27 oct. 2015

La petite Lise (1930) Jean Grémillon


Premier film parlant de Jean Grémillon, La petite Lise s'ouvre sur une séquence étonnante, très proche du documentaire, se situant dans un bagne à Cayenne.
Charles Spaak a écrit ce scénario, assez proche de l'argument des Misérables, qui montre la fatalité d'un destin, celui de Victor Berthier (joué avec brio par l'imposant Pierre Alcover). 
Par son sujet et son traitement, le film peut sans peine rejoindre les grandes oeuvres emblématiques du réalisme poétique avec un petit supplément qualitatif, celui que Grémillon apporte au son. Le rythme du film est lent, voire très lent par moment et Grémillon n'hésite pas à amplifier certains sons ou à ne pas en utiliser du tout. 1930 est l'année du parlant en France, Grémillon tient à user du son avec discernement et parcimonie. 
On pourra regretter le cliché de l'usurier juif tout en notant qu'une scène se déroule dans un cabaret de jazz, scène d'une totale fraicheur loin de l'exotisme colonial de l'époque.

25 oct. 2015

The Walk (2015) Robert Zemeckis


Zemeckis choisit un parti pris narratif un peu fantasque pour nous raconter cette histoire mais si vous avez vu le documentaire de James Marsh, Man on Wire, vous savez qu'il colle à la personnalité de Philippe Petit.
Vu en 3D, le film ne déçoit pas, l'altitude, les vues époustouflantes ont de l'allure et Zemeckis sait ménager ses effets. L'hommage spécial rendu aux tours est émouvant et seule la séquence de l'oiseau paraît maladroite, je pense davantage au rendu réaliste de l'animal. J'avais ressenti la même gêne devant la baleine de Cast Away.


17 oct. 2015

The Paperboy (2012) Lee Daniels


Déception car nous sommes très loin de la tension que Dexter avait développée dans son roman. L'impression qu'il manque des morceaux, que les personnages n'existent qu'à peine. Du coup je ne crois à rien et ne ressent rien, juste des images en mouvement sans qu'elles fassent sens.

15 oct. 2015

Room 237 (2012) Rodney Ascher


Revue de quelques interprétations du chef d'oeuvre de Kubrick : Shining.
Des plus plausibles, la lecture indienne aux plus farfelues, je vous laisse juge. On suit l'ensemble
 avec un intérêt variable. Au final Shining résiste et ne se laisse pas dompter.

14 oct. 2015

Spoorloos / L'homme qui voulait savoir (1988) George Sluizer


Un couple de hollandais part en vacances et s'arrête dans une station-service. La jeune femme disparaît, le mari devient obsédé par cette disparition. Devant son insistance à retrouver son épouse, le psychopathe en question entre en relation avec le mari.
Si ce film intrigue, tient en haleine, c'est surtout par la prestation de Bernard-Pierre Donnadieu. A chaque instant où il apparaît à l'écran, sa présence trouble le spectateur. Les gestes qu'il prête à son personnage et surtout sa diction distillent une étrangeté qui met mal à l'aise. J'ai presque envie de revoir le film en me focalisant sur sa performance.

Hausu / House (1977) Nobuhiko Ôbayashi


Une jeune fille veut rendre visite à sa tante, accompagnée de ses amies. C'est l'été et cette visite s'annonce merveilleuse.
Film surprenant, surtout lorsqu'on le visionne alors qu'on ne savait rien de lui.
Dessin animé, expérimentations video, film d'horreur, de kung-fu... Tout y passe, les scènes poétiques, grotesques, comiques, que sais-je encore... Un flux d'images insensées se déverse devant nos yeux ébahis, séduits, amusés. Et l'on s'étonne d'assister à cette oeuvre folle qui semble n'avoir aucune limite, aucune contrainte.

Fargo (1996) Joel and Ethan Coen


J'ai toujours l'impression d'assister à une expérience de laboratoire avec ce film comme si les frères Coen s'étaient penchés sur quelques personnages pour voir comment ils réagiraient.
Prenons Jerry Lundegaard (William H. Macy), médiocre responsable des ventes qui voudrait tellement devenir un homme. Seulement il vit dans l'ombre de son beau-père. Il envisage alors de faire enlever sa femme par deux truands afin d'obtenir une rançon. Attendons et observons.
Cette décision enclenche de nombreuses péripéties et l'on rencontre alors une flopée d'individus très primaires. 
La palme au duo de tueurs : Carl Showalter (Steve Buscemi) et Gaear Grimsrud (Peter Stormare). Ils forment une paire totalement incompatible, l'un ne peut s'empêcher de parler, l'autre est un muet par conviction. La prostituée du Carlton (Michelle Hutchison) fait de ses grimaces lorsque Carl fait son blabla... D'autres sont à la limite de l'état végétal et leurs dialogues sont un régal.
Sent-ils tous crétins ou est-ce la manière dont ils communiquent, le rôle qu'ils endossent dans la vie sociale ? Seule Marge (Frances McDormand) a un moment "normal", c'est la scène de la seconde confrontation avec Jerry, lorsque ce dernier emploie un ton plus virulent, elle quitte son sourire social pour montrer une émotion réelle. Car le dialogue, la parole est souvent une façade, dont les personnages pourraient se passer. Il faudrait retirer toutes les parties où le langage n'est que phatique, le "small talk" et il ne resterait pas grand-chose.
Ces personnages faulkneriens sont fascinants et horribles à la fois, vies tranquilles perturbées par une violence extrême et peu compréhensible car motivée par des raisons dérisoires.
Tellement fascinants que l'on retourne souvent les observer. Il faut dire qu'ils sont servis par des acteurs remarquables.

