11 déc. 2014

Hotaru no haka / Le tombeau des lucioles (1988) Isao Takahata


Bombardements sur une ville japonaise, un frère, une soeur ou l'innocence maculée.
La puissance militaire ennemie est manifeste et Takahata souligne la distance et l'anonymat des frappes aériennes mais il montre davantage un univers poétique, en lien direct avec la nature, celui de l'enfance, qui est annihilé par celui des adultes en général car l'auteur n'est pas tendre non plus avec ses compatriotes.
La beauté est repoussée aux confins de la ville, ou de ce qui en reste et elle s'éteint, vaincue par un mal bien plus dévastateur.
Les gestes du quotidien, la poésie simple et directe des jeux de l'enfance, de la découverte du monde, autant de traits lumineux qui traversent le film et nous font oublier ce qui pousse Seita et Setsuko à vivre ainsi.
Lorsque le voile se referme, c'est avec un goût amer que nous nous surprenons, ramenés à la conscience de la tragédie qui s'opère, à réaliser l'horreur qui se joue, irréversible et absurde. 

Inherent Vice (2014) Paul Thomas Anderson


"Le tissu de l'histoire contemporaine, songeait Eigenvalue, doit être tout en fronces, si bien que pour les gens qui, comme Stencil, se trouvent au creux d'une de ces fronces, il est impossible de discerner la chaîne, la trame ou le motif de l'ensemble. Néanmoins le seul fait d'exister au creux d'une fronce fait supposer d'autres fronces semblables, chacune enfermée dans un cycle sinueux, et l'on en vient à prêter à ces cycles une importance plus grande encore qu'au tissage proprement dit et l'on abolit toute idée d'unité. C'est ainsi que nous sommes charmés par ces automobiles si drôles des années trente, par la mode si curieuse des années vingt, par les étranges pratiques morales de nos grands-parents. Nous sommes producteurs et spectateurs de comédies musicales, dont ils sont les héros, et nous nous laissons embringuer dans une fausse représentation et une nostalgie bidon de ce qu'ils ont été. Et, conséquemment, nous sommes fermés à toute notion de tradition continue. Si nous avions vécu sur la crête de la vague, il en aurait été autrement. Au moins, nous aurions pu voir."

Citation extraite de "V", premier roman de Pynchon, auteur qu'adapte Paul Thomas Anderson.
En serait-il de même pour la Californie de 1970 ?

Ceux qui rechercheraient du sens au récit en seraient pour leur frais, il faut simplement se contenter de cette aventure de l'esprit et ne pas chercher une réalité, du moins la reconstitution d'une réalité.
La quête policière n'a pas de sens, ressentez, c'est tout car à la citation ci-dessus il faut rajouter les effluves de la drogue, les divagations diurnes, nocturnes exposées ici et là...
Séquences réelles ou issues de l'esprit vaporeux du personnage principal, peu importe. Vivez l'idée d'un Los Angeles artificiel, couleurs vives, palmiers, slices of pizza et joints... Le sexe épice l'ensemble.

C'est drôle, c'est cool, c'est vain, comme ce qui est arrivé et a disparu, comme ce qui est revécu...


Thanks Lila.