pas de la musqieu constamment mais laisse les bruits prendre leur place, vent qui souffle, couvercles de cercueils qui chutent, respirations.

Et le récit ? Cette grosse farce autour du mythe du vampire avait tout pour séduire l'enfant que j'étais, grotesque et en même temps raffiné, le récit prend son temps et m'a, je le crois, appris à attendre entre les grandes scènes. Il y a toujours chez Polanski, le sentiment de la durée, du temps qui passe lentement. 
Et puis Jack MacGowran, alias le Professeur Abronsius, est un rôle extraordinaire, je ne peux voir l'acteur sans penser à ce rôle, son nez rouge, son langage soutenu, ses multiples gestes inscrits profondéments en ma mémoire, sa façon de se gratter le dos colonne du lit, sa maladresse. Polanski est parfait, sa candeur, ses coeurs à la fenêtre... La beauté de Sharon Tate, la neige et tout le reste, tout.

Ce n'est pas un film que je veux analyser, c'est un film où je me réfugie de temps à autre, un film où je me sens chez moi, duquel je conserve une empreinte qui ne s'en va pas et qui se creuse, petit à petit, un film que j'aime, qui m'est indispensable.


5 avr. 2014

Le crime de Monsieur Lange (1936) Jean Renoir


Dans l'expression "réalisme poétique", il y a réalisme. Cette histoire n'en manque pas, les péripéties des habitants qui gravitent autour de la cour qui constitue le décor principal sont ancrées dans la réalité, blanchisseuses qui papotent à propos des élus de leur coeur, ouvriers de l'imprimerie Batala qui s'échinent à faire tourner la boîte pour gagner leur pain, le concierge (Marcel Levesque, formidable lorsqu'il a bu "c'est la nuit de Noëëëël" et formidable lorsqu'il est sobre) et les nombreux locataires qui vivent autour de cette cour.
Le réalisme c'est la solidarité de classe, la coopérative, ce sont les petites affaires du coeur, celles sincères qui appellent l'amour noble et celles de Batala, qui suit ses pulsions sans se préoccuper des retombées. Tout ce monde vit là, ensemble, sous le regard de la caméra de Renoir qui les enveloppe ou les traque, selon le sort qui leur est réservé.
Réalisme et poésie, pour le second terme il faut remercier Jacques Prévert, ses dialogues scandent des vérités mais dites avec la beauté des artifices. Personne ne parle de la sorte, oh, parfois, l'on peut sortir un bon mot mais à cette cadence. Seulement le bon mot, la belle réplique est de cette pâte qui nous fait dire qu'elle est totalement construite et en même temps organique, vitale presque. Les personnages étonnent d'abord par leur aspect caricatural et puis nous finissons par nous faire avoir, ils sont à leur place et nous n'en verrions pas d'autres à leur donner. C'est la force de la poésie, la fabrication d'un monde factice qui prend forme et se meut devant nous.

Les femmes en sont le centre de gravité, que ne ferions-nous pas pour elle ? Batala (Jules Berry) en est fou et semble incapable de leur résister, Estelle (Nadia Sibirskaïa) fait tourner les coeurs et l'on peut mourir pour elle, quant à Valentine (Florelle), quel beau rôle, une femme indépendante, qui sait ce qu'elle veut, qui défend ses passions et emmène ceux qu'elle a choisi loin, plus loin qu'ils ne l'auraient espéré.

Tout ce microscosme, peint à gros traits, Batala est on ne peut plus caricatural et il faut bien le talent de Jules Berry pour le camper, cet univers est celui d'une époque, le Front Populaire, de ses espoirs, de la vision d'un monde, ici au coeur de préoccupations politiques sérieuses et en même temps imprégné d'une fantaisie, d'une légèreté proprement renversantes.

Angst essen Seele auf / Tous les autres s'appellent Ali (1974) R. W. Fassbinder


"Le bonheur n'est pas toujours très gai."