13 oct. 2015

Jackie Stewart : Weekend of a Champion (1972) Frank Simon, Roman Polanski


Où l'on apprend que la sécurité autour des pilotes de Formule 1 a progressé énormément depuis les années 1970, que la conduite d'une voiture de course se fait en souplesse, enfin, façon de parler...
Polanski est un ami du couple Stewart et il suit le pilote lors du 29ème Grand Prix de Monaco.
Les deux compagnons se retrouvent quarante après pour faire quelques commentaires sur le temps qui passe, sur cette époque révolue.
Pour fans de Polanski et amateurs de circuits automobiles.

Marina Abramovic : The Artist is Present (2012) Matthew Akers, Jeff Dupre


Le Musée d'Art Moderne de New York, le MOMA, a présenté une rétrospective du travail de Marina Abramovic du 14 mars au 31 mai 2010.
Le documentaire suit les préparatifs de cette exposition, donne largement la parole aux proches de l'artiste et permet de mieux comprendre sa démarche.
Très instructif pour appréhender le concept de performance.

12 oct. 2015

Man on Wire (2008) James Marsh


Construit comme la reconstitution d'un braquage, ce documentaire retrace les exploits de Philippe Petit, funambule, qui l'ont conduit à franchir les tours du World Trade Center sur un câble d'acier.
Le pari est fou et cet homme l'a réalisé. Les différentes étapes sont bien développées mais ce que j'aime le plus est cette part de folie qui le sépare d'autrui et qui fait que l'on veut s'approcher de lui. Mouvements contradictoires qui viennent de sa puissante singularité.
Un homme et un câble, peu de choses finalement... Le documentaire témoigne admirablement de l'émotion qui se dégage de cet acte unique et insensé.

9 oct. 2015

The Martian (2015) Ridley Scott


Une mission sur Mars tourne mal, un astronaute (Matt Damon) est laissé sur place, tenu pour mort. Lorsqu'il se rend compte qu'il est seul, la survie commence.

Pas un film bouleversant, rien de particulièrement émouvant ou mémorable mais l'ensemble présente un tel optimisme, que ce soit l'ingéniosité et l'humour du personnage principal ou la force collective dégagée pour le tirer d'affaires, que je concède me laisser aller à l'élan général.
Quelques minutes après j'ai déjà presque tout oublié.

6 oct. 2015

All is Lost (2013) J. C. Chandor


Un navigateur solitaire (Robert Redford) subit les outrages de l'océan Indien. 
Survival qui prend le parti de l'épure, qui sait distiller une tension constante tout en préservant une retenue relative au personnage expérimenté s'économisant, luttant jusqu'au bout.
Le final est surprenant car on ne sait réellement si c'est la déception qui l'emporte, pourquoi tomber dans le happy end ou le soulagement devant les efforts récompensés par un démiurge conquis.
Un savoureux moment, claustrophobique à souhait.
Chandor est un auteur à suivre, j'avais adoré son excellent Margin Call.

4 oct. 2015

Lost Soul : The Doomed Journey of Richard Stanley's Island of Dr. Moreau (2014) David Gregory


Comment un beau projet indépendant se met à gonfler et échappe complètement à son réalisateur...

Richard Stanley veut adapter le roman de Wells, le budget devient de plus en plus conséquent. Lorsque Marlon Brando et Val Kilmer intègrent le projet c'est une autre aventure qui commence très loin de Hollywood.

Le documentaire montre bien la phase de pré-production, les intentions du réalisateur, l'enthousiasme qui l'anime. Des collaborateurs de qualité sont de la partie et tout semble aller pour le mieux. Ce qui suit est un peu triste, voir Stanley perdre la main en ne maîtrisant pas toute l'équipe partie tourner en Australie pour finir par être écarté totalement du projet est pathétique. Le voir revenir en tant que figurant anonyme devient surréaliste mais bien moins que les facéties géniales de Marlon Brando racontées par des membres de l'équipe. Brando voyant le désastre décide de suite de s'amuser comme personne, ce qui est relaté est grandiose. 

Il n'y a pas de sacralisation du réalisateur ici mais plus une enquête qui montre l'intérêt divergent des différentes parties composant une équipe, intérêts qui aboutissent à un désastre. Du coup j'ai envie de voir ce film en ayant à l'esprit les conditions de production.

3 oct. 2015

Sicario (2015) Denis Villeneuve


Un groupe d'intervention américain, aidé par un consultant très spécial (Benicio Del Toro) est chargé d'éliminer un chef mafieux qui sévit à la frontière américano-mexicaine. Le leader du groupe (Josh Brolin) choisit d'emmener avec lui une jeune recrue du FBI (Emily Blunt).

Film violent, superbement réalisé, des acteurs impeccables et une bande-son envoûtante. Villeneuve entraîne son spectateur en immersion pour ne jamais relâcher la tension. 
J'aime particulièrement le constat pessimiste du film, le scénariste a l'air de connaître son sujet et le traitement est distancié, les motifs, les enjeux ne se révélant que progressivement.