23 nov. 2014

La French (2014) Cédric Jimenez


C'est d'abord l'agacement qui domine, la reconstitution est bonne, voitures d'époque, moustaches, tout y est cependant l'exercice de style scorsesien est trop évident ; ce n'est pas le seul film qui succombe à la tentation... 
Ce n'est que lorsque Jimenez calme le jeu, que les mouvements se font plus lents, que le jukebox cesse de jouer à tout rompre que le film happe le spectateur, que lorsqu'il fait exister ses personnages et leur laisse du temps et de l'espace. Là l'émotion surgit, les corps existent, le récit gagne en densité. Heureusement car sans cela la lassitude aurait gagné. L'on comprend le désir de plaire mais avant tout il faut exister. 

22 nov. 2014

Ballada o soldate / La ballade du soldat (1959) Grigori Chukhrai


Une mère regarde la route qui part du village, celle qu'a empruntée son fils pour aller à la guerre. Ce dernier n'est jamais revenu, il est enterré loin de chez lui, loin des siens. Ce premier plan prendra tout son sens à la fin du film, après avoir pris connaissance du périple que le jeune Alyosha aura effectué.

Chukhrai nous émeut au plus haut point en nous relatant les quelques jours épiques de ce simple soldat qui représente le soldat russe par excellence. Un homme à la guerre, loin de chez lui, est aussi loin de l'amour, celui qu'il peut éprouver pour celle qu'il aime ou pour sa mère. En soi ce portrait est suffisamment subtil pour éviter les pièges de la propagande grossière. 
Chukhrai ajoute une dimension collective, il met en évidence une force plus grande encore, un courant souterrain, une fraternité reliant les individus entre eux. L'âme russe est célébrée avec des scènes simples où le personnage principal est entouré d'une foule composite, alors la discussion s'engage, toujours directement, comme s'il n'y avait pas besoin d'avoir recours aux quelques mots préléminaires qui permettent à des locuteurs d'entrer en contact. Un lien invisible les unit comme une force qui va.
Le sens de la communauté, se soucier de l'autre, lui consacrer son temps, garder une vertu intacte, le film produit une image du peuple russe où la morale et le courage sont exaltés.
La portée se fait plus universelle lorsque la réunion est faite, lorsque deux visages se touchent dans le silence pudique, lorsque l'émotion seule s'exprime.

13 nov. 2014

Gone Girl (2014) David Fincher



Le plan le plus juste est celui d'une main qui caresse une chevelure. C'est le plus juste si l'on considère que l'amour y a sa part mais qui sait? Qui sait ce qu'elle pense, qui sait ce qu'il pense?

Le couple, thème ultra hitchcockien... Fincher rend hommage au maître avec un personnage qui est dérangé à souhait, Rosamund Pike est superbe, occupe l'écran avec un charisme certain seulement le reste est fade, sans âme. Il manque de l'organique, Hitchcock savait insuffler dans ses films de la chair, du coeur... Je n'ai rien ressenti en ce sens dans ce bel objet froid et insipide. A l'image du corps de Ben Affleck, des muscles qui cachent un vide abyssal.