13 avr. 2015

Relatos salvajes / Les nouveaux sauvages (2014) Damian Szifron


Plusieurs sketchs démontrent que la violence n'est pas toujours là où nous croyons qu'elle se niche...
Une fois le prologue terminé l'on se dit que l'on a bien fait de se munir d'un paquet de popcorn au caramel, parce qu'il n'est pas nécessaire de mobiliser toute son attention sur l'écran, parce que le bruit de la mastication ne gêne en rien le bon déroulement du film. Non pas qu'il soit indigne du silence religieux voué à un classique mais parce que le sucre, la jubilation, le plaisir un peu coupable font corps avec ce qui est projeté. Comme le popcorn avalé, le film sera digéré et oublié, ce qui ne retire rien au bon moment passé. Et puis Ricardo Darin...
Un film bien écrit qui rejoint souvent la violence euphorisante d'un Chuck Jones.

Lien lien feng ch'en / Poussières dans le vent (1986) Hsou Hsiao-hsien


Le bout du tunnel éclaire progressivement l'écran puis le train enchaîne les couloirs sombres au milieu d'une jungle époustouflante de beauté. Les épreuves qui attendent Wan et Huen, fraîchement sortis de leur campagne, seront nombreuses. La ville va les mettre à l'épreuve et le jeune couple s'en verra transformé.
Hsou place les deux univers, le village et la ville, en opposition ou en juxtaposition. Le temps défile et la vie se presse dans les plis qui s'ouvrent aux deux personnages. Il y a un réel plaisir de filmer au sein de cette oeuvre habitée par des non-professionnels. Co-existant avec le récit Hsou des références multiples à un art qui le passionne, ce sont les toiles peintes des affiches de films où les personnages mangent, le son du film qui se joue dans la salle à côté ou encore un vol de scooter, pendant un instant l'on croit être dans un film de De Sica.
Le travail, les efforts pour joindre les deux bouts d'une vie rude épuisent l'enthousiasme d'un amour que l'on croyait éternel. La vie, remarquablement filmée, rappelle à ses héros, notamment à travers le personnage magistral du grand-père, qu'il suffit que l'on se penche pour y trouver de quoi se redresser. Moments de joies, écran se hissant en plein village, plans épurés sur une nature sereine, de quoi se redresser ou se ressourcer pour rester, partir... Le film ne le dit pas, en revanche il montre la quiétude d'une âme libérée de la douleur. Superbe.

9 avr. 2015

Er zi de da wan ou / La grande poupée du fils (1983) Hou Hsiao-hsien


Ce court métrage est la contribution de Hou Hsiao-hsien au film à sketches, L'homme-sandwich.
Un père de famille tente de prendre des initiatives. Il travaille comme factotum dans un cinéma mais sa condition ne le satisfait pas, il propose alors au directeur de la salle de se grimer en clown et de faire l'homme-sandwich afin d'attirer plus de clients dans la salle.
Hou filme les petites gens qui plient sous leur triste condition, l'on voit les efforts du père et l'on suit ceux de la mère, chargée des tracas de la logistique domestique et recevant les brimades de son époux frustré et irrité lorsqu'il rentre au foyer conjugal. 
Le film est traité de manière réaliste toutefois les flash backs récurrents sont d'une beauté poétique remarquable, le père se souvient et le récit devient plus complexe, le son faisant le lien entre les différents espaces temporels. 
La cellule familiale, les espoirs de réussite se conjuguent avec la chronique des petits faits et des moments qui exaltent le quotidien. Un superbe arrêt sur image avec zoom à l'intérieur du cadre vient achever un récit digne des plus beaux moments néo-réalistes italiens.