Cette phrase ouvre le film et impose une lecture qui sera confirmée par la suite, deux personnages solitaires vont s'unir contre les préjugés de ceux qui les entourent, famille, amis, collègues...
Emmi (Brigitte Mira) approche de la soixantaine, elle se réfugie dans un café en rentrant de son travail pour s'abriter de la pluie. Ali (El Hedi ben Salem), un ouvrier marocain depuis peu en Allemagne, boit un verre. Le bar est un bar à filles, l'une d'entre elles provoque Ali et lui demande d'inviter la veille dame à danser. Ce sera le début d'une relation qui finira par un mariage.
Le racisme est au centre du film mais pas sous une forme totalement homogène, Fassbinder en évoque les multiples facettes, la répulsion pour la couleur de la peau, la peur de l'autre, la fascination non assumée pour le corps de l'autre... La jalousie, les petits calculs, la médiocrité ambiante, les intérêts vils et mesquins, presque tous les personnages en sont imprégnés exceptés certains comme le fils du propriétaire de l'immeuble ou les policiers que le spectateurs, avec ses préjugés, avaient pressenti comme étant de potentiels nuisibles.
Emmi et Ali sont eux-mêmes victimes de leur propre vison du monde, étriquée, ancrée en eux. La recherche du bonheur souffre de ces écueils et nombre de personnages ne trouvent le réconfort qu'un instant, lorsqu'ils sont entourés par des bras affectueux, immobiles.
Emmi et Ali font l'effort de dépasser les aléas de la vie, les épreuves, ils s'aiment et essayent encore.
Un film simple, beau comme le contact délicat de deux épidermes.


The 13th Warrior / Le 13ème guerrier (1999) John McTiernan


Ahmed Ibn Fahdlan (Antonio Banderas) est un fin lettré qui aime à séduire les jolies femmes, c'est la raison pour laquelle il sera banni de son royaume et sera amené à vivre une aventure avec un groupe de vikings devant secourir un vieux chef assiégé par des créatures furieuses.

Malgré des décors soignés, une esthétique qui l'est encore plus, le film souffre d'une espèce de rythme étrange, il manque une énergie, une force qui maintiennent l'ensemble et donnent au récit un souffle que l'on retrouve dans d'autres McTiernan.
Du coup je ne me suis pas ennuyé devant l'écran mais ce ne fut pas non plus l'enthousiasme habituel. 
En regardant rapidement les informations autour du film, il semblerait que McTiernan ne se soit pas entendu avec Crichton, auteur du scénario et producteur, c'est ce dernier qui a remonté le film.

Margin Call (2011) J.C. Chandor


Une puissante firme financière en plein Wall Street, acheter, vendre, des employés brillants, des salaires importants, un univers éprouvant.
Le film débute par une série de licenciements, les exécutifs écrèment, de la peur puis la satisfaction d'être resté là, un investissement personnel accru.
Un cadre important (Stanley Tucci the great) glisse une clé USB à son subordonné avant de partir, cartons emplis de ses effets personnels en main (cette séquence vaut à elle seule la visite), ce dernier se rend compte que les chiffres transmis révèlent des actifs problématiques qui peuvent nuire à très court terme à l'entreprise. l'employé sonne l'alerte, c'est la fin de journée.
Ce qui s'enclenche est une sorte de mécanisme qui va convoquer les différents niveaux hiérarchiques un à un jusqu'à une réunion ultime dans la nuit.

Vu de l'intérieur, nous jubilons un peu, aux côtés de Peter Sullivan (Zachary Quinto), de pouvoir déceler une faille, d'être pris en considération par ses supérieurs, de pouvoir même les fréquenter et prendre la parole devant eux. C'est le mortel qui s'adresse aux Dieux, au sommet de la Tour. Tout ceci fonctionne à la perfection, l'écriture, les scènes, le tempo distillent une intensité formidable.
Vu de l'extérieur, ce sont des créatures enfermées dans leur monde, qui n'ont aucun contact avec l'extérieur, ils sont seuls, ont beaucoup d'argent mais, comme Sam Rogers (génial Kevin Spacey), ils n'ont pas accès au bonheur, l'enterrement de la chienne est une autre scène qui frappe par sa beauté, la détresse profonde qu'elle contient, celle de l'ascenseur avec l'agent d'entretien, en est une autre, le film aligne les scènes d'anthologie avec la régularité d'un chef d'oeuvre.

J.C. Chandor signe le scénario et la réalisation, c'est son premier film et il dégage une maîtrise à la hauteur de l'interprétation (tous les acteurs sont grandioses, ceux cités ci-dessus et les autres, Jeremy Irons, Paul Bettany, Simon Baker, Demi Moore, Penn Badgley) et des enjeux de l'histoire.